DIEU EST LA VÉRITÉ

1 Jn 4, 15-21 ; Jn 3, 22-4,3

Jeudi de la première semaine de l'Épiphanie – C

(9 janvier 198)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

elui qui accueille le témoignage de Celui qui vient du ciel, celui-là certifie que Dieu est véridique, que Dieu est la vérité." Dans tout ce temps qui suit Noël, dans ce temps de l'Epiphanie, la liturgie de l'Église nous fait méditer sur ce témoignage. Ce témoignage, il ne nous est pas encore donné en paroles, de façon totale et explicite. Ce témoignage ce n'est pas seulement ce que Jésus dit ou dira, ce qu'Il fait ou ce qu'Il fera : c'est ce qu'Il est Lui-même en personne. Le témoi­gnage, dans l'évangile, c'est cette présence de la vérité au cœur même du monde, pour rayonner sur cette humanité et lui faire découvrir ce qu'elle est en réalité, en vérité.

Et Jean-Baptiste est un de ces témoins privi­légiés de la vérité. Il l'exprime ainsi, de façon très affective, bien que profondément effective, il est "l'Ami de l'Époux". Il se tient là, il entend, et ce té­moignage qu'il reçoit dans son cœur, provoque en lui cette très belle expression sur Jésus : "Il faut qu'Il croisse, qu'Il grandisse et que je diminue." Jean-Bap­tiste reçoit cette vérité de Dieu. Il accueille le témoi­gnage du Christ comme étant le Fils de Dieu, et il certifie ainsi que "Dieu est véridique."

Dans le psaume 18, qu'il nous est arrivé de chanter au moment de la fête des apôtres, il est ex­primé que ce témoignage de la vérité, qui vient d'abord du Christ, pour s'imprimer ensuite dans tous les disciples, est essentiellement celui du Fils qui a bondi du cœur du Père, qui "s'est élancé du trône royal pour surgir à l'Orient et parcourir sa course d'un bout du monde à l'autre", c'est-à-dire pour mani­fester à tout homme, à toute chair, qu'Il est vraiment "Celui qui doit venir", qu'Il est le Messie, ce Messie qui s'est justement présenté comme étant Verbe fait chair, au témoignage de l'évangéliste saint Jean.

Or, ce psaume 18 que je vous invite à méditer plus profondément en ces jours, nous décrit cette pa­role de la façon suivante : "Les commandements du Seigneur tracent le chemin droit, ils réjouissent le cœur. Les volontés du Seigneur sont rayonnantes de clarté, elles illuminent le regard. La parole du Sei­gneur est pure, elle demeure pour l'éternité. Les ju­gements du Seigneur sont vérité, tous, ils donnent le salut. Ils font ma joie plus que l'or, plus que l'or fin à profusion. Ton serviteur se laisse illuminer par Ta Parole, il s'épanouit à lui rester fidèle."

Dans ces quelques versets du psaume 18 re­vient ce témoignage unique de la Parole, cette Parole qui vient du ciel, qui n'est pas terrestre, ni enfermée dans les limites terrestres, et qui est donc porteur du salut. Et ce salut est manifesté de façon rayonnante. Ce salut trace, à travers les commandements du Sei­gneur, à travers ses volontés, sa Parole, ses jugements, c'est-à-dire le Christ Lui-même, trace le chemin droit, illumine le regard, purifie, demeure pour l'éternité et réjouit plus que l'or, plus que l'or le plus fin. C'est ainsi que le serviteur se laisse illuminer par cette parole et s'épanouit à lui rester fidèle.

C'est cela ce témoignage qui rend justice à la vérité de Dieu et que nous avons chacun et tous en­semble à accueillir. Le Christ fait chair, qui est pour nous, pas simplement l'objet lointain de notre foi, quelque chose qui nous conviendrait, mais qui est le droit chemin, qui est la clarté qui rayonne, qui est la pureté même de notre regard, qui est la vérité et qui est, en fin de compte, notre fidélité. "Il faut qu'Il croisse et que je diminue !" Que je diminue ne veut pas dire que je disparaisse complètement, que je re­tourne au néant, que je me fasse faussement humble, ou que je m'enfuie. "Que je diminue" veut simplement dire positivement que Lui grandisse en moi. Et Il grandit en moi par la fidélité à sa parole.

Alors, qu'en ces jours où nous célébrons l'Epiphanie, le baptême du Christ, c'est-à-dire cette "terre céleste" dans laquelle nous nous enracinons et qui a produit le fruit de la Parole de Dieu fait chair, qu'en ces jours nous puissions la chanter, la célébrer, la méditer, la recevoir par notre propre fidélité. Et cela sera pour nous cause de joie, et peut-être, plus encore que Jean-Baptiste qui n'était que "l'Ami de l'Époux", nous l'Église qui sommes son Épouse, nous pourrons dire en vérité et en tressaillant d'allégresse : "Je me tiens là et la voix de l'Époux me ravit."

 

AMEN