DANS LA RENCONTRE, UNE PROPHÉTIE BOULEVERSANTE
Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40
Présentation du Seigneur - année B (5 février 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Présentation (Vic)
C'est ainsi que nous avons dans le livre de la Genèse ce fameux épisode de ce que nous appelons le sacrifice d'Isaac. C'est un texte qui est devenu familier pour les parents de la catéchèse puisque nous en avons parlé il y a quelques mois, et vous savez combien ce texte choque encore parce que certains parents n'arrivaient pas à le lire : comment un père peut-il offrir en sacrifice son fils ?
En fait, il y a des sacrifices qui sont sourds. Le sacrifice devrait être un geste posé pour rencontrer Dieu, or dans le cas précis du sacrifice d'Isaac, on pourrait trouver d'autres exemples plus personnels dans la vie de chacun d'entre nous, il y a des sacrifices qui sont sourds. Autrement dit, ils ne font pas ce pourquoi on les fait. On les fait pour rencontrer Dieu et cela ne marche pas. Ou alors au moins, Dieu envoie un ange pour arrêter le glaive d'Abraham qui se préparait à frapper la nuque de son fils.
Avec la fête que nous célébrons aujourd'hui, la présentation de Jésus au Temple, ou ce que je préfère avec la dénomination de nos frères orientaux, la fête de la rencontre, on est invité à découvrir ce qu'est le vrai sacrifice. Le vrai sacrifice ne se situe pas en amont de ce que nous pourrions offrir à Dieu parce que de toute façon nous ne pourrons jamais lui offrir un sacrifice à la mesure de ce qu'il peut nous offrir. On ne peut arriver qu'à une seule chose : le désespoir de ne jamais lui apporter un cadeau, un sacrifice qui puisse le contenter. Ce que nous fait découvrir la rencontre aujourd'hui, c'est que le véritable sacrifice, je le répète, ne se situe pas en amont comme si plus le cadeau était gros, énorme et plus en fait Dieu serait disposé à nous écouter, mais le véritable sacrifice se trouve dans la purification même de la relation qui s'établit entre Dieu et les hommes, c'est-à-dire non pas en amont mais au moment même de la rencontre et plus précisément après la rencontre. C'est cela ce que veut dire l'arrivée de Dieu lui-même dans ce temple construit par des mains d'homme, le temple de Jérusalem, et c'est cela qui est au coeur de la rencontre entre un vieil homme, une vieille femme et un jeune enfant.
On pourrait même dire que tout sépare deux personnes qui sont aux portes de la mort et un bébé dont la vie s'ouvre devant lui et qu'ils n'auraient rien à se dire, ils n'auraient rien à partager. Or les bébés ne parlent pas, ils babillent gentiment sans doute, et en même temps, ce sont peut-être eux qui nous font parler le plus. Ecoutez le nombre de conversations que nous pouvons avoir à la naissance d'un bébé et pendant les mois qui suivent. C'est hallucinant et cela n'arrête pas. Ils nous font parler comme c'est pas possible ! Nous qui vieillissons, même si tout est relatif, mais nous restons quand même beaucoup plus vieux que ces jeunes bébés, nous qui pour certains peut-être sommes encore jeunes de corps, nous avons le sentiment qu'il y a une bonne partie de notre vie qui est déjà passée et que nous n'avons plus rien à attendre de l'avenir, ce que les bébés nous donnent de faire, c'est de devenir des prophètes et c'est une chose extraordinaire. Alors que notre vie semble se réduire à la mesure des âges qui passent, Dieu nous donne quelque chose de magnifique, il nous donne la possibilité de prophétiser pour les enfants.
Je suis toujours émerveillé quand je prépare des jeunes fiancés au mariage et que je leur demande de se présenter, leur vie, la famille, etc … je suis toujours émerveillé de voir le nombre de fiancés qui me disent que les personnes les plus importantes qui ont compté dans leur vie, ce sont leurs grands-parents. Que les parents ne soient pas jaloux, et d'ailleurs, je ne suis pas là pour régler les comptes entre parents et grands-parents par rapport aux petits enfants, mais ce que je trouve très beau dans cette attitude, c'est qu'on retrouve quelque chose qui émerge de la Présentation de Jésus au temple et de cette prophétie donnée par Siméon. En quelque sorte, le fait qu'ils ne soient pas les parents de Jésus, je parle de Siméon et Anne, leur donne comme un surcroît de liberté vis-à-vis de l'enfant. Je trouve que cela est à méditer car comme je le disais tout à l'heure, le véritable sacrifice dont il est question aujourd'hui, c'est le sacrifice qui est au cœur de la rencontre. Siméon et Anne font l'expérience de ce sacrifice.
Le prophète Malachie le dit dans sa première lecture, il parle de la purification du feu. Ils viennent avec leur attente, leur espérance et face à cet enfant, il y a une attente d'Israël qui disparaît, le fait qu'il fallait attendre un soldat sur terre, un roi, un homme politique, et Siméon et Anne découvrent un autre avenir à travers cet enfant.
Je crois que c'est cela aussi que nous avons à découvrir dans la rencontre avec les autres, les plus jeunes, les enfants pour nourrir dans notre cœur ce que nous voudrions qu'il devienne parce que peut-être nous ne sommes pas devenus ce que nous voulions devenir afin de purifier justement notre cœur et notre attente pour laisser l'enfant devenir ce qu'il doit devenir, car les enfants, même si vous en êtes les procréateurs, vous n'en êtes pas les créateurs. Présenter son enfant à Dieu comme Marie l'a fait au temple, comme vous allez le faire dans quelques minutes pour le baptême d'Alban et de Mathilde, c'est reconnaître qu'il y a un mystère, qu'il y a une liberté tellement grande entre la personne humaine et Dieu, que nous ne sommes pas maîtres de cette relation et que notre fonction consiste non pas à prendre la place de Dieu, non pas à se substituer à lui, mais de devenir des témoins de cette relation privilégiée entre l'enfant et Dieu et en conséquence, de prophétiser.
Frères et sœurs, qu'à travers cette Présentation de Jésus au temple nous puissions méditer à nouveau d'abord sur notre propre relation à Dieu, sur ce que j'appelais le sacrifice. Est-ce que ce sacrifice, est-ce que rencontrer Dieu c'est de croire qu'on va lui donner le meilleur de nous-même mais qu'il va nous rencontrer ? cela ne marche pas ! J'étais cette semaine à Rome avec les jeunes de troisième, il y avait une jeune grand-mère qui nous accompagnait et qui me disait combien elle avait été marquée dans sa jeunesse dans certaines communautés religieuses par un rapport très sacrificiel et très morbide à la religion. Ca ne marche pas ! Ce n'est pas parce qu'on se flagelle que Dieu va nous écouter. La purification elle se fait l'instant d'après quand effectivement au cœur de la rencontre nous laissons tout ce que nous voulions de Dieu et que nous acceptons même de prophétiser une parole qui ne nous appartient pas et qui comme envoyée et donnée pour un avenir dont nous ne savons pas grand-chose.
La fête de la Présentation c'est aussi de présenter des enfants à Dieu et de découvrir comme je disais il y a un instant, que ces enfants ont un Père qui est Dieu notre Père, et que par conséquent la fonction même de parents, d'éducateurs ou d'adultes, ne consiste pas à se substituer à la volonté de Dieu mais au contraire d'être capables de faire ressortir dans le cœur de l'enfant le plan que Dieu a sur chacun d'entre nous. De fait, les uns avec les autres, et peut-être que justement c'est là que les parents ne sont pas toujours les mieux placés, et je pense à Marie et à Joseph, il fallait qu'il y ait quelqu'un d'extérieur à la famille pour pouvoir se permettre de prononcer de telles paroles si belles que Jésus est le Fils de Dieu, mais qu'en même temps, cet Enfant allait apporter la division au cœur même de la communauté d'Israël, et que, ne l'oublions pas, un glaive viendrait déchirer le cœur de Marie.
Frères et sœurs, en ce temps de la Présentation de Jésus au temple confions notre vie au Seigneur et découvrons qu'à travers la prière, à travers la rencontre des autres, ou la rencontre avec Dieu, c'est notre cœur et c'est toute notre vie qui est invitée à passer au creuset même de l'or et du feu.
AMEN