PROPHÉTIES SALVATRICES
Jr 20, 7-18 ; Jn 11, 45-57
Vendredi de la cinquième semaine de carême – B
(30 mars 2012)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Une bien lourde charge !
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rères et sœurs, les deux textes que nous venons d'entendre nous invitent à réfléchir sur la prophétie. Jérémie est prophète par les paroles qu'il prononce et par la souffrance qui est la sienne. Jérémie a été choisi par Dieu pour annoncer à Juda, aux israélites, la ruine de Jérusalem, du temple, la destruction du peuple qui était pourtant le peuple choisi. Devant cette charge insupportable d'être le prédicateur du malheur, de la dévastation, Jérémie aurait voulu ne plus y penser, ne plus penser à Dieu qui lui demande d'annoncer de telles prophéties.
Jérémie va jusqu'à souhaiter de ne pas être né tellement il lui est douloureux de se sentir seul en face de tout un peuple qui veut votre mort parce que vous lui annoncez son échec. Jérémie regrette d'être sorti du sein maternel, il aurait préféré mourir dès le sein pour ne pas devoir subir une charge aussi insupportable que la sienne. Jérémie devient ainsi la figure du Christ qui lui aussi a été chargé d'annoncer la conversion, le retournement du cœur. Jérémie nous dit qu'au moment même où il voulait ne plus écouter les paroles de Dieu, ne plus avoir à les répandre, au même moment, il est séduit par le Seigneur : "Tu m'as maîtrisé, tu m'as séduit et je me suis laissé séduire. Je disais : je ne parlerai plus en ton nom mais c'était dans mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os, je m'épuisais à le contenir mais je n'ai pas pu". Oui, la parole de Dieu est comme un feu dévorant dans le cœur de Jérémie, et malgré la terrible mission qu'il a reçue, il ne peut pas enfermer en lui ce feu dévorant qu'il doit répandre autour de lui. Voilà donc le premier texte sur la prophétie.
Le deuxième texte est encore plus étonnant, nous assistons au rassemblement des grands prêtres, des pharisiens, décidés mettre un terme à la prédication de Jésus. Jésus vient de ressusciter Lazare et tout le peuple vient pour voir le ressuscité et pour acclamer celui qui a réalisé ce miracle. Les grands prêtres ont peur que la foule suive Jésus et que cela ressemble à une émeute, et que les romains viennent remettre de l'ordre en détruisant le temple. On ne peut pas très bien savoir d'ailleurs si c'est une crainte fondée qu'ils manifestent, ou bien si c'est une manière détournée de punir Jésus par la mort et de trouver une cause à cette punition.
Caïphe le grand prêtre prononce la parole qui résume cette recherche des pharisiens et de tous les opposants à Jésus : "Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple". Pour Caïphe, Jésus doit être immolé pour éviter la répression des romains. Sans le savoir, sans le vouloir, Caïphe prophétise que la mort de Jésus serait une mort pour le salut de tous, qu'il est bon que le Christ meure non pas pour délivrer Israël d'un prédicateur dangereux, mais il est bon que le Christ meure pour sauver le peuple de son péché. La prophétie de Caïphe va encore plus loin, car nous dit saint Jean : "Sans le savoir, il a prédit que serait justifiée par la mort du Christ non seulement toute la nation (entendez le peuple juif), mais tous les enfants de Dieu dispersés dans l'univers". Tous, par cette mort du Christ vont être sauvés et ressuscités.
Au début de cette semaine sainte que nous allons commencer dans deux jours, laissons-nous imprégner par ces textes, laissons-nous convertir par le feu dévorant qui était dans le cœur de Jérémie, laissons-nous convertir par cette parole que Caïphe a prononcé sans en connaître la portée et le sens et qui est la promesse de la résurrection de tous les enfants de Dieu dispersés dans le monde par la mort et la résurrection du Christ.
AMEN