L'ANCIEN ET LE NOUVEAU !

1 Jn 2, 15-21 ; Lc 2, 25-40
6ème jour dans l'octave de Noël (30 décembre 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

e passage d'évangile que nous venons d'entendre fait partie du mystère de la Présentation de Jésus au Temple, mystère que nous célébrerons à la fin du temps de Noël au quarantième jour après Noël. C'est pourquoi je ne voudrais pas ce matin développer ce thème de la lumière, puisque c'est le Christ lumière des nations qui apparaît à travers la prophétie de Siméon, mais simplement cet aspect plus caché et peut-être en apparence plus modeste et pourtant très important que les grecs célèbrent dans cet évangile. C'est le mystère de la rencontre.

C'est la rencontre du Christ avec Israël en la personne de Siméon et de la prophétesse Anne. Siméon c'est celui qui symbolise Israël et qui est là malgré sa vieillesse, qui symbolise toute l'attente d'Israël. Israël a donné toute sa vie pour attendre le Messie et lorsque Siméon reçoit l'Enfant dans ses bras, c'est effectivement dans sa vieillesse car c'est après cette longue attente. Et en même temps, dans cette attente et dans ce vieillissement du monde qui attend la genèse d'un salut, l'Esprit travaille car "l'Esprit lui avait révélé qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ de Dieu." Le mystère de Siméon c'est celui d'Israël qui, à la fois, s'épuise dans la vieillesse et dans l'attente, ne peut pas se renouveler par lui-même et qui cependant est affermi, confirmé dans son attente par la prophétie de l'Esprit. Au moment où Israël accueille le Christ, le peuple d'Israël est aussi un vieillard, un vieillard usé, fatigué par une histoire qui a été lourde, par de grands malheurs qui ont jalonné l'histoire de ce peuple. Et en même temps Israël est un peuple déjà consolé, déjà soutenu et affermi par l'Esprit qui parlait par les prophètes.

Et, symétriquement il y a aussi cette prophétesse Anne, fille de Phanuel. Phanuel c'est un très beau nom qui signifie : "Dieu est mon visage, Dieu est mon vis-à-vis" et Anne vivait précisément dans ce vis-à-vis de Dieu puisqu'elle vivait dans le Temple. Or Anne elle aussi, après sa virginité a vécu sept ans avec son mari, c'est-à-dire un certain temps pour avoir des enfants, elle a connu la joie de la fécondité, comme Israël aussi a connu en Abraham et en tous les descendants d'Abraham la joie de voir se multiplier la postérité sur la terre. Et maintenant Anne est dans le veuvage car après la joie d'avoir donné la vie pour le Messie, elle est dans le veuvage c'est-à-dire dans l'attente des épousailles éternelles. C'est pourquoi lorsqu'elle aussi s'avance à la rencontre de son Dieu, elle commence par louer Dieu et "parler de l'Enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance" à Jérusalem. D'une certaine manière, elle célèbre dans sa propre chair, pourtant si usée, si vieillie, un peu comme celle de Sara, elle célèbre les épousailles éternelles du Christ avec cette humanité vieillie.

Pour nous, très souvent c'est un peu comme cela. Nous sommes un peu Siméon et Anne. Nous ne sommes peut-être pas aussi justes qu'eux. Nous ne passons peut-être pas toute notre journée dans le Temple à louer et à prier Dieu, bien que nous essayions d'en faire autant que nous pouvons. Mais ce qui est sans doute très frappant dans notre existence, c'est que nous la sentons toujours frappée de cette espèce de vieillissement, ce que Saint Paul dira plus tard en parlant du vieil homme. Nous sentons que, intérieurement, il y a toujours quelque chose en nous qui s'en va tout doucement mais inexorablement en ruines. Et en même temps, il y a toujours cette prophétie de l'Esprit, que nous ne mourrons pas sans avoir vu le visage de Dieu et que nous sommes nous aussi des enfants de Phanuel, c'est-à-dire "Dieu est mon visage." Et c'est cela, au fond, qui nous donne cette force de vivre pour le Seigneur et dans l'attente de la manifestation de son amour éternel.

Alors, en cette fin d'année, une année où nous avons vu encore, petit à petit, quelque chose qui s'est usé dans notre corps et dans notre vie, quelques rêves qui sont tombes, quelques déceptions qui ont pu s'amorcer à un moment ou l'autre, n'oublions pas au fond de notre cœur, cette image de Siméon et d'Anne qui, malgré leur vieillesse, ont encore la force de monter jusqu'au Temple, car c'est là qu'ils y rencontreront le Seigneur leur Dieu.

 

AMEN