DESCENDS DE TON ARBRE ET CHOISIS DONC LA VIE

Dt 30, 15-20; Lc 19, 1-10
Célébration du mercredi des Cendres - année A (4 mars 1987)
Homélie du Jean-François NOEL


 

Oui, Zachée. Tu es petit de taille et il te faut un arbre si tu veux me voir. Je sais que tes pé­chés t'ont amoindri, ils sont au fond de toi et ils pèsent lourd, ton cœur est comme brisé, dispersé, parfois tu ne sais pas où tu en es. Alors tu apprends que je vais passer par là, moi, Jésus, et tu cherches une ruse comme le font les hommes, tu montes sur un arbre car tu sais qu'il te faut pallier ton péché si tu peux m'apercevoir. Alors tu es monté sur cet arbre, ainsi te voilà plus grand pour un instant, au-dessus de tout ce qui fait de toi un petit, un médiocre, un pé­cheur. Mais moi je te dis de descendre, et je te le dis descends vite car l'heure approche. Tu es monté, tu as cherché des moyens, mis au point des méthodes, tu as rusé avec toi-même et tu as essayé de t'alléger le cœur tout surchargé de péchés qui te pèsent lourd et que tu n'aimes pas regarder. Alors tu t'es inventé une vie, tu es monté pour voir un peu plus haut, où ce Dieu pou­vait se nicher. Mais moi je te dis : descends, viens me rejoindre car je vais demeurer chez toi. Mais d'abord avant de visiter ton cœur, fais mémoire avec moi de ce que j'ai dit à Israël, il y a bien longtemps, alors que ton peuple marchait dans le désert, craignait et mur­murait contre son Dieu, car il n'y avait plus rien à manger ni à boire je lui avais dit : choisis la vie et je lui avais dit sans ironie. Dans le désert alors que tout manquait et que ton peuple commençait à douter que je voulais le sauver et que Moïse était celui qui conduisait à travers moi ce peuple, alors même qu'il doutait, je lui dis : il n'y a pas de choix puisque le choix repose entre la vie ou la mort, entre le bonheur et le malheur. Or on ne peut pas choisir le malheur, la mort, il faut choisir la vie.

Et c'est ce choix que j'ai crié pour que ton peuple l'entende. C'est ce choix de vie que je te propose et que je ne cesse de répéter inlassablement : choisis la vie, choisis et éloigne-toi de ces chaînes de peur, de fatalité qui ont enserré et qui ont emprisonné ton cœur. Moi, je te dis : Je choi­sis la vie pour toi, car aujourd'hui et à tout instant quelque chose de nouveau peut naître dans, ton cœur, car il vient de moi, et moi je vais te l'apporter. Choisis la vie, car je ne me contente pas de l'annoncer, je te la donne. Non seulement je vais la proclamer, car mon nom est : Je suis, mon nom est celui de la vie. Mais je vais aller plus loin : revêtir ce corps, habiter ce même corps afin de te donner, te délivrer, te sauver, t'ouvrir ce chemin de lumière, ce chemin de bonheur, ce che­min de vie. Non, laisse tomber ces chaînes de peur, laisse tomber cette peur ultime de la mort, car la mort sera l'avant-dernier mot de la vie, c'est elle qui ga­gnera. Laisse tomber ces chaînes de fatalité.

 

Ah, combien de fois répétons-nous : "mes propres misères ne sont que nature, je n'y peux rien". Frères et sœurs, le Christ ensemençant notre vie au­jourd'hui nous dit : "chaque homme peut à tout instant renaître dans une vie nouvelle". Ainsi, descendons de nos arbres, de nos sycomores, de nos idées, de nos têtes, descendons au fond du cœur afin d'entendre et de recevoir Celui qui veut me parler cœur à cœur en me disant, comme Il l'avait dit auparavant : "choisis donc la vie". Alors, frères et sœurs, en ce soir, début de carême, examinons ce en quoi nous n'avons pas choisi la vie, ce en quoi souvent la mort s'est appro­chée de nous, la mort et tous ses visages de souf­france, de péché, d'épreuve, tout ce qui a obscurci, enténébré, emprisonné ce cœur et qui l'a comme en­foncé loin de la vie dans la mort. Examinons ce qui lui manque pour vraiment pouvoir communier à cette présence, à Celui qui en Jésus s'est fait extrêmement proche. Et nous allons tout au cours du carême suivre le Christ pas à pas, dans son évangile, nous allons le voir comme un homme manger, boire, parler aux au­tres, réconforter, compatir. Et essayons de discerner combien est hallucinante, à travers ce Jésus, cette proximité de Dieu tout entier livré au salut des hom­mes, tout entier livré à chaque instant à sauver tous ceux qui l'ont suivi, mais nous aussi.

Choisis donc la vie, c'est-à-dire laisse ton cœur se faire visiter, laisse-le se faire rencontrer par Celui qui peut seul le délivrer des chaînes qui l'enser­rent. Oui, frères et sœurs, de nombreuses chaînes in­volontaires ou volontaires, là n'est pas la question, nous ont emprisonnés. Et nous avons soif, il nous faut réveiller cette ardeur et ce désir de liberté et ce désir de vie. Et là est notre mission. Et ce soir, pour qua­rante jours, l'Église nous envoie en mission. Elle nous envoie en mission auprès de nous d'abord afin que nous nous libérions, nous acceptions que le Christ nous libère de ces chaînes, puis auprès des autres par une réconciliation contagieuse, j'allais dire, allant de proche en proche, essayant de reconstruire cette cha­rité, fruit de la présence de l'amour de Dieu entre nous, et puis plus loin encore, au monde entier. L'Église est envoyée en mission afin de réconcilier les hommes les uns avec les autres et donc avec Dieu. Ce soir, c'est un envoi en mission, et notre mot d'ordre sera : "choisissez la vie, ne choisissez plus la mort". Il n'y a pas deux choix possibles, le seul choix qui convienne à l'homme, c'est le bonheur et la vie.

Un envoi en mission, une longue marche qui est celle de notre conversion, de la conversion des autres et de la conversion de tous les hommes de notre monde aujourd'hui. C'est cela le carême que de repar­tir, de quitter cet arbre dans lequel nous avions grimpé pour mieux voir. Mais le Christ nous dit : descends vite, prends ton bâton de pèlerin. Ecoute ce que j'ai dit, choisis la vie. Et puis marche dans cette Église, elle qui seule peut proclamer une parole qui sauve, une parole qui peut atteindre le cœur de chaque homme. Car tu le sais, moi, Jésus-Christ, Parole de Dieu, Verbe puissant et efficace, moi seul peux te sauver, moi seul ai vaincu la mort, moi seul ai dit le dernier mot à la mort puisque je suis la Résurrection, puisque je suis l'espérance, puisque je suis la lumière.

Frères et sœurs, au fond de nous-mêmes, examinons ce cœur trop endurci, n peu aigri, qui a tant de difficultés pour aimer, qui souvent refuse d'aller de l'avant. Offrons-le au Christ afin qu'en le visitant, Il le prenne en Lui, Il le réveille d'un désir nouveau, Il l'emmène sur ce chemin qui est celui de la conversion, de la vie, d'une lumière nouvelle, d'un homme nouveau. Alors dans ce cœur, Dieu pourra se réconcilier le monde.

 

AMEN