FAISONS UNE PLACE A DIEU

Is 9, 1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël, messe de minuit – année A (24 décembre 2022)
Homélie du Père Bienvenu BONNI

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Je suis très heureux, vraiment heureux de voir ces enfants rassemblés, aux yeux rayonnants de joie. Ils donnent envie de vivre. Qu’est-ce que c’est beau ! Merci de les avoir mis devant, de les avoir placés à leur place exacte : c’est là qu’ils doivent être. Eh bien, à cause des enfants, je vous fais grâce d’une homélie de deux heures, une brève homélie de deux heures, parce que les enfants vont être fatigués, ils vont dire « mais qu’est-ce qu’il dit, ce prêtre ? » Ils vont s’endormir.

Je voudrais d’abord répondre à une question que vous me posez dans votre cœur et que je suis en train de lire. Vous êtes en train de vous demander : « Qui est ce prêtre, qui est-il ? » Vrai ou faux ? Je suis le père Bienvenu, Bienvenu Bonni, je suis du diocèse de Natitingou au Bénin, le diocèse jumelé au diocèse d’Aix et Arles. Je suis au séminaire Saint-Luc en mission, je fais donc partie du corps des formateurs. Voilà, c’est moi, Bienvenu. Je suis là [applaudissements de l’assemblée]. Merci.

Je suis donc là pour vous annoncer cette nouvelle, pour vous dire, comme l’ange : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. » Aujourd’hui, dans la ville d’Aix, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. C’est Noël, laissons-nous envahir par cette joie qui nous vient d’En-haut, nous en avons tant besoin, la joie dans notre monde. Nous en avons tant besoin.

En effet, nous connaissons tous l’état de notre monde actuel : il est dégradé, vraiment dégradé. S’il faut le décrire, nous serons démoralisés : le monde, le cosmos, ce tout organisé, créé par Dieu comme tel, devant lequel Lui-même s’est émerveillé, car Il a dit après avoir créé le monde, « cela était très bon ». Dieu s’est émerveillé devant sa création. Hélas, ce monde est aujourd’hui désordonné, d’où la crise écologique qui suscite interrogations, inquiétudes, et oblige à chercher des solutions. Les cœurs des hommes et des femmes sont inquiets et troublés. Les personnes âgées se désolent de voir combien les valeurs n’ont plus de place dans la société où le désordre est désormais établi et l’être humain mutilé. Plusieurs jeunes, filles et garçons, baignent dans ce désordre, et le pire, c’est qu’ils ne s’en rendent même pas compte. Finalement, au regard de tout ce tableau noir de la société contemporaine, certains arrivent même à se poser la question de savoir s’il vaut la peine de continuer à mettre les enfants au monde car nous sommes comme perdus : d’où nous viendra le secours ? D’où nous viendra le secours, mes frères et sœurs ?

Bien aimés de Dieu, mes frères et sœurs en Dieu, notre Père qui est aux cieux, le secours nous vient d’un enfant, l’enfant du Père céleste, mis au monde par la très sainte Vierge Marie pour nous délivrer. Vous y croyez, c’est la raison pour laquelle vous êtes là, c’est la raison d’être de votre présence dans cette magnifique église et c’est ce que me révèle la beauté de l’infini de vos visages, vos visages sont beaux et ils nous portent vers l’infini.

Vous croyez en l’événement des événements que nous sommes en train de célébrer en ce moment : la naissance de l’Emmanuel, Dieu avec nous, qu’Il soit toujours avec vous ! Qu’Il soit avec les membres de vos familles respectives, ceux qui sont malades, qui sont peut-être âgés, tous ceux et toutes celles qui auraient souhaité, comme vous et moi, être ici pour vivre ensemble Noël, mais hélas, ne le peuvent pas : que le Seigneur soit avec eux ! Oui, dans cette nuit très sainte, une lumière a jailli, un enfant nous est né, un fils nous a été donné, sur son épaule, est le signe du pouvoir. Son nom est proclamé : conseiller merveilleux, Dieu fort, prince, Père à jamais, prince de la paix, nous dit Isaïe.

Le salut nous vient d’un enfant, Dieu s’est fait enfant pour renouveler notre monde essoufflé par la démesure humaine. Croire donc que Dieu, à travers son Fils Jésus a mis ses pas dans les nôtres, si fragiles, si pauvres, c’est savoir que tout est né pour être sauvé. Nous serons sauvés, tout est né pour être sauvé. Que les êtres finis, avec leurs insuffisances, leurs carences, n’ont pas été jugés indignes de l’amour de Dieu. Pour nous, qui avons reçu cette grâce qui s’est manifestée pour tous les hommes, nous sommes appelés alors, en ces temps obscurs, à ouvrir chaque jour notre étable pour que Jésus y naisse afin d’apporter au monde cette lumière divine qui brille discrètement dans cet enfant, mais qui a la puissance de tout transformer. L’Incarnation change tout.

Chacun est invité, avant tout, à faire une place à Dieu, dans sa vie, avant d’aller en témoigner. Le malheur de notre société ne vient-il pas du fait que nous ne trouvons plus une place à Dieu dans notre monde ? Le malheur de notre société ne vient-il pas du fait que nous avons supprimé la place de Dieu dans sa création et dans ses créatures pour nous y installer en absolu ? Quand le Créateur n’a plus de place dans la création, la créature elle-même ne peut plus trouver sa place et elle finit par se noyer. Supprimer Dieu de la vie, c’est supprimer la vie elle-même car Il en est l’auteur indiscutable. Quand malheureusement l’homme se comporte ainsi, Dieu agit encore avec miséricorde, en allant habiter là où on ne L’espère pas, dans une mangeoire où ceux qui se font petits, humbles, pauvres, ont la chance de Le retrouver et de renouveler leur vie malgré tout. Le sens de cette mangeoire, hautement symbolique, nous sera totalement dévoilé à Pâques. Avouons-le, Dieu est Dieu, et l’homme ne sera heureux qu’en reconnaissant ce mystère de Dieu incarné et couché dans une mangeoire, qui change notre rapport avec nous-mêmes d’abord, notre rapport à la nature, notre rapport aux hommes et aux femmes, quels que soient leurs titres, leurs fonctions et leurs régions.

Aujourd’hui, c’est Noël, le Salut est descendu parmi nous tous, et nous L’avons accueilli dans nos cœurs, qui se sont préparés depuis quatre semaines. Comme les anges, nous pouvons donc dire tout joyeux : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ».

Frères et sœurs en Christ, bien aimés de Dieu, bientôt c’est le nouvel an, bientôt c’est l’année nouvelle, 2023, je ne suis pas sûr d’être là, c’est pourquoi je veux profiter, pendant que je suis là, profiter de cette occasion, profiter pour quoi ? Vous savez, à l’orée d’une nouvelle année, on fait des promesses, on fait des projets, on se souhaite des vœux, c’est très beau. Je sais que vous avez des promesses, vous avez des projets. Je voudrais que nous fassions un projet commun en plus de vos projets personnels. C’est une proposition, cela va vous plaire, rassurez-vous. Voici le projet : quand un enfant naît dans une famille, les parents se posent la question de son devenir. Joseph et Marie se sont certainement posé cette question et ils ont sans doute travaillé pour cela. Jésus est né, c’est pourquoi nous sommes là. Alors, le projet, le voici : faire grandir Jésus, faire grandir Jésus dans nos cœurs, Le faire grandir dans nos familles, dans nos différentes communautés de vie, en étant simples, humbles, bons, comme ces enfants devant moi, simples, humbles, bons, doux, comme ces enfants, car enfin on vit avec Dieu pour mieux vivre avec les hommes.

Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. Joyeux Noël à tous et à chacun.