L'AMOUR DU MONDE VIENT DU MAUVAIS

1 Jn 2, 15-21 ; Lc 2, 33-40
6ème jour dans l'octave de Noël (30 décembre 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

N

 

'aimez ni le monde, ni rien de ce qui vient du monde car tout amour qui vient du monde, la convoitise des yeux ou le pouvoir des richesses, tout cela vient du Mauvais." Frères et sœurs, je crois que souvent, dans notre propre sœur et l'Église elle-même n'a pas toujours pris suffisamment au sérieux cette exigence que l'apôtre saint Jean donnait déjà aux premières communautés chrétiennes de la région d'Ephèse.

En effet, ce que saint Jean voulait dire, ce n'était pas qu'il fallait vivre sur le mode de se haïr soi-même ou de ne pas aimer le monde entant que réalité créée, mais il voulait dire qu'il y a manière et manière d'aimer le monde, qu'il y a une manière d'aimer le monde qui est de se faire complice de tout ce en quoi il est heureux de nous voir des complices. Il y a une manière d'aimer le monde qui est de fermer les yeux sur le péché. Il y a une manière d'aimer le monde qui est de ne pas vouloir regarder en face ce qu'est ce monde avec le terrible pouvoir de sa liberté, et de refus de Dieu. La plupart du temps dans notre propre existence, la manière même dont nous nous aimons nous-mêmes, revient souvent à cette manière de nous laisser aller à la convoitise, dans un amour qui est une sorte de domination, de possessif pour rien. Ce n'est pas la véritable possession, par laquelle on se réjouit de ce que quelque chose nous est donné, qui est l'occasion d'une communion et d'un partage, mais c'est une possession pour rien. Possession d'autres êtres, possession de certaines richesses. A ce moment-là s'agit de cette convoitise des yeux, de cette convoitise des richesses qui est simplement une manière d'être complice de la liberté humaine dans ce qu'elle peut avoir de pire, de refus de l'être et de refus de Dieu.

Et c'est pourquoi saint Jean continue en disant : "il n'est pas étonnant que de tels drames arrivent" à l'intérieur même de la communauté chrétienne. Car, même lorsque nous sommes membres du Christ, nous pouvons encore vivre, comme le disait saint Paul, "sous la domination du vieil homme qui demeure toujours en nous", de cette solidarité adamique dans le péché qui fait que nous aussi, même ayant reçu la grâce de Dieu, nous retournons à notre statut de pécheur. Pourtant, saint Jean nous dit à la fin : "Il faut que vous sachiez que vous avez reçu l'onction."

Cette onction, c'est précisément que notre existence de chair a été habitée, a été reprise de l'intérieur par la présence du Verbe éternel. L'onction, c'est le moment où la personne du Fils vient prendre chair en nous. L'onction, c'est le moment où notre condition humaine est prise par le Verbe de Dieu et que, à ce moment-là, comme une huile de bénédiction qui se répand sur toute l'humanité, nous retrouvons le sens véritable de notre liberté, le sens véritable de tout amour.

Frères et sœurs, puisque nous avons été marqués de l'onction, sachons, comme le dit Siméon à la vierge Marie, que cette onction, le Fils éternel de Dieu," révélera le cœur d'un grand nombre". Sachons que désormais, parce que nous-mêmes, par la grâce du baptême, nous avons reçu l'onction, notre cœur, que nous le voulions ou non, est révélé dans son tréfonds, à la lumière même de l'onction divine, et que, ou bien nous nous comporterons comme des complices du monde, ou bien au contraire nous serons signe véritablement de ce que notre monde, dans la chair de l'homme, a été marqué de l'onction. A nous de choisir, mais d'abord d'y voir clair.

 

AMEN