LA FÊTE DE LA RENCONTRE

Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40
Présentation du Seigneur - année A (30 janvier 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Prieuré Saint Léonard : Présentation au Temple
"Tu es venu dans ton Temple". Les observateurs avisés que vous êtes frères et sœurs, auront sans doute remarqué le souci que l'évangéliste saintLuc a de nous présenter plusieurs scènes de l'évangile de l'enfance dans le Temple de Jérusalem.

Souvenez-vous ? D'abord Zacharie, qui est interpellé dans le Temple au moment où il accomplit son service, et l'ange du Seigneur lui dit : tu vas avoir un enfant, Jean. Ensuite, la naissance de Jésus se passe à Bethléem, et huit jours plus tard, la circoncision de l'Enfant a lieu également au Temple. Quarante jours après la naissance, Marie selon les rites de la Loi juive va présenter son Enfant parce qu'il est premier-né, et il doit être offert au Seigneur et cela se passe encore au Temple. Finalement, la dernière scène au Temple, c'est le moment où Jésus, à l'âge de douze ans, va en pèlerinage avec ses parents. Les parents l'ont perdu dans la caravane, et ils le retrouvent dans le Temple, et là, il fait sa grande déclaration : "Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ?"

Frères et sœurs, pourquoi saint Luc a-t-il eu une telle préoccupation du Temple ? Je ne vais trop développer cela, mais simplement quelques mots pour vous faire prolonger la lecture de cet évangile dans votre méditation et dans votre prière. Dans le monde ancien de la Loi juive, on pensait que Dieu allait se manifester. C'est la première lecture qu'on a entendu dans le prophète Malachie. Mais quand le prophète annonce la venue du Seigneur dans le Temple, il dit : "Il va venir comme le feu du fondeur, comme la lessive des blanchisseurs", il va venir comme un Dieu qui accomplit le jugement de façon terrible. Autrement dit, on était persuadé d'un lien entre le Messie d'une part, et le Temple mais ce lien était à proprement parler terrible. C'était pratiquement le jour du jugement, le Dies Irae. Donc pour les juifs, cette entrée de Dieu dans son Temple ne pouvait être qu'un événement cataclysmique, ou catastrophique, qui allait changer brutalement toute l'existence d'Israël. Ceux qui se seraient ralliés, ceux qui étaient prêts auraient été avec le Messie, et tous les païens, tant pis pour eux !

Or, tout l'effort de Luc est de dire : oui, le Seigneur s'est bien manifesté dans son Temple, comme l'avait annoncé Malachie, mais pas exactement comme on le croyait. Et Luc prend un malin plaisir à montrer que les événements dans le Temple se passent de façon tout à fait simple et ordinaire : un prêtre qui va accomplir son service normal habituel selon le rang de sa tribu, selon le tour, selon les indications des sacristains du Temple. Ensuite, un bébé que l'on va circoncire au Temple, chose qui se faisait de façon ordinaire pour tout juif, ce n'était pas obligatoire que cela se fasse au Temple, mais cela se faisait. Des parents qui vont se présenter rituellement au moment de la purification de la mère après la naissance, cela se faisait de façon tout à fait ordinaire. Et puis, un enfant qui monte en pèlerinage avec ses parents à l'âge de douze ans, sans doute pour manifester que désormais il avait la maturité voulue pour lire la Torah, cela se faisait ! Ordinaire, sans problèmes …

Et pourtant, Luc nous dit que tous ces événements ont transformé la vie du monde. Tous ces évangiles de l'enfance, tels que nous les présente Luc, tous ces épisodes nous montrent qu'en réalité, il n'y a pas de coup d'éclat, il n'y a pas de grand cinéma, le Temple de Jérusalem, ce n'est pas Hollywood. Le Temple de Jérusalem, c'est le lieu des rencontres, et la vraie raison d'être du Temple de Jérusalem, c'était simplement ces foules qui s'avançaient à chaque pèlerinage, à chaque occasion, à chaque dévotion personnelle et qui allaient dans le Temple pour rencontrer Dieu. Donc ici, Jésus ramène la tradition juive à sa rigueur la plus ancienne, la plus sobre et la plus simple. Oui, le Seigneur vient dans son Temple mais il n'y vient pas à grands coups de trompettes et à grand éclat.

Je crois que c'est exactement ce que nous fêtons aujourd'hui. Nous aussi chrétiens, maintenant, nous savons que de toute façon le Seigneur ne vient pas à grand renfort de manifestations, de calicots, de défilés et de cris dans la rue. Dieu vient dans le cœur des gens, Dieu nous rencontre chacun d'entre nous dans notre vie familiale, dans notre vie la plus ordinaire. Il nous rencontre comme il a rencontré Mâhâ, comme il a rencontré d'une certaine manière, chacun d'entre nous, simplement, il nous a demandé comme Siméon d'ouvrir les bras. Ce qui est magnifique, et c'est celaque Luc veut dire, c'est que chaque fois que quelqu'un vient dans le Temple et accueille le Christ, le Messie, d'une certaine manière, il devient prophète.

Et c'est cela que je trouve si beau dans la figure de Siméon, comme Anne d'ailleurs. Ce sont des vieillards, ils symbolisent notre monde conscient de sa fragilité, de son vieillissement. Nous sommes voués à la mort et cependant, quand ces deux vieillards reçoivent l'Enfant dans leurs bras, c'est le renouvellement en eux d'une vie de prophètes. Au moment même où ces personnages âgés, qui ont passé leur vie à attendre, c'est un peu du Moravia, la vie de Anne, c'est un ennui terrible, c'est tous les jours l'office, et puis, on attend ! Et pourtant, à un moment donné, ils ouvrent les bras et ils reçoivent Dieu sur les bras. C'est tout simplement ça.

Cette fête de la Présentation, je comprends que nos frères orientaux l'aient appelé la fête de la rencontre, car c'est effectivement la rencontre d'un monde qui vieillit, d'un monde qui se sait voué à la mort, d'un monde qui sait qu'à tout moment, dans sa fragilité, il est exposé dans chacun de ses individus et parfois même dans le caractère collectif des civilisations ou des pays, un monde qui puise avec une énergie folle pour essayer de se survivre à lui-même. Et là, Dieu vient comme un Enfant, et il demande simplement que nous ouvrions les bras.

Frères et sœurs, que cette conclusion du cycle de Noël et de l'Épiphanie nous ramène vraiment au geste le plus simple, le plus fondamental. Quand on est devant la présence de Dieu, on l'accueille, on est à la fois comme des vieillards et c'est la présence de cet Enfant qui nous rend lumineux et qui nous redonne une vie nouvelle, celle par laquelle on renaît de l'eau et de l'Esprit.

 

 

AMEN