LES RAISONS DE LA MORT DU CHRIST

Sg 2, 10-22 a ; Jn 11, 45-56

Vendredi de la cinquième semaine de Carême – A

(10 avril 1981)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

A

 

la veille d'entrer dans la Semaine Sainte, je voudrais que nous réfléchissions quelques instants aux conditions et aux raisons de la mort du Seigneur, puisque l'évangile nous dit qu'aujourd'hui les pharisiens, avec Caïphe en tête, ont décidé de la mort du Seigneur. Il faut savoir d'abord que cette Pâque que le Christ va vivre se situe dans un contexte de violence en Palestine. Violence qui dure déjà depuis près de deux siècles, depuis que la terre de Palestine, est occupée d'abord par les grecs, puis par l'empire romain. Il faut savoir aussi que la mort du Christ n'achèvera pas ce temps de violence qui durera encore de nombreuses années. Le Christ a donc vécu dans un temps de violence, probablement violence aussi forte, même si elle est différente que celle que nous pouvons connaître aujourd'hui.

L'épisode de l'évangile que nous venons d'entendre se situe juste au lendemain de la résurrection de Lazare. Vous savez que le Christ ressuscitant Lazare, avait fait courir vers ce petit village, la plupart des gens de Jérusalem, surtout les gens peut-être inquiets de ce qui allait se passer, puisque la Pâque étant proche, beaucoup de monde viendrait à Jérusalem pour célébrer la fête. Et l'évangile nous dit que beaucoup de juifs ont cru en Jésus. Il faut faire attention. Ils n'ont pas donné leur foi au Christ comme Seigneur. Ils n'ont pas cru en sa doctrine. Ils ont cru que Jésus avait un pouvoir et ils ont cru pouvoir utiliser cette possibilité un peu extraordinaire que le Christ avait et qu'Il venait de manifester une fois encore en ressuscitant Lazare. Et nous savons bien que les juifs suivaient Jésus, non pas parce qu'ils croyaient en Lui, mais parce qu'Il faisait des signes. C'est attirés par le côté extérieur de ces signes qu'ils le suivaient pour en avoir d'autres. C'est cela, au fond, qui a amené le peuple juif à penser que Jésus pourrait être leur Messie politique, pourrait être celui qui viendrait, enfin, les délivrer de cette occupation étrangère et romaine et restaurer le véritable peuple d'Israël comme il avait existé au temps de David et de la royauté.

C'est bien parce que ce peuple se préparait, une fois encore, à acclamer Jésus comme roi, que les pharisiens voient tout le danger de la situation. Car, disent-ils cela va entraîner un soulèvement populaire et nous ne gagnerons rien d'autre qu'un coup de force de la part des romains. Peut-être même qu'ils iraient jusqu'à détruire le Temple si ce n'est la nation tout entière. C'est cette peur des romains qui a provoqué ce renouvellement de la décision d'arrêter et de tuer le Christ Jésus. C'est cela, si vous voulez, les conditions humaines. C'est cela ce jour de décision des uns et des autres qui ont entraîné le conseil à suivre la proposition de Caïphe : "Qu'un seul homme meure plutôt que tout le peuple !" Car il n'y avait rien à gagner pour les pharisiens et les prêtres à ce que tout le peuple meure, non pas à cause d'un soulèvement mais plutôt parce qu'ils perdraient, les avantages qu'ils tirent astucieusement de cette situation. Cette décision de Caïphe, entérinée par le conseil, vous l'avez senti, est motivée beaucoup plus par l'opportunisme que par un idéal profond. Et si c'est ainsi que le Christ a connu la mort, à travers ce jeu de situations, de décisions, de malhonnêteté, ce n'est pas pour ces raisons-là que le Christ est mort. Le Christ n'est pas mort pour des raisons normales, pour des raisons humaines, pour des raisons de la terre. Il est mort pour des raisons d'en haut. Il est mort parce que, dans le secret de Dieu, dont parle le Livre de la Sagesse : "Il fallait que son Fils Unique meure pour rassembler tous ses enfants dispersés". Et saint Jean a bien soin de le noter, dans ce passage de la décision d'exécuter le Christ.

Le Christ n'est pas mort pour une nation. Il n'est pas mort pour éviter un soulèvement populaire. Il n'est pas mort pour empêcher la destruction du Temple. Il n'est pas mort comme un prophète assassiné ou comme un révolutionnaire social ou politique en tout cas pas de cette révolution-là. Le Christ est mort pour accomplir un dessein de Dieu. Le Christ est mort parce que, depuis toute éternité, Dieu a voulu que les hommes ne connaissent plus la mort. Dieu a voulu que les hommes soient enfin tirés des ténèbres de leur péché, soient enfin relevés de leur impiété. Le Christ est mort, non pas pour accomplir des décisions humaines, même si c'est par elles qu'Il a connu la mort mais pour accomplir, uniquement le dessein de Dieu.

Il est important, frères et sœurs, de bien saisir cela au moment où nous allons relire, ces jours-ci, ces textes de la Passion où s'entremêlent, justement, les raisons de Dieu et les décisions humaines. Et si le mal des décisions humaines a entraîné la mort du Christ, c'est parce que la raison de Dieu est bien plus importante, et qu'Il a accepté que c'est par cet opportunisme-là, c'est par ces raisons, cette déchéance même, que le Christ puisse manifester aux hommes qu'Il venait les racheter, qu'Il venait les rassembler, qu'II venait les aimer à un autre niveau à Lui.

Que cette eucharistie nous aide, nous qui allons recevoir le corps et le sang du Seigneur, à comprendre que le Christ est mort, par une décision de Dieu et qu'Il est mort pour nous. Je vous fais remarquer que le sacrement de l'unité, du rassemblement des enfants de Dieu dispersé, c'est celui que nous allons célébrer maintenant. Or le Christ ne l'a pas célébré après sa mort, comme conséquence de sa mort, mais avant sa mort, pour manifester que c'était bien de sa propre volonté de vivant qu'Il voulait laisser aux hommes, à travers sa mort, ce sacrement du corps livré et du sang versé, sacrement auquel nous allons participer maintenant.

 

AMEN