UNE RÉSISTANCE AU CHRIST DÈS SA NAISSANCE
1 Jn 2, 18.22.28 ; Lc 2, 25-32
6ème jour dans l'octave de Noël (30 décembre 2000)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Il vient toujours masqué !
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etits enfants, voici venue la dernière heure, vous avez ouï dire que l'Antéchrist doit venir, et déjà maintenant, beaucoup d'Antéchrists sont survenus". Frères et sœurs, ce passage de l'épître de saint Jean qui n'est peut-être pas le plus facile à commenter, peut nous surprendre au lendemain de Noël, on vient de fêter la naissance de Jésus-Christ, c'est la crèche, c'est les santons, tout baigne, et l'on commence à nous parler d'Antéchrist. Qu'est-ce que cela veut dire ? Pourquoi tout à coup le rideau doit-il s'assombrir, et qu'on nous parle de cette espèce de figure qui est précisée un peu plus loin dans le passage que nous avons lu : "Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ, le voilà, l'Antéchrist". En fait, je trouve que cette parole de Jean est particulièrement bienvenue, parce qu'elle fait le lien entre le mystère de Noël que nous venons de fêter, et nous.
D'où vient cette épître de saint Jean ? Elle vient d'un milieu chrétien récent, nouveau, sans doute d'origine païenne, on pense à la région d'Éphèse où Jean s'est sans doute retiré vers la fin de sa vie, et où il voit naître l'Église, et c'est cela qui l'intéresse. Au fond, si on lit l'épître de saint Jean au moment de Noël, c'est parce qu'on veut mettre en parallèle la naissance du Christ et la naissance de l'Église. Quand le Christ naît, c'est pour que naisse l'Église, il n'y a pas d'autre raison de la venue du Christ dans le monde que la naissance de l'Église. Pour saint Jean, c'est la vérification de la foi qu'il annonce : "Au commencement, était le Verbe, le Verbe est venu chez les siens, le Verbe s'est fait chair". Et quand il annonce cela que voit-il ? Il voit naître l'Église : "Ce que nous avons annoncé depuis le commencement, ce que nous avons touché de nos mains, de nos yeux, nous vous l'annonçons". Il fait naître l'Église par la naissance du Verbe.
Ce n'était pas naïf de la part de saint Jean d'écrire des choses comme ça. Ce n'est pas simplement le fait qu'il lui soit passé quelques idées mystiques par la tête, comme on croit souvent pour son évangile et ses épîtres, mais c'est que vraiment pour lui, ayant été un des premiers à dire de façon la plus claire et la plus profonde, le mystère de la naissance de Dieu dans le monde, il est frappé par le fait que si Dieu est né dans le monde, c'est pour que le monde naisse à Dieu, et cette naissance à Dieu du monde, c'est l'Église. Or, que constate-t-il ? Il constate qu'au moment même où il annonce le Christ, cela fait surgir des antéchrists. Quand on annonce quelque part l'évangile, immédiatement, cela fait du grabuge. C'est cela qu'il veut dire : c'est étonnant, j'annonce la vérité, immédiatement, il y a des résistances. Je pense que c'est une réflexion extrêmement profonde sur le statut de l'Église. Une Église où tout va bien, cela n'est pas nécessairement bon signe. Dès que l'Église est vraiment le lieu de la naissance du Verbe de Dieu, de la Parole de Dieu dans le monde, ça ne peut pas ne pas déranger. Effectivement, ça bouleverse et ça suscite de la résistance.
Je crois que lorsqu'on a compris cela, c'est lumineux pour la première épître de Jean, parce qu'effectivement il essaie d'analyser et de comprendre comment naît l'Église, et donc pour nous aujourd'hui. Il ne faut pas simplement croire que l'antéchrist ce sont des personnes qui sont là, à l'extérieur de nous, comme les francs-maçons, et tous nos ennemis héréditaires fantasmés et qui n'ont pas toujours la réalité qu'on croit, mais les antéchrists passent au milieu même de notre cœur, c'est cela le problème, c'est que quand dans notre cœur naît le Christ, il y a des antéchrists, il y a du mensonge en nous face à cette révélation, c'est cela que Jean veut dire et il veut l'expliquer à ses fidèles en leur disant : "faites attention, il y a en vous quelque chose qui résiste à la confession de Jésus comme envoyé par le Père et à la confession de la venue de Dieu sur la terre, et qui résiste aussi à l'onction de l'Esprit Saint que vous avez reçue au baptême".
Il n'y a rien de plus actuel. L'épître de Jean, c'est du Noël rendu contemporain, c'est la présence même, c'est l'analyse de comment continue l'Incarnation dans le statut actuel de l'Église, là où naît l'Église, là se forme de la résistance, là se forment des antéchrists, là se forment des nœuds de mensonge, d'opposition, d'incompréhension de désobéissance, qui sont notre propre péché.
C'est une des raisons pour lesquelles l'Église dans son intuition profonde pour la liturgie a remis en honneur cette première lettre de saint Jean au début même de ce temps de Noël, c'est parce qu'elle veut nous amener à comprendre à travers le témoignage de Jean qui lui-même l'a vécu et l'a reconnu comme tel, le mystère de la naissance de l'Église à travers la naissance du Verbe et toutes les difficultés et les complications que cela peut générer en nous et autour de nous.
AMEN