DIEU NOUS A AIMÉS LE PREMIER
1 Jn 4, 7-14 ; Jn 3, 1-12
(6 janvier 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT

Elne : Saint Jean l'évangéliste
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ujourd'hui, pour nous réchauffer, nous avons les textes de l'Écriture qui nous parlent d'amour, c'est l'amour de Dieu qui se monnayent aussi dans nos vies, dans nos relations il y a une phrase que j'apprécie beaucoup dans ce texte aujourd'hui : "En ceci consiste l'amour (donc saint Jean va nous expliquer), ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu mais c'est Lui qui nous a aimés et qui nous a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés".
Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu. Ce n'est pas nous qui avons fait le premier pas. Ce n'est pas nous qui nous sommes avancés vers Lui. C'est Lui qui s'est avancé vers nous. C'est ce Dieu qui s'est avancé vers sa création pour la sauver, comme un époux, c'est ce Dieu qui s'est avancé avec sa robe tachée de pourpre, comme dit le livre d'Isaïe, c'est Lui qui s'est avancé vers sa création pour la racheter.
Mais Dieu ne s'est pas contenté d'aller au-devant de sa création, c'est Lui qui l'a faite, c'est Lui qui l'a fait jaillir de son amour. De la même manière, Il nous rendra participants de cet amour, c'est Lui-même aussi qui ira au-devant de ce monde pour le reprendre dans la grâce de son amour.
En entendant cette phrase : "ce n'est pas nous, mais c'est Lui", je pense à toute cette dynamique de l'Alliance qui traverse toute la Bible depuis Abraham, où l'on voit que c'est toujours Dieu qui fait le premier pas, c'est toujours Dieu qui constitue son peuple, c'est toujours Dieu qui est celui qui vient au-devant de sa création. Il n'est jamais en retrait, comme en second. Nous, c'est une réponse que nous avons à donner à cet amour qui est premier. Et derrière cette phrase : "ce n'est pas nous, c'est Lui qui nous a aimés le premier", comme une sorte de contrepoint, une sorte d'effet en miroir, je pense à ces premiers récits de création, quand Dieu crée dans cette grande liturgie que nous lisons à la Vigile Pascale, quand Dieu crée dans tout le débordement de son amour, Il crée l'homme et la femme, pour qu'ils soient à "l'image de Dieu, à l'image de Dieu Il les créa". Dieu leur donne aussi de participer au don de la vie pour que le couple ressemble à Dieu dans son intériorité qu'il est en lui-même, et qu'ils ressemblent à Dieu aussi dans cette capacité de donner la vie.
Et dans le deuxième récit de création, où Dieu crée l'homme, sort la femme de l'homme, et ces noces où Dieu présente la femme à l'homme pour ne fasse qu'une seule chair, et puis, la fracture du péché (Genèse 3). Cette fracture du péché, ce fruit qui est saisi dans l'arbre, ce fruit qui est partagé, qui entraîne la peur, puisque Dieu vient dans le jardin et Adam et Ève se cachent parmi les arbres du jardin, et Dieu qui les cherche : "Où es-tu ?". Dieu cherche Adam. Adam répond : "Je me suis caché parce que je suis nu". Et Dieu va dire : "Tu as donc mangé du fruit de l'arbre du jardin ?" Une phrase qui ne porte pas trace de condamnation à laquelle Adam répond : "C'est la femme que Tu as mise auprès de moi qui m'a donné du fruit de l'arbre et j'ai mangé". Adam dit : ce n'est pas moi, c'est la femme. Le couple qui était fait pour être à l'image de Dieu, pour refléter la tendresse de Dieu sur la terre, pour être cette sorte d'icône de Dieu, ce couple devient le lieu de l'accusation. C'est ce que j'appelle la fracture dans le couple, quand Adam dit : ce n'est pas moi, c'est elle !
Et en quelque sorte, comme en contrepoint, nous entendons aujourd'hui dans saint Jean, l'homme qui dit : "Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est Dieu qui nous a aimés le premier". Il recrée comme signe de l'Alliance, en retissant lui-même les liens de l'Alliance ce que le péché avait brisé dans cette Alliance que Dieu avait voulue en figure avec ce premier couple. Il recrée par l'envoi de son Fils, cette Alliance primordiale pour que nous ne puissions jamais plus dire en accusant notre frère : c'est lui, mais que nous reconnaissions dans le frère cet homme pour qui le Christ est mort, que nous y reconnaissions cet amour dont il est aimé par ce Dieu qui nous donne de nous aimer aussi les uns les autres.
AMEN