JÉSUS INAUGURE SON MINISTÈRE
2 Co 2, 14-17 ; Mc 1, 9-15
Jeudi de la première semaine de l'Épiphanie – C
(12 janvier 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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'évangile de Marc que nous venons d'entendre nous présente l'inauguration du ministère de Jésus à travers trois petits clichés, trois scènes. La première c'est le baptême, la seconde la tentation, la troisième c'est la première prédication de Jésus.
Le baptême de Jésus, Marc veut nous faire comprendre l'essentiel. Jésus, remontant de l'eau, voit les cieux se déchirer et l'Esprit descendre sur lui et il entend la voix du Père Ce qui inaugure le ministère de Jésus, c'est qu'en ouvrant les cieux, en déchirant les cieux selon la supplication du prophète Isaïe : "Si tu déchirais les cieux !" Jésus ouvre l'accès au mystère trinitaire. L'Esprit descend et le Père désigne Jésus comme son Fils Bien-Aimé. Autrement, dans cette première scène, c'est la proclamation même du mystère qui est révélé. Jésus est le "révélateur" du mystère. Il révèle qui est Dieu.
Dans le deuxième moment, Jésus s'avance au désert et là, dans l'épreuve de la tentation, il rencontre le mystère de l'homme qui est capable de refuser Dieu, non pas que Jésus Lui-même refuse Dieu et la mission qui lui est confiée, mais à travers l'épreuve et la souffrance de la tentation, c'est comme si se répercutait en Jésus tout ce qui fait le drame, le poids et la souffrance de notre existence humaine, cette capacité de refuser Dieu.
Et dans le troisième moment, Jésus, par l'annonce de l'évangile, commence à retisser les liens de l'homme avec Dieu : conversion et foi. Détournement de son péché, adhésion totale et fondamentale au mystère de Dieu. Vous voyez comment, à travers simplement quelques versets, l'évangéliste note l'enjeu de la venue du Christ parmi les hommes. Et ce qu'il nous faut faire, nous, c'est la démarche inverse. Nous-mêmes, chaque fois que nous sommes rassemblés pour l'eucharistie, nous entendons la Parole de Dieu qui nous dit : "Convertissez-vous et croyez à l'évangile !" le début de notre itinéraire, pour répondre à l'appel du Christ, c'est de commencer par écouter sa Parole. Nous aussi, nous avons besoin de nous détourner de notre péché, de nous convertir, de nous tourner vers Dieu et de croire en sa Parole, de faire fond sur la vérité même de ce qui nous est annoncé et proclamé.
Puis il y a le combat symbolisé, pour nous aussi, par la tentation au désert. Ce séjour du désert est décrit avec les bêtes sauvages, toutes ces bêtes sauvages que nous portons dans notre cœur et qui sont les signes et les symptômes de notre cœur d'hommes pécheurs. Et là nous avons à vivre ce combat spirituel où nous sommes aussi fréquentés par les anges que par les bêtes sauvages. Cette lutte et ce débat profond, à l'intérieur de nous, est suscitée par l'annonce même de l'évangile, de la Parole de Dieu. Nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes dans ce combat et dans cette tentation, mais nous sommes portés par la foi et par l'appel à la conversion que nous a donné Jésus-Christ le Fils de l'Homme. Enfin, en remontant progressivement, nous marchons peu à peu vers ces "cieux ouverts".
Et c'est le mystère de toute notre existence avec ce mystérieux moment de notre mort où les cieux se déchirent pour que nous entrions dans la communion du Père, du Fils et de l'Esprit Saint. Vous voyez comment l'évangile, comment la Parole de Dieu peut, à tout moment, nous tracer les lignes fondamentales de notre existence : écouter cette Parole de Dieu, ce lien que le Christ vient retisser entre Dieu et les hommes. En éprouver tout le poids et toutes les exigences à travers le combat spirituel, la lutte, contre le mal et l'épreuve de la tentation. Finalement, au cœur même de cet abandon total de nous-mêmes, dans ce qui nous paraît comme le point le plus obscur et le plus noir de notre existence, accepter qu'à ce moment-là, les cieux s'ouvrent pour nous, pour être accueillis dans la miséricorde et dans la joie de Dieu.
AMEN