DIEU VIENT DANS SON TEMPLE

2 Ch 5, 7-8+11 a+13-14

(30 janvier 1983???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Mondorf-les-bains : Présentation au Temple 

S

ur le Mont Sinaï Dieu était descendu dans le tonnerre et les éclairs pour venir à la rencontre de son peuple. Et à travers le désert, Dieu avait manifesté sa présence parmi les hommes dans cette nuée, lumineuse pendant la nuit, obscure pendant le jour, cette nuée qui faisait sur le peuple de l'ombrage contre la chaleur et contre l'éclat du soleil et qui, la nuit, illuminait leur marche à travers le désert. Et la nuée descendait sur la tente, la tente de réunion, là où Dieu rassemblait son peuple dans le symbole vivant de sa présence.

       Puis, quand le peuple, après avoir longtemps marché dans le désert entra dans la terre de la promesse, quand le peuple après avoir pris possession de cette terre de la promesse rassembla ses différentes tribus en une seule nation, quand Jérusalem, la ville bien-aimée de Dieu, devint le centre de rassemblement de ce peuple, quand, selon le désir du cœur du roi David, Dieu permit à Salomon d'édifier un temple au cœur de Jérusalem, un temple pour être la demeure de Dieu parmi les hommes, cette demeure qui, dans le désert se déplaçait avec eux et qui maintenant s'était fixée au centre de la terre, la nuée, celle qui les avait guidés à travers le désert, emplit le temple. Elle l'emplit à tel point que les prêtres, chargés de la dédicace du Temple, ne purent plus continuer leur office car c'était Dieu, Dieu Lui-même, qui venait remplir de sa présence ce temple construit par des mains d'hommes, à sa gloire, mais dont Il acceptait de faire l'escabeau et le marchepied de sa présence.

       Nous avons entendu, tout à l'heure ce récit de la dédicace du Temple de Jérusalem et désormais tous les regards des enfants d'Israël étaient tournés vers ce lieu, leur cœur battait d'amour et de tendresse pour ce temple car c'était là qu'ils venaient pour rencontrer Dieu, le rencontrer dans la nuée obscure, Le rencontrer dans le silence et le mystère, le rencontrer dans cette présence impalpable, invisible, qu'ils ne pouvaient ni toucher, ni sentir, ni voir mais seulement deviner et pressentir au milieu d'eux. Et vous le savez, quand les enfants d'Israël furent chassés de Jérusalem, à cause de leurs péchés, quand ils partirent sur les routes de l'exil, le prophète Ezéchiel vit la nuée de Dieu quitter ce temple pour les accompagner sur le chemin de leur exil, pour être leur consolation dans leur éloignement et dans leur détresse.

       Et le prophète voyait aussi, dans les visions de la nuit, cette nuée revenir dans le Temple nouveau, dans une promesse éternelle, pour rassembler, à nouveau, le peuple dans ce temple, devenu, désormais, non pas une demeure temporaire, non pas une demeure terrestre mais la demeure éternelle de Dieu où Il rassemblerait tous ses enfants, non seulement de leur exil terrestre mais de cet exil, de tous leurs exils dans leur véritable patrie, non pas cette terre qui était là, mais la terre véritablement promise qui est la terre du ciel où Dieu construit pour eux la véritable cité et le Temple véritable. Aussi quand cet enfant, pauvrement porté par son père et sa mère, son père et sa mère qui sont trop pauvres pour offrir le sacrifice du rachat et qui, selon les prescriptions de la Loi ne peuvent apporter qu'une paire de tourterelles à la place de la tête de gros bétail normalement requise, quand cet enfant vient dans ce temple, pauvrement porté par son père et sa mère et racheté par deux petits oiseaux, l'Esprit Saint illumine le cœur de Siméon et lui fait comprendre que la prophétie d'Ezéchiel se réalise, que ce n'est plus seulement la nuée obscure qui est le symbole de la présence de Dieu, mais que maintenant, Dieu en personne, vient dans son temple. Dieu prend possession non seulement de ce lieu, non seulement de cette ville, non seulement de la terre mais de l'univers tout entier, car c'est jusqu'aux extrémités de la terre que Dieu établit désormais sa demeure. Ce petit enfant qui entre dans le temple c'est Dieu qui vient prendre possession définitivement, véritablement, charnellement, réellement de ce temple qui lui avait été dédié depuis des siècles et dans lequel Il avait fait habiter le symbole, le signe et l'image de sa présence.

       Désormais, ce n'est plus un signe, ce n'est plus une image, c'est la réalité même qui est là, cette réalité si déconcertante : un petit enfant qui vient, pauvrement porte par son père et par sa mère. Et Siméon, rempli de l'Esprit Saint s'avance à la rencontre de ce petit enfant et le prend dans ses bras, car, tout d'un coup, la lumière a envahi son cœur, car il a compris que cet enfant, vient non seulement illuminer ce temple, non seulement illuminer le peuple d'Israël mais illuminer toutes les nations de la terre. Et non seulement il vient les rassembler dans ce temple de pierre, mais il va faire de toutes ces nations le temple véritable, un temple vivant, un temple fait de pierres vivantes, un temple qui n'est pas fait de main d'homme mais qui est fait de la main de Dieu, ce temple qui sera l'Église, l'Église rassemblement de tous les membres du corps du Christ, l'Église, corps de Jésus vivant pour l'éternité, l'Église, vous et moi, frères, qui ne faisons qu'un en Jésus-Christ car Il nous a rassemblés et c'est nous qui sommes le temple de Dieu, car c'est Lui le temple véritable et nous sommes les membres de son corps, membres les uns des autres.

       C'est cet aspect de la venue de Dieu, c'est cette face du mystère de l'Incarnation que nous célébrons aujourd'hui. Depuis le temps de l'Avent, depuis Noël, depuis l'Epiphanie, nous ne cessons de contempler ce mystère de Dieu qui vient, de Dieu qui est venu et de Dieu qui vient de nouveau et de Dieu qui ne cesse de venir et de Dieu qui se fait proche, et de Dieu qui se fait l'un de nous, et de Dieu qui nous divinise en se faisant homme comme nous, afin que nous soyons Dieu comme lui. Nous ne cessons de contempler ce mystère et aujourd'hui, au terme de ce temps de Noël, au terme de ce temps de la manifestation de Jésus. C'est le mystère de notre rassemblement en Église, de ce rassemblement comme des pierres vivantes dans un temple nouveau qui est Jésus-Christ Lui-même, qui est le corps du Christ, c'est ce mystère que nous contemplons, que nous célébrons.

       Oui, nous sommes unis les uns aux autres, unis au Christ par cette charité qui déborde de son cœur, du cœur de ce petit enfant. Nous sommes unis par cette charité en un édifice unique et cet édifice va, de siècle en siècle, de génération en génération, grandissant s'élevant, pour devenir le paradis, pour devenir le temple éternel, la Jérusalem nouvelle. Et déjà cela commence en nous, car déjà cet amour qui nous rassemble, cet amour nous transforme et petit à petit, fait de nos cœurs de pierre des cœurs de chair. Et petit à petit, nous devenons véritablement membres du Christ, nous devenons d'autres Christs, nous commençons à lui ressembler. Peu à peu, les traits de son visage se dessinent en notre propre visage. Peu à peu les sentiments de son cœur s'impriment dans notre propre cœur, peu à peu la force de ses actes vivifie nos propres actes. Frères et sœurs, nous sommes le corps du Christ, nous sommes l'Église du Christ. Il est notre temple unique qui nous rassemble et qui nous fait un. Nous sommes véritablement comme le dit saint Augustin "le Christ total", le Christ qui, à travers nous se répand jusqu'aux extrémités du monde.

       Qu'en cette fête de la Présentation du Christ au temple, nous comprenions à quelle grandeur nous sommes appelés, à quelle mission nous sommes conviés : nous sommes envoyés pour que, jusqu'aux extrémités de la terre, le Christ soit présent et que l'univers tout entier soit transformé en son corps, soit le temple de sa gloire et entre, avec nous, dans le paradis.

 

       AMEN