LA COMMUNICATION

Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40
Présentation du Seigneur - année A (3 février 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Comme c'est la journée de la communication, je ne peux résister à la tentation avant de commencer cette homélie de la reprise d'un jeu télévisé, je n'ai pas la qualité de cet animateur, mais je suis sûr que vous êtes tous et toutes des champions pour bien répondre aux questions. Je suis un bâtiment, immense, belle sobriété, avec de belles pierres et je suis le nœud de toute l'histoire de l'humanité, de toutes les passions humaines. Comme vous avez bien écouté l'évangile, vous êtes de bons chrétiens, vous répondez tous en même temps, il s'agit du Temple de Jérusalem. Hélas, non. Deuxième indice, c'est effectivement un Temple mais à l'intérieur duquel il y a un immense escalator. Comme maintenant Paris est dans la banlieue aixoise et que nous allons tous faire nos soldes à Paris, vous répondez tous : c'est la Samaritaine ! ce bâtiment merveilleux, ce grand escalator, qui nous permet de dépenser tous nos sous... Ce n'est pas non plus la Samaritaine, ce n'est pas le temple de la religion, ce n'est pas le temple de la consommation. Mais je voudrais parler d'un temple qui est celui de l'information. Vous avez tous vu sur les murs, dans les journaux, cette publicité d'un quotidien parisien dont je tairai le nom, qui nous explique que dans ce monde si complexe, moi, c'est-à-dire le journal, je suis capable de vous le rendre beaucoup plus simple. Alors, frères et sœurs, la communication s'arrête-t-elle au fait de livrer de donner et de donner des informations à ceux qui achètent le journal, ceux qui écoutent la radio, ceux qui regardent la télé ou qui surfent sur Internet ? Je crois que si on soulève un petit peu le voile, on se rend compte que la communication ce n'est pas uniquement de donner de l'information. La preuve, c'est que les journaux sont distribués en différents types selon certaines spécialités et selon certains centres d'intérêt. Ainsi, la communication non seulement donne l'information, mais elle donne une information telle qu'elle permet à un groupe d'hommes, une société, de se retrouver et de communier à un même centre d'intérêt. Si vous n'aimez pas le VTT, vous n'allez sans doute pas vous abonner à une revue de VTT. Si les maquettes d'avion ne présentent aucun intérêt pour vous, vous n'irez pas acheter une revue sur les maquettes d'avion. Ceci dit, beaucoup de personnes achèteront quand même ces revues, parce qu'ils auront l'impression de communier ainsi avec tout un groupe d'autres personnes qui partagent la même passion. Et malgré le fait que la communication, le média devrait être fédérateur, union des personnes entre elles, d'un groupe, d'une société, nous faisons tous l'expérience régulièrement, une sorte de paradoxe, que le média, je le prends dans le terme contemporain, c'est-à-dire pour l'information, le média qui devrait nous dévoiler la vérité, bien souvent, semble au contraire, non seulement voiler cette vérité, mais même à aller contre cette vérité et nous manipuler.

Lorsqu'on lit un texte comme celui de l'évangile de ce jour, de l'Enfant Jésus présenté au Temple, on voit que cet événement est l'aboutissement d'une longue série d'échecs que le peuple d'Israël vit par rapport de sa communication avec Dieu, comme nous aussi, nous avons peut-être l'impression de vivre une suite d'échecs vis-à-vis de la communication envers la connaissance de la vérité. Peut-être au moment où les journaux ont fait leur apparition, les gens ont-ils pensé qu'enfin le journal allait nous livrer la vérité. On s'est vite aperçu du contraire. Même constatation pour la radio, la télévision, et enfin pour Internet. Une sorte de déception qui nous prend quand à l'apparition d'une nouvelle technique nous pensons qu'enfin, non seulement nous allons avoir accès directement à la vérité, mais que nous saurons tout sur la vérité et que nous pourrons tous communiquer, tous être ensemble, tous enfin comprendre le même langage.

Le peuple d'Israël lui aussi, avait des médias, non pas les médias dans le sens actuel, des journaux, mais, il avait des moyens de communication avec Dieu. C'était le roi, la royauté qui pouvait fédérer un peuple, grâce au roi qui était une sorte de chef capable d'aider le peuple à découvrir qui était le Seigneur, le seul vrai Roi, Dieu. Très rapidement, le peuple d'Israël découvre que ce roi n'est ni mieux ni pire que les autres, et ainsi va la royauté jusqu'à la chute du royaume d'Israël.

Et puis, il y a le Temple, ce lieu aussi privilégié pour entrer en contact avec Dieu. Même si dès le début, Salomon, dans sa belle prière dit : "Toi Seigneur qui es dans les cieux et qui écoute", c'est-à-dire que Salomon comprend que Dieu ne se laisse pas enfermer dans le Temple, mais que Dieu est partout, et le peuple d'Israël comme beaucoup d'autres peuples pense qu'il y a un lieu particulier où la communication avec Dieu se fait plus facilement. Et là aussi, beaucoup de turpitudes, au cours des siècles, une politisation du Temple, et la destruction de ce lieu que l'on pensait éternel. Il y a aussi la Loi, la Loi comme moyen donné par Dieu, pour Le suivre, pour entrer en communication avec Lui, dans sa communion, et découvrir que la Loi elle aussi ne m'empêche de commettre des péchés, et même de détourner la Loi à mon propre profit.

Alors, que ce soit sur la question de la vérité, à travers nos médias, ce à quoi nous sommes peut-être plus sensibles actuellement, ou que ce soit à travers des moyens susceptibles de nous faire rentrer en relation avec Dieu, nous nous heurtons à ce paradoxe que les médias sont nécessaires, parce que la vérité n'arrive pas tout de suite comme ça, il y a des moyens pour accéder au réel, et puis de même, Dieu c'est pareil, même si les moyens ne sont pas toujours bons, et combien ont dit longtemps par exemple que l'Eglise elle-même était un moyen pour voiler la présence de Dieu, de dire que l'Eglise était tellement porteuse de péchés, qu'il valait mieux de rentrer directement en communication avec Dieu, sans passer par cette médiation. Le problème de la communication est-il un problème lié aux médias, aux moyens ? Est-ce un problème lié au transmetteur, ou au récepteur, ou à l'émetteur ? Nous avons tendance à renvoyer la faute justement aux moyens, la royauté, l'Eglise, les journaux, les journalistes. Mais je crois que la première lecture, celle de Malachie, nous explique bien que l'intrusion, l'arrivée dans le sanctuaire de Dieu, est une venue très spéciale. C'est une arrivée dans le sanctuaire, c'est-à-dire pas uniquement le Temple, mais le sanctuaire même de Dieu c'est le cœur de l'homme, et Il y vient pour le purifier. Alors, on comprend que le problème ce n'est pas la technique, ni le média, mais c'est la manière dont l'homme utilise le média. L'exemple que nous donne l'évangile à ce titre montre que le Christ n'a jamais délaissé les médias du peuple d'Israël. Dans l'évangile, il n'est jamais dit justement, et la fête d'aujourd'hui le montre bien, que Dieu a pensé que le Temple de Jérusalem n'avait aucun intérêt, de même pour la Loi. Non, l'évangile de Luc commence dans le Temple et il se termine dans le Temple avec les apôtres qui vont prier et louer Dieu. Le Christ ne fait pas l'économie de venir comme un petit enfant présenté au Temple, ses parents ne font pas l'économie des rites, des sacrifices, en voulant faire table rase de tout cela et n'envisageant que des sacrifices spirituels, en direct.

Ceci nous ramène sur une dénomination du Christ. On parle souvent du Nouvel Adam. Quelle est donc la différence entre le Nouvel Adam et le premier Adam ? Le premier Adam c'est celui qui a refusé d'être médiateur. Dieu a un projet sur chacun de nous, qui est de vivre dans la communion, et le premier Adam dans sa liberté dit : non, je ne veux pas vivre en communion, je ne veux pas être médiateur de ce projet, je veux vivre ma vie, et faire mes petites affaires et gérer et utiliser tout ce que Dieu me donne dans la construction de cette communion avec Dieu, non pas dans son projet, mais pour mon propre projet personnel. C'est là qu'on retrouve la question de la coupure que le péché n'est pas uniquement une transgression, par rapport à une Loi, mais plus profondément, une absence de communication. Et le nouvel Adam, le Christ, est justement Celui qui est le médiateur. Comme le dit la Lettre aux Hébreux, c'est Celui qui vivant tout ce que l'homme a vécu, est capable de le transformer. A ce moment-là, frères et sœurs, quand l'Eglise a parfois un peu peur des médias, quand elle se méfie de la technique, elle a raison quand après avoir réfléchi, elle annonce qu'il s'agit pour nous de réinvestir la communication, non pas pour notre projet personnel, mais de la réinvestir dans le but de fonder cette communion, cette communauté de vie entre nous et avec Dieu.

 

AMEN