LA VIE CACHÉE A NAZARETH
1 Jn 2, 15-21 ; Lc 2, 36-40
6ème jour dans l'octave de Noël (30 décembre 1994)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ous venons d'entendre ce résumé étonnant douze années de vie à Nazareth. "L'Enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse." Il est étonnant par sa sobriété. Une phrase pour résumer douze années, comme une autre phrase résumera les quinze années qui séparent la rencontre de Jésus avec les docteurs au Temple du début de sa vie publique.
Cette sobriété peut nous laisser insatisfaits, peut nous pousser à la curiosité Vers les quatrième, cinquième siècles des auteurs n'ont pas hésité à broder et à raconter ce que l'Enfant Jésus a vécu pendant ces douze années. Ainsi l'évangile de Thomas, par exemple, dont je vous cite deux anecdotes. "L'Enfant Jésus façonne avec de l'argile des petits oiseaux, les fils des scribes arrivent, le grondent et lui disent : attention, c'est le jour du Sabbat. Et aussitôt l'Enfant Jésus souffle sur ces oiseaux qui s'envolent." A un autre moment, l'Enfant Jésus construit un petit barrage au bord d'une rivière. Un de ses camarades de jeu donne un grand coup de pied dans ce barrage, Jésus se fâche, le traite de tous les noms, le maudit et lui dit : Deviens comme un arbre desséché. Aussitôt l'enfant devient complètement desséché. Les parents du pauvre enfant le récupèrent et vont se plaindre à Jésus.
Ces évangiles ont été écrits pour répondre à la curiosité de ces communautés chrétiennes et aussi pour prouver que Jésus est bien Dieu, dans un contexte où l'on bataillait dur sur la divinité de Jésus. Donc il fallait prouver que, même par son enfance Il était bien Dieu. Ce sont là des témoignages de la piété d'une époque, ils nous ont appris, par exemple que les mages étaient rois, qu'il y avait un bœuf et un âne à la crèche. Ils nous ont appris la purification de Marie. Mais sur ce plan-là, ils répondent à un besoin de merveilleux qui n'est pas évangélique.
Vous cherchez du merveilleux, vous cherchez du prodigieux. Est-ce que ce n'est pas prodigieux que Dieu se fasse homme et vive comme un homme, à l'exception du péché, pendant tant d'années. Vous cherchez de l'imitable. Est-ce que l'obéissance de cet enfant Jésus, obéissance à ses parents, figure de son obéissance à son père, est-ce que cette obéissance n'est pas imitable ? Vous cherchez de l'évangélique. Est-ce que cette humilité du Fils de Dieu fait homme, Dieu Lui-même, pendant tant d'années, dans la discrétion et le travail, est-ce que ce n'est pas profondément évangélique ?
Oui, il faut préférer cette sobriété des évangiles, sobriété qui a fasciné un homme qui a voulu, toute sa vie, incarner la vie à Nazareth. Il a cherché passionnément sa vocation, il l'a trouvée dans une vie humble, à la fois retirée dans l'union à Dieu, une vie de travail et en même temps très proche des hommes. Cet homme c'est Charles de Foucauld. Il a voulu incarner cette vie à Nazareth au cœur des populations musulmanes et il est mort le premier décembre 1916 dans son bordj. On a sonné, c'était le postier et le postier a tiré et Charles est mort. Quand on l'a retrouvé, il gisait dans le sable et à côté de lui, le saint Sacrement qu'il était en train d'adorer précisément à cette heure. Alors, cette vie de Nazareth, il l'a incarnée jusqu'au bout, comme les petits "oui" de Jésus pendant toute sa vie cachée ont préparé le grand "oui" de la croix. Les petits "oui" de Charles de Foucauld durant toute sa vie cachée à Beni-Abbès ou dans l'Assekrem, ont préparé ce "oui" du martyre. Et comme nous y invitait hier Frère Paul-Eric, je vous invite aussi à prier encore aujourd'hui pour l'Algérie, pour tous ceux qui, en terre d'Islam, veulent continuer la vie de Nazareth.
AMEN