MARIE, SIMÉON, NOUS : UNE MÊME PURIFICATION DE L'ESPÉRANCE
Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40
Présentation du Seigneur - année C (4 février 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
Et là, se situe une première rencontre avec un homme âgé. Peut-être pourrions-nous imaginer la scène : vous parents, ayant eu un enfant, venant le faire baptiser à saint Jean de Malte, sachant que cette fille ou ce fils est une grande promesse et une grande joie pour vous, portant toute votre espérance dans l'avenir que vous allez pouvoir lui donner, et avant d'entrer dans l'église, quelqu'un se précipite sur vous et vous dit : "Cet enfant, celui-là c'est le Fils de Dieu, c'est Lui qui va venir sauver le monde". Vous êtes Marie et Joseph, et vous vous dites : "D'accord, effectivement Il est né, des rois sont venus se prosterner devant Lui, Dieu est venu annoncer à Joseph dans un songe qu'il fallait fuit pour sauver l'Enfant" ... Tout miracle et toute situation qui montrent que Jésus est véritablement béni et protégé par Dieu.
Par contre, la deuxième partie de l'évènement est beaucoup plus surprenante pour Marie et Joseph, car s'ils avaient bien envisagé que Jésus était le Fils de Dieu, appelé à régner sur Israël, il ne leur avait pas été annoncé que ce règne se ferait en apportant la division. Quelle parole terrible pour une mère que d'entendre quelqu'un lui dire que son cœur serait transpercé par une épée ? Est-ce donc cela la promesse que Dieu a donné à Israël, la promesse donnée à Marie et Joseph ?
C'est pour cela que je pense que cette fête de la Purification au Temple est d'abord la Purification du cœur de Marie et de Joseph par rapport au mystère représenté par cet Enfant. Ils découvrent que Jésus, appelé à régner ne régnera que par la division et la souffrance, par la Croix. C'est la première purification qui rejoint Marie et Joseph découvrant par quelqu'un d'autre, par Siméon, que l'attente qu'ils avaient vis-à-vis de Jésus et de la royauté n'était peut-être pas l'attente qu'ils imaginaient.
Mais pour que cette purification se réalise dans le cœur de Marie, il faut aussi que Siméon passe par la même purification. Siméon, âgé, dont l'Écriture nous dit qu'il "était un homme juste", religieux et "qui attendait la consolation d'Israël". A cette époque, ce devait un homme qui suivait scrupuleusement la Loi, qui priait et attendait la venue du Messie d'une manière eschatologique, c'est-à-dire un Messie venant des nuages, réouvrant le ciel fermé après les prophéties de Daniel, toute cette espérance que nous chantons au moment de l'Avent : "Si tu déchirais les cieux"... Cette espérance et cette attente de Siméon et d'une bonne partie du peuple d'Israël n'était pas contenue dans l'arrivée d'un petit enfant, mais plutôt dans l'arrivée de quelqu'un qui dans un combat grandiose serait capable de séparer le bien et le mal et de faire triompher le bien. Aussi, quelle purification extraordinaire, quel renversement de valeurs pour Siméon que de découvrir que celui qu'il attendait ne se présente pas comme un guerrier, un militaire les armes à la main, ou même comme un Grand-Prêtre, mais au contraire, il revêt la forme d'un petit bébé. Quel émerveillement de contempler cette scène d'un homme qui, arrivé au terme de sa vie, tient dans ses bras Celui qui est la source de la Vie !
Frères et sœurs, ces deux purifications de l'espérance, celle de Siméon dans la découverte que le roi attendu ne vient pas sous la forme qu'il imaginait, et de même pour Marie et Joseph la découverte que le Fils de Dieu qu'ils avaient à faire grandir humainement, allait régner d'une manière bien cruelle et bien difficile, cette espérance nous rejoint. Elle nous habite encore aujourd'hui, certains d'entre nous en tant que parents plus particulièrement, d'autres en tant qu'éducateurs ou en en tant que prêtres, car cette espérance par rapport aux enfants reste une réalité. Qu'y a-t-il de plus merveilleux que la naissance d'un enfant ? Plein de promesse, tout petit, un enfant qui ne parle pas, qui babille, et tout le monde autour de lui cherchant à découvrir à qui il ressemble, de qui viennent les oreilles, de qui sont les yeux, et devant ce bébé, naît la certitude que c'est sur lui que repose tout l'avenir et l'espérance de l'humanité, de cette humanité qui nous déçoit parfois, mais toujours dans cette espérance que les enfants que nous mettons au monde, que nous aidons à grandir, vont construire un monde plus juste et plus beau. En tant que parents, devant ce petit enfant nous pouvons souhaiter qu'il devienne heureux en évitant tous les échecs que nous avons rencontré. On peut aussi reconnaître, face à cette vie qui commence, reconnaître son mal-être, ou peut-être même un certain échec de notre vie, et l'on ne peut alors que souhaiter à l'enfant de devenir ce qu'on aurait souhaité être. C'est là que la double purification du cœur de Siméon et de Marie peut nous aider à accepter un nouveau regard d'espérance par rapport à nos propres enfants. Désirer pour nos enfants non pas tant ce que nous voudrions qu'ils deviennent, mais au contraire, qu'ils naissent à leur vraie personnalité, qu'ils deviennent "eux-mêmes".
Le dessein de Jésus en venant sur terre était de nous rappeler que de toute éternité, Dieu avait un seul projet pour nous : faire de nous ses fils. Beaucoup d'attente, beaucoup d'espérance ... On pensait que cette venue du Fils de Dieu se ferait peut-être dans la gloire et sans souffrance. Or, Siméon a découvert que ce Messie, cet homme qui allait apporter le salut de Dieu à toute l'humanité allait en même temps briser le cœur de sa mère. Et cette mère, Marie qui savait qu'elle engendrait le Fils du Dieu Très-Haut fait cette expérience paradoxale de continuer à lui être fidèle malgré ce glaive qui transperce son cœur à travers diverses expériences. Juste après cet épisode, l'Écriture nous parle de Jésus qui reste au Temple et ses parents sont inquiets, ils le cherchent et ils découvrent qu'Il se dit bien Fils de Dieu et de ce fait, qu'il doit être dans la maison de son Père. Cette semaine, nous lisions des évangiles où il est question de la famille de Jésus qui se met à courir sur les routes de Galilée pour le récupérer, car on dit qu'Il a perdu son bon sens. Qui est la famille de Jésus? Et Jésus répond : "Ma famille ce sont ceux qui font la volonté de mon Père".
Frères et sœurs, n'oublions pas lorsque nous voyons un enfant que le dessein de Dieu est de le faire "fils de Dieu". Comme le dit d'ailleurs la lettre aux Hébreux qui nous lisions tout à l'heure : "Jésus n'est pas venu aider les anges, mais Il est venu aider les fils d'Abraham". Et comment est-Il venu les aider ? Il est venu "en se rendant semblable à ses frères". Que notre prière, que notre attente que notre espoir pour nos enfants soit que chaque enfant accède à la réalisation du dessein de Dieu en devenant "fils de Dieu", que nous les aidions à entrer dans ce programme afin que le Jour du Seigneur advienne. Car dans la première lecture du Prophète Malachie, le Jour du Seigneur ne recouvre pas la fin du monde ou un combat eschatologique, mais plutôt la purification de nos cœurs. Purifions nos cœurs des fausses attentes et des faux désirs par rapport au dessein de Dieu, et aussi par rapport à ce que nous proposons à nos enfants et à ce que nous souhaitons pour eux.
AMEN