LE CARÊME EN DEUX MOTS : LE SECRET ET LE PÈRE
Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20 - 2 Co 6,2 ; Mt 6, 1-6+16-18
Mercredi des Cendres - Messe de midi - année C (28 février 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
Or, le chemin de carême est un chemin à faire dans le secret pour rencontrer le Père. L'objet de notre préoccupation principale, essentielle, que nous devons entretenir de manière insistante, ce n'est pas moi, ce n'est pas nous, ce n'est pas mon moi, mais c'est Dieu. C'est cela qui fait défaut lorsque nous entretenons un chemin de conversion, c'est que nous pensons qu'il faut nous préoccuper davantage de nous-mêmes, or il faut nous préoccuper davantage de Dieu, et d'ailleurs les jours suivants du carême nous demanderons de nous occuper davantage des autres. Il y a une sorte de mauvaise lecture de la confession qui consisterait à relire de façon un peu obsessionnelle ce qui n'a jamais bougé en nous, nous permet d'esquiver cette rencontre avec le Père qui se fait en réalité dans le secret de nos cœurs, et qui se fait comme caché et des autres, et presque de nous. Au fond comme nous ne savons pas très bien à quel endroit Dieu demeure en nous, ce point intérieur dont parlait saint Augustin, ce point tellement intérieur et plus profond que notre conscience, que nous ne pouvons pas y accéder. Ce n'est pas tellement le lieu d'une remise en cause de notre comportement, même s'il y aura des conséquences, mais ces conséquences de conversion seront secondes si nous avons d'abord choisi de commencer à découvrir et rencontrer le visage du Père, le don qu'il fait, le Fils qu'Il envoie, le pardon offert le salut qu'il a dessiné, la longue histoire de cet amour qui jamais ne s'est lassé ni fatiguée d'offrir à chacun de nous et à tous les hommes la vie. C'est le premier aspect.
Le second aspect qui nous permettra de désamorcer ce souci de "moi" c'est que nous sommes en ambassade. Nous sommes ambassadeurs auprès de Dieu pour porter devant Lui le péché du monde, le monde qu'Il a tant chéri, et nous sommes là, non pas que nous l'ayons choisi, mais nous sommes là comme des ambassadeurs privilégiés qui portons devant Dieu le cri d'Abel et les meurtres de Caïn. Nous portons davantage le "nous" que le "moi", les autres que moi seul. Et cette ambassade que nous formons nous permettra de rendre plus vivant aux yeux des autres qui le négligent, ce visage vivant de Dieu, de le rendre non pas comme un Dieu qui juge mais un Dieu qui élève, qui nous aspire et nous donne la Vie.
Que nous sachions en ce carême nous donner le goût de Dieu, et non pas le goût du péché, et que nous sachions transmettre ce goût de Dieu aux autres, un goût qui jamais ne rassasiera totalement mon palais intérieur, le palais de mon âme, mais qui avivera mon goût de l'éternité qui m'est offerte. Alors, marchons d'un pas vif et ferme sur le chemin qui mène au Père, dans son côté invisible, dans son côté majestueux et qui est une sorte d'ouverture au cœur de Dieu, cœur que nous sommes faits pour rencontrer et que nous avons si souvent délaissé.
Un vrai chrétien n'est pas quelqu'un qui se lamente, mais ce n'est pas non plus quelqu'un qui ne pèche pas. C'est quelqu'un qui ne décourage pas du pardon que Dieu lui offre. En quelque sorte, on ne nous demande pas de ne pas pécher, mais on nous demande de nous relever.
AMEN