COMMANDEMENT NOUVEAU

1 Jn 2, 3-11 ; Lc 2, 36-40
5ème jour dans l'octave de Noël (29 décembre 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Rome : l'aigle de saint Jean

 

C

 

e commandement ancien est la Parole que vous avez entendue, néanmoins, encore une fois, c'est un commandement nouveau que je vous écris, ce qui est vrai pour vous, comme pour moi." Lorsque Jean écrit ces paroles que nous lisons maintenant dans le temps de Noël, il veut manifester à quel point "plus ça change, plus c'est la même chose." C'est toujours la même chose au sens où le commandement, dans sa matérialité, reste le même : "Aimez-vous les uns les autres !" Ce commandement est ancien, il remonte à la Loi de Moïse : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même !" Ce n'est donc pas, comme on le dit parfois, que la religion des juifs serait une religion de crainte, tandis que la religion des chrétiens serait une religion d'amour. En réalité, il n'y a qu'une révélation de Dieu : c'est la révélation de l'amour. Et Dieu demandait déjà à Moïse que les Israélites aiment leur prochain, qu'ils aiment Dieu de tout leur cœur, de toutes leurs forces et de toute leur âme.

C'est pourquoi lorsque saint Jean exhorte sa communauté, il a non seulement l'impression de se répéter lui-même, mais il sait fort bien que ce qu'il dit n'est pas nouveau. Lorsqu'il demande aux frères de la communauté de l'Église de s'aimer, il sait que c'est un commandement ancien. Et pourtant il se reprend : "Néanmoins, encore une fois, c'est un commandement nouveau." Où est la nouveauté ? Elle n'est pas dans des performances plus grandes de la charité mais dans la grâce. Quand le commandement avait été reçu par le ministère de Moïse c'était Dieu qui, pour ainsi dire, appelait de l'extérieur l'homme à vivre le mystère de l'amour de son prochain et le mystère de l'amour de Dieu. Mais lorsque "la lumière a lui dans les ténèbres", lorsque Dieu s'est fait l'un de nous, lorsqu'Il a pris chair au point de ne faire qu'une chair avec nous, alors ce qui autrefois était un appel et un commandement est devenu nouveau, de la nouveauté même de la présence de Jésus dans notre existence. Désormais, le moteur de l'amour n'est pas au-delà de nous-mêmes. Il est précisément en nous.

Voilà la lumière qui s'est levée. Dieu qui est entré dans notre chair, Dieu qui s'est fait amour pour nous et qui s'est fait amour en nous. Dieu qui nous fait amour par l'Incarnation de son propre amour. Telle est la lumière qui se lève dans nos cœurs, telle est l'aurore qui ne cesse de s'allumer et de s'embraser dans l'histoire des hommes depuis que "le Verbe s'est fait chair ".

Dans notre vie de chrétiens, aujourd'hui, ce que nous avons à trouver, ce ne sont pas de plus grands moyens de la charité, de plus grands moyens d'aimer, des moyens supérieurs aux autres. Dans tous ces domaines-là, nous serons même généralement plutôt plus inefficaces que les autres. Par contre, que nous retrouvions la source même de l'amour, que nous redécouvrions d'où vient l'Amour et comment il est donné au monde, la, oui, nous avons sans doute quelque chose à redécouvrir au plus intime de nous-mêmes. Si nous célébrons Noël, il n'y a pas d'autre raison. Non pas que nous voulions les uns les autres nous exciter mutuellement à être plus charitables, encore plus et encore plus, une sorte de civilisation de consommation de la charité, mais plus profondément, plus essentiellement, laisser l'amour de Dieu devenir le moteur intime de notre vie personnelle, dans nos relations avec les autres et dans notre relation avec Dieu.

C'est cela la lumière qui a jailli dans nos cœurs dans la nuit de Noël. C'est cela qui doit grandir et peut-être que nous, nous devons diminuer.

 

AMEN