A LA RENCONTRE DE DIEU

1 Jn 2, 15-21 ; Lc 2, 25-32
6ème jour dans l'octave de Noël (30 décembre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Présentation au Temple

L

 

ire ces quelques lignes de la Présentation de Jésus au Temple en cette octave de Noël, c'est attirer notre attention sur la rencontre, cette rencontre de Jésus avec Siméon avec la prophétesse Anne. Rencontre qui vient combler une attente. Rencontre qui est celle de l'humanité tout entière, celle de chacun de nous avec le Christ. Au terme de cette attente du temps de l'Avent, de cette attente qui est au cœur de notre vie et qui se renouvelle sans cesse et qui, de rencontre en rencontre, devrait nous conduire jusqu'au plus profond dans cette présence de Dieu ou plus exactement dans notre présence à ce Dieu qui Lui, se rend toujours intensément présent à nous. Dieu ne cesse de venir et il dépend de nous d'ouvrir nos bras, comme le vieillard Siméon, de reconnaître comme Lui, sous l'impulsion de l'Esprit, la lumière qui vient éclairer les nations et d'abord notre cœur.

Lire ces textes au moment où nous célébrons l'octave de Noël c'est aussi souligner ce lien profond, secret mais déjà apparent dés la naissance de Jésus, entre l'Incarnation et la Passion du Christ. Car, si au moment de la naissance de Jésus, déjà la colère du monde se déchaîne et met à mort les innocents, si au moment de la naissance de Jésus, il faut fuir, être en exil, il y a aussi cette parole de Siméon : "un glaive de douleur te transpercera l'âme car il sera en butte à la contradiction". Jésus est venu non pour apporter la paix mais la guerre. Et au moment même où les anges chantent "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu'Il aime !" déjà s'annonce cette remise en question, ce jugement, cette crise qui va traverser l'humanité et dont Jésus va être la cause. Et nous ne pouvons pas ignorer que ce Dieu qui vient à nous, ce Dieu de la paix qui veut mettre en paix notre cœur et mettre en paix les hommes les uns avec les autres, ce Dieu va se heurter à notre refus, à notre violence à la fermeture et à la division. C'est pourquoi cette venue du Dieu de la paix va se traduire par la guerre, mais une guerre dont Il va prendre sur Lui toutes les retombées, car tout le péché de l'humanité, toute la souffrance de l'humanité, Jésus va les résumer en Lui, les assumer en Lui. C'est le sens profond de la venue de cet enfant qui ne sait pas encore parler mais qui est porteur de tout ce mystère de la croix, de l'accumulation sur ses épaules du péché du monde, depuis les origines jusqu'au dernier jour.

Fêter Noël, c'est déjà fêter Pâques car ces deux mystères n'en font qu'un. Si le Fils de Dieu a renoncé aux prérogatives qui l'égalaient à Dieu, s'il n'a pas voulu garder jalousement le rang qui l'égalait à Dieu pour prendre notre condition d'esclave, c'est pour aller jusqu'au bout de cet anéantissement, pour devenir non seulement semblable aux hommes non seulement un homme parmi les autres, mais pour aller jusqu'à l'humiliation de la mort sur la croix. C'est ce mouvement de Dieu vers les hommes qui va jusqu'au plus profond de notre déréliction, de nos ténèbres et de notre péché, c'est jusque-là que Dieu vient se rendre présent. Alors notre rencontre avec le Christ, cette rencontre qui doit épouser l'attitude de Siméon ou d'Anne la prophétesse, cette rencontre où nous ouvrons les bras au Christ qui vient, c'est une rencontre de Dieu avec ce qu'il y a de plus ténébreux en nous, c'est aussi une rencontre de Dieu avec notre péché. Car si nous accueillons Dieu dans notre demeure, il ne peut pas ne pas y rencontrer non seulement l'imperfection mais le mal, mais le refus. Et c'est là aussi qu'Il vient apporter sa présence, sa paix. Car il n'y a de paix véritable que si tout est pacifié en profondeur jusqu'au plus profond de la révolte, du refus ou des ténèbres. Dieu n'est pas venu nous visiter dans la partie de nous-même qui était aimable, acceptable, présentable, Dieu est venu nous visiter dans l'intolérable de nous-même, dans le pire de ce que nous portons en nous et c'est là qu'Il a voulu porter le feu de son amour pour que tout soit transformé et purifié.

Acceptons de venir aujourd'hui à la rencontre de ce Dieu de paix et d'amour tels que nous sommes, avec notre péché non pas pour rester dans notre péché mais pour que ce péché soit exposé à la puissance de l'amour de Dieu, pour que Dieu puisse, en nous, être vainqueur du mal. N'hésitons pas si nous sommes pécheurs à nous présenter devant Dieu. C'est pour cela que Dieu est venu vers l'homme. C'est Pour être notre Sauveur.

 

AMEN