LE RETOUR D'ÉGYPTE

1 Jn 2, 3-11 ; Mt 2, 19-23

(29 décembre 1983)

Homélie du Frère Jean Philippe REVEL

C

 

et évangile du retour d'Égypte nous invite à méditer sur cet exil de Jésus avec sa mère Marie et Joseph. Dans l'évangile de saint Matthieu, deux pistes nous sont offertes pour mieux comprendre la signification de ce voyage, de cet exil, de cet exode en Égypte.

La première piste vient du contexte dans lequel nous est présentée cette fuite en Égypte. C'est pour éviter le massacre projeté par Hérode, le massacre des enfants de Bethléem qui a été occasionné par la visite des mages. C'est la visite des trois mages venus d'Orient qui ont demandé au roi Hérode : "Où est le roi d'Israël qui vient de naître ? qui a déclenché la crainte puis la fureur du roi craignant d'être détrôné par un nouveau prince. La venue de ces hommes arrivant d'un pays lointain va entraîner cette fuite en Égypte. Il y a dans ces deux événements un point commun fort important et qui n'est pas le fruit du hasard et que saint Matthieu a voulu souligner dès la naissance de Jésus. C'est le fait que Jésus n'est pas un Sauveur pour Israël seulement mais pour toutes les nations Ces mages qui viennent d'Orient sont les représentants des nations païennes. Il est très important de considérer que, déjà quand l'Enfant Dieu est encore dans sa crèche, quand il vient seulement de naître, déjà les nations païennes viennent à sa lumière pour l'adorer.

C'est certainement l'intention de saint Matthieu de manifester qu'Il est déjà le Sauveur du monde entier. Et c'est dans le mouvement même, ou plus exactement comme une réponse au mouvement de ces mages, de ces païens venus adorer le Christ, que le Christ s'en va en terre païenne comme pour une première évangélisation, non pas encore prêchée mais une évangélisation par sa présence, pour manifester qu'Il n'est pas venu seulement sur la terre juive, sur la terre d'Israël, mais sur la terre entière. C'est pourquoi ce Dieu qui vient de naître, déjà va séjourner dans une terre étrangère, dans une terre païenne, dans cette Égypte à la fois proche d'Israël et en même temps éloignée de lui par les croyances et la civilisation. Le Christ, et c'est un des aspects décisifs de son message, vient pour rassembler tous les peuples, toutes les nations, tous les hommes. Ce n'est plus seulement à un peuple choisi que s'adresse l'Alliance de Dieu, comme du temps de Moïse, comme du temps d'Abraham, comme du temps de David, mais c'est à toutes les nations de la terre que cette Alliance est proposée en Jésus-Christ. Dès le début de l'Incarnation, tous les peuples sont ainsi appelés, associés, invités à ce salut.

La deuxième piste vient des nombreuses citations de l'Ancien Testament que saint Matthieu utilise tout au cours de ce récit. Nous en avons entendu une qui, paradoxalement est assez difficile à situer : "On l"appellera Nazaréen." Personne ne sait exactement à quel passage de l'Ancien Testament cela fait allusion bien que saint Matthieu dise que c'est une des paroles des prophètes qui doit ainsi s'accomplir. Hier nous entendions Jérémie et "les pleurs de Rama" évoquaient les pleurs des mères des enfants massacrés injustement. De même nous lisions dans Osée : "D'Égypte j'ai appelé mon fils". Ceci faisait allusion à la première sortie d'Égypte quand le peuple, déjà exilé parmi les nations païennes, avait été rappelé par Dieu, par l'intermédiaire de Moïse, au cours de ce long exode de quarante ans dans le désert. Ce que le prophète Osée appliquait à cette première sortie d'Égypte, annonçait une nouvelle sortie d'Égypte, comme une libération d'une oppression plus profond de que saint Matthieu reconnaît en la venue de Jésus. C'est dire que par son exil en Égypte et son retour d'Égypte, Jésus remet ses pieds, ses pas dans les pas des israélites de l'ancien Testament. Jésus vient accomplir ce qui s'était déjà produit en figures tout au long de l'Ancien Testament et tout particulièrement au moment de la Pâque. Cette Pâque par laquelle les juifs avaient été libérés de l'oppression des Égyptiens, voilà que Jésus vient la renouveler, l'approfondir, la magnifier.

Ce n'est plus seulement d'une domination politique temporaire que nous sommes délivrés, mais c'est de l'oppression du mal, du péché de Satan. A travers le pharaon, les puissances du mal elles-mêmes sont visées. La libération nouvelle que vient accomplir Jésus par cet exode, à travers le désert en revenant d'Égypte et qu'il accomplira quand pendant quarante jours il jeûnera au désert et quand, tout au long de sa vie, il luttera contre Satan pour le vaincre finalement sur la croix, et au matin de sa résurrection, cette Pâque nouvelle est la libération définitive, l'accomplissement de toutes les figures de l'Ancien Testament. Tout ce que le peuple juif a vécu va trouver sa pleine signification et son accomplissement en Jésus-Christ. Cet exode Jésus l'accomplit en nous donnant la véritable terre promise qui n'est pas seulement un canton de l'univers mais cette Jérusalem céleste dans laquelle le Christ nous introduit.

 

AMEN