PRÉSENCE ET CONFIANCE DE L'ENFANT

Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40
Présentation du Seigneur - année C (30 janvier 2022)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs, après avoir entendu la plus belle homélie qui soit, celle que nous ont donnée Virginie et Claire en voulant entrer dans la grande famille de l’Eglise, normalement je ne devrais rien ajouter mais comme les curés sont d’incorrigibles bavards, je voudrais quand même vous dire quelques mots très brefs.

Pour Virginie et Claire et pour nous tous, chacun d’entre nous ici, quel que soit son âge, l’expérience de tenir un tout petit enfant dans ses bras s’est déjà présentée. Peut-être, cela ne vous a pas marqué, c’est pourtant extraordinaire, car à partir du moment où l’on tient l’enfant dans ses bras, c’est comme si tous les rêves de puissance, d’affirmation de soi-même, de pouvoir sur les autres, disparaissaient. On se sent immédiatement au service de l’enfant. Il est le plus petit, pèse à peine trois, quatre ou cinq kilos, et là on n’a plus de mots pour décrire cette expérience. Je ne parle pas de l’expérience de la maman qui vient d’accoucher et qui reçoit pour la première fois l’enfant dans ses bras, ce qui est absolument exceptionnel et incomparable, mais au moment où l’on tient un enfant dans ses bras, même si ce n’est pas le nôtre, on n’a aucune envie d’affirmer un quelconque pouvoir. Un certain nombre de poètes, notamment Victor Hugo, a dit que l’enfant était roi. Ce n’est pas toujours le cas car ce n’est pas toujours convaincant, mais il n’empêche qu’il y a un moment, extraordinaire, où la fragilité même de l’enfant nous désarme. Non seulement on a des rêves un peu narcissiques de nostalgie de notre enfance mais surtout, on sent tout à coup qu’une vie nous est totalement confiée, s’abandonne totalement à nous, et que cet enfant avec son sourire, son regard, le fait qu’il bouge et se débat, se trouve dans une attitude de totale confiance.

Je ne sais pas si saint Luc et les évangélistes, quand on leur a raconté les souvenirs de la naissance et de l’enfance de Jésus, avaient eu un aveu, une confidence comme ça mais c’est exactement le sens de la fête que nous célébrons aujourd’hui. Pour vous, Claire et Virginie, c’est comme si Dieu se faisait petit enfant et vous faisait totale confiance. Il n’est pas là pour s’imposer à vous, d’ailleurs tel n’est pas le cas puisque vous avez eu un cheminement sans aucune contrainte, on y a veillé. Vous savez simplement que lorsque vous avez découvert petit à petit la présence de l’amour de Dieu, ce n’est pas quelque chose qui s’est imposé à vous avec le catéchisme à réciter etc., c’est simplement une présence.

Or, qu’y a-t-il de plus mystérieux, de plus beau, de plus doux qu’une présence ? C’est cela la fête de la Présentation : Jésus devient présent dans les bras de ce vieux Syméon. Certes, il a eu une vie de curé ou de sacristain dans le Temple, pas nécessairement la vie la plus épanouissante et la plus facile à préparer la vie familiale mais quand Syméon voit cet enfant, il le prend simplement dans ses bras et avec toute sa vieillesse et toute sa sagesse, il est simplement là pour dire : « Maintenant, tu peux me laisser partir ». Certes, on interprète souvent cette phrase en considérant qu’à plus de quatre-vingts ans, Syméon estime qu’il peut mourir : « Maintenant Seigneur, Tu peux laisser ton serviteur s’en aller ». En réalité, ce n’est pas que Syméon n’ait plus envie de vivre, c’est que tout à coup il se sent libre car l’enfant qu’il porte dans ses bras lui fait totalement confiance et il trouve une grandeur et un bonheur de vivre qu’il n’avait jamais expérimentés jusqu’alors.

Virginie et Claire, je ne vous dis pas que toute votre vie de baptisées se déroulera sans problèmes. Les ennuis, ce n’est pas la peine de les chercher, ils arrivent tous seuls. Mais à partir du moment où l’on a compris que quand on a reçu le don de la personne et de la présence du Christ, on peut faire confiance, alors maintenant tu peux me laisser aller, non pas pour faire n’importe quoi, mais simplement pour découvrir la liberté profonde que Tu m’as donnée et qui jusqu’à maintenant était comme muselée par l’attente, par l’espoir non accompli, et maintenant, Tu es là. De même que chacun d’entre nous a pu mesurer, ressentir au plus intime de soi-même, ce bonheur d’accueillir un enfant dans ses bras, de même il faut que non seulement Virginie et Claire mais aussi nous tous qui sommes ici, nous fassions de cette fête de la Présentation la joie libératrice de la présence de Dieu parce que Dieu veut venir parmi nous.

Son but est simplement de dire qu’il ne faut plus avoir peur dans la vie, s’Il est là, par sa présence et sa fragilité, si Dieu a voulu accepter une condition aussi fragile, c’est que l’on peut s’en sortir. Cela n’a pas été très facile pour Lui, cela s’est même terminé par une mort absolument honteuse, mais Il nous a conduits vers un endroit qui s’appelle son Royaume, sa paix, son bonheur et son visage. C’est ce que je vous souhaite aujourd’hui, qu’avec tous celles et ceux qui vous entourent, non seulement vos familles mais aussi tous les chrétiens ici présents, nous fassions ensemble cette expérience de la Présentation, de recevoir la présence de Dieu dans notre cœur, les uns à travers et par les autres. Amen.