SIMÉON, MODÈLE DU CHRÉTIEN

1 Jn 2, 18 . 22-28 ; Lc 2, 25-32
6ème jour dans l'octave de Noël (30 décembre 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

'aime beaucoup ce visage du vieillard Siméon, qui accueille l'Enfant-Jésus lorsqu'Il est présenté au Temple pas ses parents. Il me semble que cela pourrait être pour nous comme un exemple de l'attitude de ce que doit être le chrétien. Siméon fait partie de ces personnages de la première Alliance qui se trouve aux portes de la nouvelle Alliance, qui la découvrent et qui la reçoivent. A l'instar de la figure de Jean-Baptiste, ils sont ceux qui attendent depuis longtemps la révélation, la réalisation de la promesse de la venue du Messie. Ainsi, la première Alliance, ou l'Ancien Testament est tissé de ces figures qui attendent le Seigneur, qui le désirent, et pour certains, finissent par le voir et le contempler, comme selon les prophéties, Siméon est heureux, heureux de voir ce qu'il a pu voir, et même entendre. Qu'a-t-il vu ? Un bébé. Qu'a-t-il entendu ? Des babillages. Et pourtant, il est dans l'action de grâces, il bénit le Seigneur dit l'évangile. Son action de grâces, sa bénédiction se termine par un chant que l'Église aime reprendre à l'office des Complies avant que les frères et les fidèles aillent se coucher : "Maintenant Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix selon ta parole, car mes yeux ont vu le Salut que tu prépares à la face de tous les peuples, lumière des nations".

Siméon étant comme le premier modèle de ce que devrait être la vie chrétienne. Pourquoi ? Parce que Siméon accueille, Siméon reçoit. Siméon aurait pu être comme ces pharisiens qui attendaient aussi la venue du Messie mais qui savaient tellement ce qu'il devait être, qui avaient déjà une idée de ce qu'il devait dire, qui avaient envisagé tout ce que le Messie devait réaliser, qu'ils ont été incapables de reconnaître le Messie. Nous pouvons nous demander aussi parfois si certains chrétiens, dans leur manière de vivre et d'exprimer leur foi, ne sont pas tellement remplis d'assurance qu'ils en finissent par être des dictateurs de la croyance. Or, avoir la foi, c'est être attentif à la présence de Dieu dans ce monde, à la découvrir, à la reconnaître parce qu'on l'a reçue. Il faut essayer de sortir de certaines catégories d'un bon christianisme, ou des bons chrétiens qui finissent par imposer tout et parfois n'importe quoi au nom de la foi ou de la religion, même lorsque l'on croit vivre en bon chrétien, voire même faire ce qui est charitable.

Etre chrétien comme Siméon, n'est-ce pas avoir médité ces Écritures ? N'est-ce pas avoir été rempli de l'attente du Salut ? N'est-ce pas avoir été travaillé au cœur par le désir de rencontrer le Seigneur et ultérieurement, n'est-ce pas de recueillir le fruit du Salut ? Et il ne reste qu'une chose, source et centre de la vie chrétienne : l'action de grâces qui n'est rien d'autre que le nom de l'eucharistie. En effet, recevoir le corps du Christ, c'est pour Siméon, recevoir l'Enfant sans ses bras. C'est encore mieux, et c'est pouvoir dire maintenant, je vois ton Salut. Le chrétien est capable de recueillir dans ce monde cette présence de Dieu qui lui parle au cœur même du temps, c'est-à-dire au cœur même de la prière et au cœur même de la rencontre avec les autres, lorsque Siméon rencontre un homme et une femme qui lui apporte sans le savoir le Salut du monde. C'est recevoir Dieu le tout-autre et recevoir tous les autres. C'est recevoir notre humanité, c'est recevoir notre monde, c'est recevoir l'univers et contempler le ciel sur la terre. L'homme de foi, le chrétien, c'est celui qui reçoit et qui accueille et qui ensuite peut dire ce qu'est vraiment la vérité : "Voici la lumière des nations", et qui peut dire aussi l'action de grâces : maintenant, j'ai vu, je rends grâces, j'ai reçu la vérité et je peux partir en paix.

 

 

AMEN