LE TEMPLE VÉRITABLE DE DIEU SUR LA TERRE
Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40
Présentation du Seigneur - année B (3 février 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Anvers : La présentation au Temple
La fête de la Présentation de Jésus au Temple est la fête de la véritable dédicace du Temple de Jérusalem. La dédicace d'un Temple ou d'une église, c'est le jour où Dieu prend possession de cette demeure que les hommes lui offrent, c'est le jour où Dieu vient à la rencontre des hommes en ce lieu symbolique, privilégié dans lequel Il veut se manifester à eux. Le Temple construit par Salomon avait été dédicacé par celui-ci et, lors de cette dédicace, la nuée lumineuse, c'est-à-dire la gloire du Seigneur, avait rempli le Temple, au point que les prêtres ne purent pas continuer leur office nous dit le livre des Rois, car la nuée de Dieu qui remplissait le Temple les empêchait d'y demeurer et ils furent obligés d'en sortir. Cette dédicace du Temple de Salomon avait été renouvelée quand après l'exil et la destruction de Jérusalem, il avait fallu reconstruire un nouveau Temple. Mais ces dédicaces n'étaient encore que symboliques, car la venue véritable de Dieu dans son Temple, c'est au jour de la Présentation de Jésus qu'elle s'accomplit. Ce jour-là ce n'est plus seulement par des signes comme la nuée glorieuse, mais par la réalité de sa présence charnelle que Dieu fait homme vient dans son Temple pour en prendre possession.
Personne, sauf Siméon et Anne conduits par l'Esprit Saint, ne pouvait se douter que cet homme et cette femme tout simples, Joseph et Marie, portant un enfant dans leurs bras et venant pour accomplir les rites te la Loi qui demandait que tout premier-né soit offert à Dieu et racheté en souvenir de la sortie d'Egypte où les premiers-nés d'Israël avaient été épargnés, au moment de l'extermination des premiers-nés des Égyptiens, personne ne pouvait se douter que cet homme et cette femme tout simples qui apportaient cet Enfant introduisaient Dieu dans son peuple. Quand Jésus entre, au jour de la Présentation, c'est vraiment Dieu qui vient inaugurer son règne sur la terre. C'est ce que le prophète Malachie annonçait dans le texte que nous écoutions tout à l'heure : "Voici qu'Il vient le Seigneur que vous cherchez et soudain, Il entrera dans son sanctuaire".
A vrai dire, le mystère du Temple, ce lieu particulièrement saint dans lequel Jésus pénètre en ce jour, en ce jour, est un mystère assez complexe. En effet, à l'origine, pendant le temps de l'Exode, de la traversée du désert, et ensuite pendant la conquête de la terre promise, il n'y avait pas de Temple. La présence de Dieu symbolisée par l'Arche d'Alliance, se trouvait au milieu du peuple et allait çà et là à l'intérieur du peuple, d'abord au désert d'étape en étape, et puis après l'installation en Canaan de tribu en tribu ou de village en village. Et ainsi Dieu vivait familièrement avec son peuple, mêlé ses allées et venues. C'est pourquoi quand David, voulant donner à l'ensemble du peuple d'Israël une structure plus solide et plus ferme, voulant rassembler les tribus dans une unité plus forte, donnera ce peuple une capitale Jérusalem, il voudra faire monter l'Arche de Dieu à Jérusalem pour qu'elle ne soit plus seulement ambulante à l'intérieur du peuple, mais qu'elle soit le symbole de l'unité du peuple. David poursuivant son dessein voudra construire un Temple pour l'Arche du Seigneur. C'était logique et légitime. Et pourtant la première réaction de Dieu, par la voix du prophète Nathan, c'est de refuser à David de lui accorder le désir de son cœur. Dieu dit : "Je n'ai pas besoin que tu me construises une maison. Je suis présent au milieu de mon peuple. Et depuis que vous êtes sortis d'Egypte, et que vous êtes entrés dans la terre promise, ai-je eu besoin d'une maison pour me trouver au milieu de vous ? Ne suis-je pas, en quelque sorte, cœur à cœur avec chacun d'entre vous ? Ne suis-je pas intimement mêlé à la vie de tous les membres de mon peuple ? Pourquoi voudrais-tu m'enfermer dans une maison, à la manière des païens qui ont des temples pour leurs idoles". Et si Dieu refuse à David le projet de construire un Temple, c'est ce qu'Il a peur, effectivement, qu'Israël cède à la tentation de d'idolâtrie des peuples alentour, et de matérialiser la présence de Dieu dans ce Temple comme s'il était de manière exclusive l'habitation de Dieu, comme s'il enfermait et enserrait dans ses murs la présence de Dieu. Dieu veut manifester qu'Il est partout chez Lui, qu'Il est plus profondément encore présent dans le cœur de chacun de ses fidèles, qu'Il vit côte à côte avec chacun des membres son Peuple.
Pourtant Dieu cédera au désir de David. Certes ce ne sera pas David qui édifiera le peuple, mais son fils Salomon. Quoi qu'il en soit, Dieu, acceptant la manière de voir des hommes, acceptera que ce Temple de Jérusalem soit, comme Il dira, l'escabeau de ses pieds, point de contact entre le ciel et la terre, l'endroit où Dieu qui siège dans le ciel sur trône vient prendre pied sur la terre pour se trouver parmi les hommes. Mais nous comprenons que cette présence de Dieu dans son Temple ne pourra pas être exclusive d'une présence plus universelle, d'une présence plus intérieure, d'une présence plus personnalisée dans le cœur de chacun des membres du Peuple et même de tous les hommes. Le Temple n'était que le symbole de l'unité du peuple et, si Dieu a accepté que Salomon Lui construise ce Temple, Il n'a pas renoncé pour autant à son désir le plus profond qui était d'habiter Lui-même à l'intérieur du cœur des hommes, de faire des hommes sa propre demeure.
Et c'est pourquoi quand Jésus vient sur la terre, quand Dieu vient en personne sur terre, quand ce n'est plus seulement des symboles de sa présence, des moyens plus ou moins adéquats d'essayer de rejoindre sa venue et de le rencontrer, mais quand Dieu vient vraiment dans la réalité de sa chair parmi nous, à ce moment-là, d'une certaine manière, la raison d'être Temple a disparu. Ce Temple qui voulait symboliser la venue de Dieu parmi les hommes, maintenant cède la place à la réalité : Dieu est vraiment sur la terre, Il est réellement là. Et quand Jésus rentre dans le Temple, d'une certaine manière c'est la réelle présence de Dieu qui vient remplacer la présence symbolique qui l'avait précédée et annoncée. Quand Jésus entre dans le Temple, Il accomplit la signification du Temple, Il n'est pas seulement là pour une dédicace du Temple, et je dirais même, d'une certaine manière sa venue manifeste que désormais le Temple est inutile et perd sa raison d'être. Jésus le dira plus tard, quand Il chassera les vendeurs du Temple et que les grands prêtres se scandaliseront de ce geste d'autorité. Il déclarera : "Détruisez ce Temple, et en trois jours je le rebâtirai". Et l'évangéliste comprend : "Il parlait du Temple de son corps" car le véritable Temple c'est le corps du Christ, c'est chair de Jésus qui est le véritable lieu de la présence de Dieu parmi les hommes.
Quand Jésus est venu parmi nous et qu'Il a établi la présence de Dieu par toute la terre, Il ne veut plus qu'ensuite nous reconstruisions des temples, à la manière des païens, pour croire que nous allons posséder Dieu dans une demeure circonscrite. Quand Jésus venu en Personne établir la présence de Dieu dans le monde, Il veut que cette présence se perpétue non pas dans des demeures de pierre, mais dans des demeures de chair. Il veut que nous devenions à notre tour, comme Lui, en prolongement de Lui, en participation de Lui, que nous devenions à notre tour les temples de la présence de Dieu. Ce que Jésus veut faire de l'humanité, c'est la rassembler tout entière pour qu'elle soit son propre corps, c'est-à-dire que l'Église, l'humanité rassemblée autour du Christ, soit vraiment le corps du Christ, le prolongement de son corps de chair dans nos corps de chair, pour que nous soyons réellement membres de son corps, c'est-à-dire pour nous soyons remplis de la présence de Dieu à la manière dont Dieu Lui-même était présent dans la chair du Christ. Notre chair sanctifiée au moment du baptême, nourrie chaque dimanche ou chaque jour par le corps du Christ, notre chair devient réellement participation à la chair du Christ. Nous sommes remplis de la présence du Christ nous sommes ensemble le Christ prolongé sur la terre. Et par conséquent, ce Temple de la présence de Dieu qu'était le corps du Christ, au moment où Il prenait possession de ce Temple le jour de la Présentation, au moment où Il en chassait les vendeurs, au moment où, sur la croix, Il réalisait le parfait sacrifice qui récapitulait et donc rendait inutiles tous les sacrifices précédemment accomplis dans le Temple, cette présence de Dieu réalisée dans le Christ Jésus, elle se prolonge, aussi réellement, en nous, Église, qui sommes le corps du Christ et qui sommes la présence de Dieu dans ce monde.
Frères et sœurs, tel est notre rôle, telle est notre vocation, être, vous et moi, ensemble, par l'amour qui nous unit, par l'Esprit d'amour qui nous unit, par l'Esprit de Jésus qui fait de nous la présence de Jésus, par l'Esprit de Jésus qui construit l'Église et en fait le corps du Christ, et qui nous permet, comme Jésus, de nous tourner vers le Père, en enfants, en Lui disant : "Abba, Père", être la présence du Christ, la présence de Dieu sur terre, le Temple de Dieu dans le monde.
AMEN