CHOISIS LA VIE !
Dt 30, 15-20 ; Lc 9, 22-25
Jeudi après les Cendres - année C (9 février 1983???)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Pourtant, lorsque le Deutéronome dit "Choisis la vie !" il ne dit pas : choisis de te donner à toi-même les propres lois de ta vie. Mais précisément, il ajoute : "Il y a devant toi bénédiction et malédiction", il y a deux chemins, choisis le chemin de la vie. La vie telle que Dieu veut que nous la vivions n'est pas livrée à elle-même. C'est une vie suscitée par Dieu pour vivre avec Dieu. Il n'y a pas d'autre raison pour laquelle la Loi ait été donnée en Israël. La Loi c'est l'ordination profonde, la mise en œuvre profonde du désir de vivre de l'homme, mais pour Dieu. Et si l'on relit tous les grands textes de la Tradition, depuis le Pentateuque jusqu'aux écrits plus tardifs du Judaïsme, c'est toujours le même refrain qui revient. "Vivre la Loi" - "Vivre selon la Loi" ce n'est pas s'imposer un joug, c'est choisir la vie, c'est vouloir être des vivants.
Pourtant le texte que nous venons d'entendre et qui ouvre notre Carême, cette parole de Jésus nous affirme que "le Christ doit souffrir et mourir", avec toute la force de ce verbe "doit", qui montre que là, le Christ identifie totalement son vouloir divin à ce désir de mort. Pourquoi Jésus, pourquoi la Parole éternelle qui avait dit au peuple d'Israël : "Choisis la vie !" dit maintenant qu'Il doit choisir la mort ? Je dirais tout simplement que c'est vouloir vivre la vie jusqu'à la mort. Et c'est poser cet acte de foi qui aux yeux du monde n'est même pas croyable, que même jusque dans la mort, quand c'est Dieu qui s'y engage, pourra ressurgir la vie. C'est le "pari" que même au cœur de la mort, Dieu est assez puissant pour faire jaillir la vie. C'est la foi la plus absolue dans le mystère de la vie, foi qui dépasse la capacité de la liberté humaine de s'engager puisque c'est Dieu Lui-même qui s'engage et qui dit à l'homme : désormais, même lorsque tu iras à la mort, tu pourras, dans ce geste même, choisir la vie. C'est la victoire sur le péché, c'est notre existence pascale.
Aujourd'hui, comme chrétiens, lorsque nous entrons dans le Carême, nous savons que nous entrons dans une certaine mort à nous-mêmes. Nous savons que cette mort à nous-mêmes est incontournable. Mais ce que nous croyons c'est que, au cœur même de cette mort, la vie peut jaillir à nouveau. Et désormais, ce n'est plus nous qui choisissons la vie mais que c'est Dieu qui la choisit pour nous. Au cœur même de notre liberté, au cœur même de toutes les difficultés de nos histoires personnelles ou collectives, au cœur même de nos péchés et au cœur de ce mystère de la mort qui pèse comme l'horizon de tous nos actes, il y a le choix de Dieu pour nous, le choix de Dieu qui a choisi la vie pour nous en acceptant que son Fils meure sur la Croix.
Ce n'est pas toujours facile à croire, c'est encore plus difficile à vivre, car il n'est pas facile d'affronter la mort. Mais ce qui est impossible pour l'homme est vraiment possible aux yeux de Dieu. Et si Dieu, en Jésus-Christ, a choisi pour nous la vie, c'est que, désormais, le chemin de toute bénédiction nous a été ouvert, le chemin du Royaume.
AMEN