OUVRIR LA PORTE
1 Jn 4,7-14 ; Jn 3,1-12
Jeudi de la première semaine de l'Épiphanie – B
(6 janvier 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT
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rères et sœurs, nous sommes donc dans cette année jubilaire et nous souhaitons un bon Jubilé à tous ceux à qui nous envoyons nos vœux, et cette année jubilaire est comme marquée par cette image géniale de la porte des brebis. Le Christ est la porte des brebis et tous les justes et les pécheurs y entreront.
Dans nos vies même simplement humaines, il y a des portes qu'on ouvre et des portes qu'on ferme, d'autres qu'on entrouvre. Il y a des portes qu'on ouvre quand on accueille quelqu'un dans sa vie, quand on est tout à coup fasciné par quelqu'un qui arrive dans notre vie, on se demande comment on a fait pour vivre 30,50,70,80 ans sans cette personne, et il y a des portes qu'on ferme quand toute discussion est bouchée, quand on se dit qu'avec cette personne il n'y a rien à faire, quand on se dit que finalement on pourrait très bien vivre sans cette personne, il y a aussi les portes qu'on garde ouverte par cette coutume qu'on appelle les vœux, quand on envoie en quelque sorte un entrebâillement de notre porte en souhaitant telle ou telle chose à ceux que l'on aime.
Et Nicodème pousse la porte, une nuit, il ne se présente pas, ce notable des juifs, il occupait la première place dans les journaux, et sans se présenter, il commence par dire : "Rabbi nous savons que tu es un Maître en Israël, personne ne peut faire les signes que tu accomplis si Dieu n'est pas avec lui." Ce n'est pas la cour de Versailles, ce n'est pas un compliment pour flatter, un compliment de courtisan, ce n'est pas le corbeau et le renard, ce n'est pas "si votre ramage égale votre plumage vous êtes le phœnix des hôtes de ces bois" c'est plutôt comme ces pères du désert à qui l'on venait demander un conseil : "Abba, dis-moi une parole ?" Et le Christ ne se trompe pas, il dit cette parole : "A moins de naître de nouveau, personne ne peut voir le Royaume de Dieu."
Étonnant comment il va au cœur de cette porte que Nicodème voit se refermer, la porte de la mort. Nicodème pense à toutes les portes qui lui sont ouvertes par sa situation, à celles qui lui sont fermées, celle des Sadducéens, mais il accueille cette porte que lui ouvre le Christ, cette porte d'une nouvelle naissance. Ce qu'il y a de caractéristique et de typique dans la naissance, c'est qu'on ne peut pas naître soi-même, on ne peut pas se donner à soi-même notre propre naissance, notre naissance, nous la recevons toujours d'un autre. Et c'est ce que dit saint Jean dans sa lettre : "Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés le premier." Ce n'est pas nous qui avons aimés Dieu, il faudrait même dire, ce n'est pas nous qui nous sommes créés, ce n'est pas nous qui sommes capables de nous donner un avenir, ce n'est pas nous qui avons aimés Dieu, c'est lui, c'est-à-dire que Dieu n'est pas "tombé en amour" comme on dit au Québec, devant sa créature quand il l'a eue devant lui, mais cet amour était là, de cet amour a jailli la création. Dieu n'est pas tombé en amour devant l'homme. L'homme a failli, et c'est cet amour qui a poussé le Fils de Dieu à s'incarner, à partager jusqu'à notre éloignement pour nous rapprocher de lui. Et ce n'est pas devant le monde réconcilié que Dieu tombera en amour, mais la vie qui nous est promise jaillira comme elle a jailli du côté de la création, comme elle a jailli du côté du salut, elle jaillira du côté du Père du Fils et de l'Esprit Saint. Recevons cette naissance, puisque ce n'est pas nous qui nous sommes donnés le baptême, recevons cette Eucharistie, puisque ce n'est pas nous qui sommes capables de produire cette fête du pain qui donne la vie, pour recevoir un jour quand tout sera consommé, cette vie éternelle, parce que ce n'est pas nous qui pourrons nous donner cette vie qui n'aura jamais de fin, la participation à la vie intime du Père du Fils et de l'Esprit.
AMEN