LA HONTE
Jr 20, 7-18 ; Jn 11, 45-57
Vendredi de la cinquième semaine de carême – A
(22 mars 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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Q |
u'y a-t-il de pire que la mort ? La mort, ce moment terrible où celui qui est arraché à sa famille, au moment même où il meurt, peut avoir le doute le plus grand de sa vie sur la vie à venir, le doute, l'incompréhension, la peur de ce qui reste, de cette injustice de ne pas continuer à vivre ce qu'il voulait vivre avec cette personne arrachée. Ce qu'il y a de pire que la mort, c'est la honte qui ronge, qui détruit, la honte qui va même jusqu'à nous empêcher, nous interdire de vouloir entrer dans le petit trou, de vouloir disparaître de l'univers, de dire : mieux vaut mourir que de vivre cette honte, face à tous ceux qui se moquent de moi. Oui, parfois nous avons eu des gestes ou des paroles telles que nous avons tellement regretté de les avoir faits ou dites, que nous aurions préféré mourir, disparaître de cette terre, plutôt que de continuer à subir le regard de l'autre. La honte de la faute, mais pas uniquement la honte de la faute, peut-être aussi le calcul, la mauvais calcul. Jérémie, prophète aurait tellement préféré être appelé pour annoncer des bonnes choses, alors qu'il est appelé pour annoncer la destruction, annoncer à ce peuple que s'il continue comme cela, leur ville va être détruite. C'est vrai qu'en tant que prophètes, baptisés, nous préférons toujours donner une parole de réconfort, d'espoir, à celui qui est en face de nous, lui dire : Dieu t'aime, et cela ne va pas se passer comme tu crois. Au dernier moment, il y a aura peut-être quelque chose qui va se passer, ce que croient beaucoup de juifs, à Jérusalem au moment du siège. Jérémie est celui qui, à sa grande honte doit annoncer ce message terrible. C'est vrai qu'il préférerait mourir. Une honte publique qui rappelle aussi une mort publique, celle du Christ. Quand on meurt, on a envie de mourir seul, surtout lors d'une peine de mort : le bourreau, soi-même, peut-être la famille très proche. Mais les ennemis sont là devant vous en train de vous railler, et vous aimeriez alors rentrer dans votre trou de souris, mais c'est impossible, parce que vous êtes cloués à une croix. Chose étrange que cette honte clouée publiquement, que nous allons célébrer d'une manière aussi publique dans quelques jours. On peut se demander si c'est du voyeurisme, et je me pose souvent la question, face à un tableau, (je l'ai devant moi tous les jeudis soir quand on répète à la chorale), c'est la descente de croix qui est dans cette chapelle, où dans un geste que l'on pourrait presque penser impudique, Marie-Madeleine lève le bras de Jésus pour montrer à la lumière encore plus forte, cette plaie du Christ. Impudique ? Pudique ? Montrer à la face de toute la terre et de l'univers cette plaie.
Aussi je crois, frères et sœurs, que la mort et la résurrection du Christ ne sont pas seulement l'espérance en la résurrection, elle est même dans une espérance encore plus grande au moment de notre mort qui est celle de la honte, et de la peur. Frères et sœurs, dans cette mort et résurrection, c'est aussi notre honte qui nous habite face à la souffrance, à nos péchés, et à la mort.
AMEN