LA PREMIÈRE CATÉCHÈSE
1 Jn 4, 7-14 ; Jn 3, 1-12
Jeudi de la première semaine de l'Épiphanie – B
(7 janvier 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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icodème a bien de la chance car il a eu droit à la première catéchèse. En effet, dans l'évangile de Jean, Jésus n'a encore rien dit. Il a appelé ses disciples, Il a donné un signe à Cana, Il a montré que sa venue parmi les hommes allait transformer l'homme ancien en homme nouveau, mais la première explication c'est à Nicodème qu'Il la donne, et le premier mot de cette catéchèse est celui de naissance.
Certes ce texte est baptismal, au sens où il éclaire le sens profond du baptême chrétien "baptême d'eau et d'Esprit" qui fait de nous des créatures nouvelles dans le Christ. Mais plus encore il s'agit de comprendre ce que signifie vraiment un baptême, ou du moins quel est le sens du baptême, en chaque jour, pour nous aujourd'hui. Le baptême n'est pas seulement un événement du début de la vie, qui transforme ou qui met en nous une transformation progressive de l'homme ancien en homme nouveau, mais il doit aussi agir sur notre façon de voir Dieu, de renverser un peu la vapeur pour commencer à penser, non pas à partir de nous, mais à partir de Lui.
Vous l'avez entendu. Quand Nicodème parle au Christ, il reconnaît par sa propre sagesse, par sa propre connaissance des Ecritures qu'II est envoyé. "Oui, vraiment, Tu es Maître et Tu viens de la part de Dieu, car les signes que Tu accomplis, nul ne peut les faire s'il n'est envoyé par Dieu !" Jésus renverse la situation puisque non seulement Il se dit envoyé mais Il se dit le premier. C'est dire que l'initiative ne vient pas du cœur ou de l'intelligence de l'homme, mais vient du cœur et de l'intelligence de Dieu. C'est dire que ce qui est premier n'est pas ce que nous comprenons du Christ, ou ce que nous voulons en comprendre, en laissant le reste, mais ce que Dieu en fait, ce que Dieu dit en toute première initiative.
C'est ainsi que l'évangile de Jean est tout entier souligné par le mot de lumière. Et c'est le mot grâce qui vient, car que fait Nicodème si ce n'est qu'il mesure, à sa propre justice intérieure, à sa propre conscience de juif éclairé et pieux, ce qu'il attend de Dieu. Mais Jésus renverse la situation en lui disant qu'il ne s'agit pas de compter des œuvres de juif pieux, mais de renaître d'en haut, d'être sauvé par grâce. La première catéchèse de Jésus n'est pas d'éclairer davantage le principe de justice qui doit guider le cœur de l'homme, mais d'affirmer que Dieu est premier et qu'Il vient sauver et que c'est pure grâce.
Ainsi nous passons d'un régime de compréhension humaine, d'analyse à partir de nous-mêmes, d'un Dieu qui vient vers nous, à une autre vision plus totale mais qui est dans le cœur même de Dieu, qui est faite à partir du cœur même de Dieu. Quelles que soient nos œuvres, quelle que soit notre justice, quel que soit notre sentiment d'être juste ou justifié dans notre conscience personnelle, notre salut est l'œuvre de pure grâce de la part de Dieu. Est-ce à dire qu'il faudrait démissionner d'une vie droite, d'une morale juste et éclairée par l'évangile ? Certes non, mais il s'agit de la vivre non pas en voulant nous sauver par nous-mêmes, mais en cherchant à comprendre que c'est bien Dieu qui vient nous sauver, nous tenir par la main, et qu'il y a là une telle gratuité de la part de Dieu qu'aucune œuvre ne le mérite vraiment. Il n'y a pas, dans notre vie, de quoi mériter le salut qui nous est proposé. C'est en cela que notre vie est une naissance. Une naissance progressive, parfois brutale, en tous les cas, elle est comme présidée par cette volonté indéracinable de Dieu de nous sortir des ténèbres pour nous montrer la lumière.
En ce temps d'Épiphanie, le Christ est venu comme une lumière éclairer les païens, se présenter comme la lumière du salut à toutes les nations. Reconnaissons que nous sommes des sauvés parmi les hommes et que nous avons à éclairer l'humanité, non pas de nos mérites de notre conscience droite, mais de la gratuité dont nous sommes les premiers bénéficiaires Ainsi nous pourrons vraiment témoigner au monde ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu : Dieu est salut.
AMEN