SAISIS PAR LE CHRIST 

Ph 3, 8-14 ; Jn 8, 12-19

(10 janvier 2008)

Jeudi de la première semaine du temps de l'Épiphanie

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Approcher du mystère

F

rères et sœurs, dans la symbolique habituelle, Dieu est lumière et les ténèbres sont le lieu du péché. Le texte de l'évangile que nous venons d'entendre ne fait que reprendre cette symbolique. Cela veut dire que Dieu est rayonnement, resplendissement, et que les ténèbres comme le péché obscurcissent nos yeux et notre cœur. Il y a pourtant une autre tradition symbolique qui est représentée précisément par saint Grégoire de Nysse que nous célébrons aujourd'hui ou encore par saint Jean de la Croix, tradition dans laquelle Dieu est au cœur même de la nuit. Dieu ne nous transporte pas dans l'illumination de sa splendeur mais nous invite à aller toujours plus profond dans un mystère insondable qui et celui de son infinité. C'est comme à tâtons, comme en cherchant dans la nuit un chemin difficile, que nous pouvons peu à peu nous approcher du mystère de Dieu. A ce moment-là la nuit n'est plus le symbole d'une absence, d'un éloignement, mais la nuit devient le symbole d'une quête qui n'aura jamais de fin, d'une recherche, d'un désir, sans cesse réactualisé et qui ne cesse de nous mettre en marche.

Pour saint Grégoire de Nysse, Dieu est le mystère infini. Il dira que c'est un infini en actes, c'est-à-dire un infini actuel dans sa plénitude, sa totalité. L'homme nous dit-il encore est un infini en puissance, une capacité jamais totalement réalisée, mais tout le temps possible de nous avancer progressivement vers cet infini de Dieu. Toute la vocation de l'homme est de chercher à rejoindre l'infini de Dieu. Comme le mot l'indique cet infini est sans fin et comme l'homme ne cessera jamais d'avancer vers cette rencontre de Dieu qui s'accomplit et rebondit sans cesse, parce que plus nous découvrons Dieu, plus nous découvrons aussi qu'Il est plus grand encore que ce que nous avons découvert et qu'Il nous appelle toujours plus loin.

C'est pourquoi nous lisions tout à l'heure ce passage de l'épître aux Philippiens : "A cause du Christ Jésus, j'ai accepté de tout perdre afin de gagner le Christ, d'être trouvé en lui n'ayant plus la sainteté à moi qui vient de la Loi, mais la sainteté par la foi au Christ. C'est pourquoi je cherche à lui devenir conforme dans sa mort afin de parvenir, si possible, à ressusciter d'entre les morts. Non que je sois déjà au but ni que je sois devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir ayant été saisi moi-même". Tout le mystère est là. Nous avons été saisis par Dieu, Il nous prend par la main, Il nous entraîne à sa suite, Il nous invite à entrer dans son mystère, Il nous invite à entrer sans ce sse toujours plus profondément dans ce mystère et nous nous y avançons comme le dit saint Paul, nous poursuivons notre course pour essayer de saisir comme nous avons été saisis. A ce moment-là, cette quête infinie qui nous fait avancer toujours plus loin dans la recherche de Dieu, cette quête infinie qui peut sembler obscure car nous voyons toujours que le mystère est plus grand que ce que nous pouvons en percevoir, devient notre entrée dans l'intimité de Dieu. Pour saint Grégoire de Nysse, comme pour saint Jean de la Croix, c'est au cœur de la nuit que nous nous approchons toujours plus près de celui qui est toujours plus loin parce qu'Il est infini et que comme à tâtons, nous trouvons notre bonheur en cette découverte toujours renouvelée du mystère de Dieu.

C'est une invitation pour nous à ne pas nous imaginer que la rencontre avec Dieu est donnée une fois pour toutes, mais à comprendre que cette rencontre avec Dieu n'a pas de fin et qu'elle ne cesse de nous inviter à rebondir, à aller plus loin, à entrer plus profond, à nous incorporer plus intimement à cet amour de Dieu qui nous est ainsi offert et qui nous absorbe et qui nous invite toujours à aller plus profond.

Que cette fête de saint Grégoire de Nysse nous invite ainsi à marcher vers la rencontre de Dieu et à nous laisser saisir afin d'arriver nous-mêmes à saisir le Christ, son mystère, le mystère du Père.

 

AMEN