MES YEUX ONT VU TON SALUT
1 Jn 2, 3-11 ; Mt 2, 19-23
5ème jour dans l'octave de Noël (29 décembre 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN
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es yeux ont vu ton salut, Lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d'Israël ton peuple." Siméon était de cette race d'Israël qui depuis longtemps, dans le cœur des plus humbles et des plus pauvres, attendait cette gloire du Seigneur, tout en croyant que, déjà, elle s'était de nombreuses fois manifestée, depuis le commencement. C'est la gloire de cette présence discrète et familière de Dieu qui vient parler et déjeuner avec Abraham pour lui annoncer la naissance d'un fils. C'est la gloire ténébreuse et douloureuse du combat de Jacob dans la nuit. C'est la gloire lumineuse et transcendantale qui se manifeste dans le buisson ardent dont Moise est le témoin. C'est la gloire pleine d'espérance et en même temps difficile à vivre de l'Exode où la nuée lumineuse, la présence de Dieu, guidait et accompagnait le peuple dans sa marche vers la terre promise. C'est la gloire mêlée aux victoires militaires de l'installation en Canaan, en chassant les peuples étrangers. C'est la gloire de la construction du Temple, la gloire brisée de l'Exil mais cette gloire que Dieu retisse, petit à petit, comme sa présence dans le cœur et dans l'âme de ceux qui ne désespèrent pas des destructions, des évènements et de toutes ces réalités qui nous brisent le cœur si ce n'est les sociétés.
Et voici que cette gloire, nous l'avons célébrée, et elle s'est incarnée dans l'Enfant Jésus de Bethléem. C'est cela que le vieillard Siméon contemple dans l'Esprit Saint qui dicte à son cœur que cet enfant est l'incarnation de tout ce que Dieu a préparé depuis toujours dans le cœur des hommes pour qu'ils puissent un jour l'accueillir. Mais cette gloire du peuple d'Israël c'est aussi la lumière des nations et si, petit à petit, elle s'est réduite à un petit enfant, c'est pour qu'elle éclate davantage sur toute la terre. Cette lumière des nations, c'est la proclamation du Royaume, c'est l'évangélisation des peuples et c'est notre foi aujourd'hui qui éclaire notre cœur qui même si nous ne le savons pas très bien, éclaire aussi les nations païennes, et en définitive permet au monde d'être ce monde. Sans cette présence de Dieu, invisible, discrète, trop parfois peut-être, sans cette présence de Dieu, sans cette gloire de Dieu qui habite le monde, et qui est peut-être si souvent déchirée, le monde retournerait au néant.
C'est cela que nous avons célébré. C'est cela que nous continuons chaque jour de l'année de célébrer dans notre cœur et dans l'Église, gloire d'Israël, lumière des nations. Ces nations païennes, ce ne sont pas simplement les autres, c'est aussi nous-mêmes, car notre cœur, notre vie sont peuplés de paganisme. Il y a encore de nombreuses terres de mission en notre propre cœur, que ce soit notre cœur personnel ou que ce soit notre Eglise. Il faut d'abord que nous recevions ce salut en nous-mêmes pour avoir le désir qu'il illumine les autres, qu'il puisse rayonner dans leur cœur et que tout homme puisse mourir en paix, dans la paix qui vient, justement, de cette gloire, car tout autre paix n'est que mort.
AMEN