MAINTENANT TU PEUX LAISSER TON SERVITEUR
1 Jn 1, 5 - 1 Jn 2, 2 ; Lc 2, 25-32
5ème jour dans l'octave de Noël (29 décembre 1992)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
N |
ous venons d'entendre ce très beau cantique de Siméon, le "Nunc Dimittis" c'est-à-dire "Maintenant tu peux laisser ton serviteur s'en aller" que la tradition liturgique a coutume de chanter à Complies, au moment où la journée est achevée. Ce chant du vieillard Siméon est généralement interprété par la promesse qui lui avait été faite qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ. Pour ma part et pour que cela touche de plus près notre existence chrétienne d'aujourd'hui, je vous propose une interprétation un peu différente. Bien sûr, quand Siméon s'avance à la rencontre du Christ qui est porté au Temple par ses parents, il est d'une certaine manière, le représentant et la conclusion de l'ancienne Alliance. Siméon vivait dans le Temple, Siméon est un prêtre du Temple, il officie dans le Temple. C'est donc l'Ancienne Alliance qui va à la rencontre du salut. Et d'une certaine manière c'est alors la fin de l'Ancienne Alliance. C'est le début, scellé dans la chair du Christ, au moment même où Il reçoit la circoncision, c'est le début de l'accomplissement de l'alliance pour tous les peuples, c'est l'extension et aussi l'accomplissement de toutes les promesses faites à Israël. Et cela se passe par une certaine mort. Mais en même temps les paroles de Siméon sont très suggestives.
"Tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix !" Est-ce qu'à ce moment-là "s'en aller dans la paix" signifie purement et simplement s'en aller dans la mort ? s'en aller dans le shéol ? s'en aller dans l'attente de la résurrection des morts que le Christ accordera à ceux qui étaient morts avant Lui ? En réalité, la démarche de Siméon est notre propre démarche. D'une certaine manière "s'en aller dans la paix" c'est s'en aller avec le Christ sur le chemin du salut. Ce n'est pas un cantique, c'est véritablement le cantique de celui qui, même au cœur de sa vieillesse, au cœur de la vieillesse du vieux Testament, découvre la possibilité infinie de salut qui est offerte à tout homme par cet Enfant.
C'est pourquoi je me plais à imaginer que ce jour-là Siméon a retrouvé comme une nouvelle jeunesse, une nouvelle force, un nouveau courage pour reprendre ce chemin qui n'était plus alors exactement le chemin de la mort mais le chemin de la paix c'est-à-dire de la réconciliation de l'univers, du ciel et de la terre, de Dieu avec les hommes, de la plénitude du salut.
Quand nous chantons "Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix !" que le verbe s'en aller n'évoque pas seulement pour nous des connotations de mort mais que ce soit aussi s'en aller sur ce chemin du salut où la paix véritable et plénière s'accomplit, la paix de Dieu parmi les hommes, l'Emmanuel, Dieu avec nous.
AMEN