IL NE DORT NI NE SOMMEILLE
1 Jn 2, 3-11.15-17 ; Mt 2, 19-23
5ème jour dans l'octave de Noël (29 décembre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
Crèche 2007 : "Dans le parfum des orangers "
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amedi dernier en fin d'après-midi, je faisais la permanence de confession dans la petite chapelle, attendant un pèlerin, quelqu'un touché par la grâce de Noël, parce que je me dis que cette grâce de Noël a le don de toucher les cœurs les plus durs, les plus endurcis, les cœurs peut-être les plus lointains, les plus blessés, et peut-être qu'après Noël, il y aura aussi quelqu'un qui viendra frapper à la porte de la miséricorde du Seigneur pour venir recevoir la grâce. Je pense qu'il y a toujours un Claudel quelque part dans une assemblée de Noël, qui au cours des deuxièmes vêpres entendra tout d'un coup le cri déchirant de l'éternelle enfance de Dieu de l'éternelle innocence de Dieu.
J'étais là, un œil sur un bouquin, et un œil sur la crèche, je me laissais bercer par la contemplation de cette crèche et la douceur de ce temps de Noël, le frère Jean-Philippe baptisait un enfant, il le faisait rentrer dans la famille de Dieu, dans la famille de l'Église. J'étais là tranquillement, quand tout d'un coup, un papa est venu avec son enfant assez turbulent, un enfant très remuant, le papa voulait montrer la crèche à cet enfant. Le père regardait cette crèche et l'enfant n'avait qu'un seul refrain à la bouche: il dort Jésus, il dort Jésus, il dort Jésus ! Le père dit Chut ! tais-toi, tais-toi ! Il ne veut pas réveiller l'Enfant Jésus, je ne sais pas. Il continue à dire : il dort Jésus, il dort Jésus. Je me dis que finalement, c'est assez bien fait, parce qu'on fait dormir l'Enfant Jésus pour que les enfants dorment. Moi qui n'ai jamais eu cette lourde responsabilité de faire dormir les enfants, je ne sais pas ce que c'est que d'être réveillé à l'heure où les chartreux vont au lit, par un enfant qui ne veut pas dormir Et je me disais, c'est finalement très bien, l'Enfant Jésus dort, la leçon de morale de la crèche est parfaite, c'est-à-dire que Jésus dort pour faire dormir les petits-enfants et permettre que les familles aient des moments de repos la nuit.
Ils sont partis. Mais j'ai voulu en avoir le cœur net. Je suis allé voir l'Enfant Jésus, il ne dormait pas. Il ne dort pas. Cela m'a profondément touché parce que je me rappelais le verset du psaume : "Il ne dort ni ne sommeille le gardien d'Israël". Mais plus encore, un enfant qui dort on le laisse dormir, on s'en éloigne, on ferme la porte, on éteint la lumière, il dort grâce à Dieu. Mais l'Enfant Jésus ne dort pas. Il a déjà une sorte d'activité, puisque le repos, le sommeil c'est l'absence d'activité. Non, non, l'activité commence déjà. Il opère déjà très mystérieusement une sorte d'attraction, une sorte d'attirance des choses à lui. Il est allé vers l'Égypte, et maintenant il revient en Israël, et il s'apprête à partager l'existence de la famille de Nazareth. Et cela m'a profondément touché de voir comment l'Enfant Jésus dans cette force d'attraction représente déjà une force immense, de quelque chose qui a le pouvoir de toucher les cœurs les plus douloureux, les plus blessés, et ceux-là n'auront aucune peine à s'approcher d'un enfant. S'ils s'approchent d'un enfant qui dort, cet enfant ne pourra pas leur sourire, s'ils s'approchent d'un enfant qui dort, cet enfant ne pourra pas les rejoindre, ne pourra pas les conduire un peu plus loin.
Et j'ai repris ma permanence de confession, je ne vous dirai pas si quelqu'un est venu, mais j'ai trouvé que dans ce temps de Noël, que c'est le moment aussi sans doute pour retrouver au-delà d'une sorte de folklore, de retrouver un lien très ténu, mais très vital avec Jésus qui est là comme une source, pas d'inquiétude, mais de proposition.
AMEN