LE PEUPLE DE L'ATTENTE
Ps 88
(29 décembre 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Attendre dans la confiance
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e long psaume 88 nous dit de façon très claire dans son déroulement la signification prophétique de l'Ancien Testament et particulièrement de la promesse messianique qui le traverse tout entier.
Dans une première partie, ce psaume affirme que le Dieu créateur, "Celui à qui appartiennent le ciel, la terre, le monde et tout ce qui vit en lui, le Nord et le Midi", cela est à Dieu parce qu'Il est le Créateur est le Dieu de la fidélité. "Le retour des saisons, la permanence du soleil et de la lune" sont comme des symboles, des signes de cette fidélité de Dieu. Et à la fin de cette première partie, l'auteur conclut: "Heureux le peuple qui marche à la clarté de son visage" parce que c'est un Dieu fidèle.
La deuxième partie du psaume c'est la Promesse messianique. Ce Dieu fidèle a promis à David qu'Il serait "son père", qu'Il ferait de Lui "le premier-né", qu'Il garderait à jamais son amour pour lui et son alliance fidèlement. Et cette alliance vaut non seulement pour David, mais "pour sa descendance à jamais". "Son trône sera maintenu à jamais autant que dureront les jours des cieux, autant que le soleil, autant que la lune" autant que ces témoins de la fidélité de Dieu. Voici donc la Promesse messianique : David, son royaume, son règne, son trône, ses descendants dureront à jamais.
Mais si nous comprenons cette promesse messianique comme les juifs l'ont comprise, comme une promesse qui va se réaliser dans la descendance physique de David, si nous croyons que le "Fils de Dieu" c'est Salomon, le fils de David protégé par Dieu comme son propre enfant, alors vient la déception qui nous est exposée dans la troisième partie de ce psaume. Voilà que Dieu qui avait promis à David que "sa descendance serait à jamais devant Lui" voilà que Dieu a rejeté et réprouvé celui qu'Il avait consacré par l'onction. "Dieu a renié son alliance. Il a ouvert des brèches dans toutes ses murailles. Il a fait grandir la puissance de ses adversaires. Il l'a couvert de honte". Par conséquent, cette promesse de Dieu ne se réalise pas. Dieu a promis sa fidélité et les évènements contredisent la fidélité de Dieu. D'où l'interrogation finale du psaume : "Jusques à quand, Seigneur ? Souviens-Toi ! Quel homme pourrait vivre et ne pas voir la mort ? Où est-il ton amour des premiers jours ?" Et même si le psaume se termine par : "Que le Seigneur Soit béni à jamais! Amen ! Amen !" l'interrogation demeure ouverte : Dieu a promis et Dieu n'a pas tenu sa promesse.
Alors il est nécessaire de comprendre un dépassement de cette Promesse. La descendance de David, ce n'est ni Salomon, ni les descendants de Salomon, ni les rois d'Israël. Ils ne sont qu'une descendance temporaire, provisoire. Ils ne sont pas "la descendance". Et la promesse de Dieu ne se réalise pas dans l'immédiat parce qu'elle est renvoyée à une réalisation plus lointaine, plus totale, plus absolue, à la réalisation messianique précisément. Et c'est la déconvenue d'Israël devant la non-réalisation immédiate, temporelle des promesses de Dieu qui a progressivement renvoyé la réalisation de cette promesse dans un avenir plus lointain mais aussi plus profond, plus intense.
La signification de l'Ancien Testament c'est donc cette promesse qui semble proche et puis qui ne se réalise pas et donc nous renvoie, dans l'espérance, toujours plus loin. C'est la même chose qu'a vécue Abraham. Dieu lui avait promis, dans sa vieillesse, une descendance "à qui il donnerait toute la terre et qui serait nombreuse comme les étoiles du ciel". Et miraculeusement Abraham a eu un fils Isaac, mais Isaac n'a jamais été maître de toute la terre. Isaac est resté le seul enfant d'Abraham, il n'était pas nombreux comme les étoiles du ciel ou le sable de la mer. Et même plusieurs générations après, quand Isaac a eu Jacob et Jacob douze fils, nous étions loin du compte. Alors il y a comme un renvoi de la Promesse de Dieu plus loin. Et ce qui s'est passé avec David, ce qui s'est passé avec Abraham se passe constamment avec Israël tout au long de son histoire.
Alors Israël a tellement pris l'habitude de ce retard des Promesses de Dieu que pour lui la réalisation de la Promesse est rejetée dans un avenir qui est presque mythique, un avenir qui "n'est plus dans le temps", qui n'est plus dans l'histoire. Et c'est pourquoi Israël devient le peuple d'une attente qui n'a jamais de fin. En fait, il y a une autre interprétation de cette Promesse messianique et de sa réalisation, c'est celle que le Christ est venu nous apporter. C'est que cette réalisation n'est pas temporelle, n'est pas de la terre, n'est pas politique, n'est pas humaine. La réalisation de cette Promesse c'est comme Jésus nous le dira : "Mon Royaume n'est pas de ce monde !" Il est bien le roi, la descendance de David à qui il a été promis que "son trône durerait autant que les jours des cieux". C'est Lui qui peut dire "Toi, mon Père !" en s'adressant à Dieu en toute vérité. Il est vraiment "le Premier-né" mais non pas dans une acception purement temporelle. Son trône n'est pas de ce monde, n'est pas de cette terre. C'est un Royaume spirituel, intérieur, c'est le royaume des cœurs, le royaume de l'amour. D'ailleurs, il ne se contente pas d'être un royaume des cœurs car, au dernier jour, il éclatera en royaume de la terre et des réalités terrestres aussi mais qui commence par l'intérieur et dont la réalisation est d'abord spirituelle, d'abord en profondeur.
Ce psaume, par l'affirmation de la fidélité de Dieu, par l'affirmation de la promesse de Dieu, par le constat de la non-réalisation de cette Promesse, nous renvoie à ce Messie qu'est le Christ ou bien alors à cette attente indéfinie dans laquelle Israël s'est enfermé. Mais nous sommes l'Israël nouveau parce qui si nous attendons, nous aussi, une réalisation terrestre et temporelle du royaume du Christ, nous savons que ce Royaume existe déjà, seulement, il existe au fond de l'homme, au fond de l'être humain, au fond de notre cœur. Et c'est là que le royaume d'amour et de paix du Christ, peu à peu, grandit, se développe et peut envahir toute l'humanité et toute l'histoire.
AMEN