LA PLAINTE DU PROPHÈTE
Jr 20, 7-18 ; Jn 11, 45-57
Vendredi de la cinquième semaine de carême – A
(15 avril 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Abbaye de Cluny : Jérémie
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rères et sœurs, le prophète Jérémie a eu une mission particulièrement douloureuse qui le rapproche de la Passion du Christ. C’est la raison pour laquelle la liturgie nous propose de lire des passages du livre de Jérémie. Le passage que nous avons lu aujourd’hui est particulièrement éloquent. Jérémie est chargé par Dieu d’annoncer au peuple d’Israël qu’il va partir en exil, qu’il va être privé du Temple, de la ville de Jérusalem, de l’existence même de sa nation, que tout cela va être balayé et qu’il n’en restera plus que pierre sur pierre.
Tel est le contenu de la prédication de Jérémie. On comprend aussitôt que les juifs qui l’entendaient ont voulu le condamner pour l’empêcher de proférer toutes ces malédictions contre le peuple et la nation. Jérémie disait bien que toutes ces malédictions viendraient sur le peuple parce qu’il avait délaissé le Seigneur, parce qu’il s’était détourné de lui, mais les juifs mettaient le comble à leur imposture en rendant Jérémie responsable de leur propre défaite.
Voilà pourquoi Jérémie se plaint : « Je dois toujours annoncer violence et destruction. Je suis entouré par les calomnies de beaucoup. Alors, Seigneur, je ne veux plus parler en ton nom. Ta parole est en moi source d’opprobre Tout le jour, je suis objet de moqueries. Je ne parlerai plus en ton nom ». C’est la grande tentation de Jérémie, de renoncer à sa mission prophétique parce qu’elle est trop aride, trop dure et elle met en jeu constamment sa vie. Il voudrait que cela cesse et il regrette même d’être né, il voudrait qu’au jour où l’on a annoncé à son père et à sa mère qu’un enfant été né, il soit immédiatement emporté dans le schéol, dans le séjour des morts, car la mission que Dieu lui donne est pire que la mort. C’est pour cela que Jérémie voudrait en être débarrassé. Mais cependant, il a cette phrase admirable : « Tu m’as séduit, Seigneur, je me suis laissé séduire, tu m’as maîtrisé. Tu as été pour moi le plus fort, et malgré les moqueries et la fable de tout le monde, chaque fois que j’ai essayé de renoncer à porter ta parole, elle était au fond de mon cœur comme un feu dévorant. »
Telle est la mission du prophète. Il doit annoncer la parole de Dieu, même si elle est terrible, et cette mission, même s’il ne veut plus l’assurer, elle est en lui comme un feu dévorant qui séduit son prophète et qui le conduit à parler au nom du Seigneur, même s’il doit y laisser la vie et vivre dans l’opprobre.
Ainsi, Jérémie est une figure du Christ, car le Christ, comme Jérémie, a annoncé la punition du peuple, et à cause de cela, nous l’avons entendu, les grands prêtres ont fomenté un complot contre lui et à la différence de Jérémie, ils ont poussé leur complot jusqu’au bout, ils sont arrivés à le faire crucifier. C’est cela la rédemption du Christ, c’est cela la rédemption à laquelle a participé Jérémie dans sa mission de prophète. C’est cette rédemption à laquelle nous sommes appelés nous aussi, car nous devons défendre le point de vue de Dieu, le point du vue du Christ même si c’est au prix de notre paix, voir de notre vie.
Que le Seigneur nous aide dans cette mission, et que nous ne nous écartions pas du chemin où il nous appelle.
AMEN