ILS RÉSOLURENT DE LE TUER

Jr 20, 7-18 ; Jn 11, 45-57

Vendredi de la cinquième semaine de carême- C

(10 avril 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

U

n ordre de dénonciation pour l'arrêter après une décision juridique de le mettre à mort. Ainsi s'achève le ministère public de Jésus. Ensuite Il va rejoindre Béthanie où aura lieu l'onction que fera sur Lui Marie, puis ce sera immédiatement l'entrée à Jérusalem. L'onction annonce sa mort. L'entrée messianique à Jérusalem est un prémices de sa Résurrection. "Il était le Verbe de Dieu, Il est venu dans le monde. Les siens ne L'ont pas reçu !" C'est ainsi qu'avait commencé l'évangile de Jean et c'est exactement ainsi qu'il va s'achever. Mais "à ceux qui L'ont reçu, Il donne pouvoir de devenir enfant de Dieu". Si la nation est perdue, l'Église va naître de la mort et de la Résurrection du Christ. C'est donc dans une intrigue bassement policière, comme la plupart de ce genre de choses, que le Fils de Dieu, que le Dieu éternel, que le Créateur de l'univers, que Celui qui a créé les hommes par pur amour, va achever son par­cours terrestre. Il va finir de façon beaucoup moins glorieuse que la plupart d'entre nous. L'étau est défi­nitivement resserré, le piège est tendu, la décision est prise, l'exécution est envisagée. Jésus le sait très bien puisque Lui-même ne vient plus ouvertement circuler dans Jérusalem. Cependant le peuple va encore le chercher, sous prétexte de signes, de choses extraor­dinaires. "Va-t-Il venir ? Ne va-t-Il pas venir?" D'un côté Il sera à la fête, mais de l'autre côté, Il n'y sera pas pour ce qu'on l'y attend. Il n'y aura plus de gestes spectaculaires, ni de discours, ni de miracles. Tout va entrer dans l'ombre de la trahison, du procès quelque peu expéditif, et du jugement et de son exécution. C'est dans cette ombre, dans ces ténèbres de plus en plus épaisses que s'avance désormais Celui qui s'est dit : "Je suis la lumière du monde !". C'est dans cette lumière qu'Il réapparaîtra au cœur même de l'obscu­rité de la nuit de Pâques.

Jésus va être seul à mourir pour sauver le peuple. Et selon la prophétie de Caïphe Il sauve à la fois le peuple juif, la nation juive, et Il sauve tous les hommes. Comme le commente l'évangéliste saint Jean : "afin de rassembler les enfants de Dieu disper­sés." C'est donc dans l'extrême solitude et dans la nuit totale que va germer le rassemblement dans la lumière de la Résurrection. C'est ainsi qu'il nous faut nous-mêmes entrer, au seuil de cette Semaine Sainte, au seuil de cette semaine où la liturgie nous fait revivre la manifestation absolue de la sainteté de Dieu qui se résume en cette parole même sur Jésus rapportée par saint Jean : "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'au bout !" Notre amour n'est pas saint parce que nous n'aimons pas jusqu'au bout. L'amour de Dieu seul est saint parce qu'Il aime jus­qu'au bout. Jusqu'au bout de la mort, jusqu'au bout des ténèbres, jusqu'au plus profond des enfers, mais cet amour, parce qu'il est totalement saint, est victo­rieux et réapparaîtra dans la lumière, pour faire naître dans notre cœur la foi, l'espérance et la charité, c'est-à-dire ces vertus fondamentales qui, lentement, par­fois douloureusement, rendront saint notre amour de Dieu et notre amour les uns pour les autres.

Il ne s'agit pas simplement de suivre une in­trigue politico-judiciaire, même s'il est fort intéressant de voir que c'est à l'intérieur d'une telle réalité que s'est soldée la mort de Jésus, il s'agit d'entrer avec Lui dans un mystère, en faisant peut-être taire toutes nos questions, en mettant à l'écart tous nos doutes, en essayant de centrer notre regard sur le visage défiguré et transfiguré de Jésus. Je vous propose de prendre dès aujourd'hui, cette attitude essentielle et incontour­nable de tout chrétien, accepter un instant de pencher notre tête sur le cœur de Celui qui va l'ouvrir pour laisser jaillir du sang et de l'eau. Pencher notre tête sur son cœur, au moment même où Lui, dans la mort, penchera sa tête et son regard vers la misère des hommes pour la transfigurer en sainteté.

 

 

AMEN