IL EST DIFFICILE DE NAÎTRE, MÊME POUR UN DIEU
Is 52,7-10 ; He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
Ce qui est vrai de tous les hommes est vrai de l'Enfant Jésus. L'Enfant Jésus, c'est un peu plus que Harry Potter. Certes, Il aura à combattre le mal, et Il l'a combattu dès son enfance, un bébé comme Harry Potter qui fait face au pire des démons. L'évangile de saint Jean nous dit : "Il est entré dans le monde, et le monde ne l'a pas reconnu". Jésus s'affronte directement avec ce qu'Il n'est pas, avec la mort, comme avec le mal. Ce qui veut dire que cette naissance merveilleuse, c'est aujourd'hui qu'on peut dire que la naissance est merveilleuse. Bien sûr, on n'aurait pas pu interroger l'Enfant Jésus, Il ne nous aurait pas répondu, mais Il a dû apprendre à naître, comme Il a dû apprendre à vivre, comme Il a dû apprendre à grandir, comme Il a dû apprendre à s'affronter. Il est le Dieu qui accepte de remettre en jeu sa propre liberté. Oui, un Dieu tout-puissant, éternel, dans des commencements sans fin, dans un absolu, et qui se confronte à la limite humaine, à tous les aspects de la vie, qui se confronte à une aventure, et où sa propre vie est aussi un enjeu. Ce n'est pas tout fait, ce n'est pas tout donné, et Il n'a même pas de baguette magique. Il s'avance dans un monde qui n'est pas forcément un monde de lumière, Il s'avance dans un monde qui n'est pas prêt de le reconnaître, mais Il apprend en tant qu'homme, la propre limite de l'homme, mais aussi la propre liberté humaine. Il doit poser des choix, Il doit apprendre à vivre, et à rencontrer les hommes. C'est difficile aussi pour un Dieu ; Il s'avance, et c'est tout cela la Bonne Nouvelle du salut que les messagers doivent transmettre. Il s'avance à la rencontre des libertés de l'homme, de chacune de nos libertés, Il s'avance face à la liberté d'un Pierre, comme à la liberté d'un Judas. Il s'avance face à la liberté d'une Marthe et d'une Marie, comme à la liberté d'une samaritaine. Et rien n'est joué, rien n'est gagné, cela demeure pour toujours, y compris pour Jésus une rencontre qui peut être affrontement, comme cela peut être aussi un engagement qui peut aller plus loin. Sa propre humanité doit faire face et doit rentrer en communication avec l'humanité des hommes. Sa propre liberté doit entrer en jeu avec la liberté de chaque homme. Et c'est cela le message, l'annonce du salut, sinon pas de salut ... sauver quoi ?
Frères et sœurs la naissance de Jésus c'est extraordinaire, c'est plus loin que toutes nos petites étoiles brillantes, parce que c'est le ciel en entier qui se met au rythme de la création de l'humanité, qui se met au rythme de nos propres vies et de nos propres aventures. Alors, l'Enfant Jésus est vraiment né. Mais Il naît encore aujourd'hui dans nos cœurs. Il naît encore dans nos vies. La foi en un Dieu qui s'incarne et se fait proche de nous, touche encore aujourd'hui le cœur de beaucoup, sans qu'on le sache, des hommes et des femmes de par le monde, voient naître aujourd'hui ce Dieu qui se fait proche d'eux et qui en même temps respecte parfaitement ce qu'ils sont, leur propre liberté. Il est difficile de naître, et comme il fut difficile de naître à ce Dieu, comme il fut difficile peut-être, à chacun d'entre nous de naître aussi. Et pourtant, il nous est demandé aujourd'hui encore, de croire et de vivre pour nous-mêmes cette naissance. Il nous faut aujourd'hui naître à ce monde, peut-être s'affronter, franchir des obstacles, peut-être aller plus loin. Mais cela ouvre un avenir, c'est un chemin de salut. Cette réalité est une espérance, autant dire qu'aujourd'hui, pour chacun d'entre nous, quand on est des hommes et des femmes de foi, c'est une aventure sans précédent, parce qu'il s'agit d'une nouvelle naissance.
AMEN