LE COMPLOT
Jr 20, 14-18
(18 mars 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT

Conques : toit de lauzes
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a première lecture que nous avons entendue tirée du livre de Jérémie raconte les persécutions dont Jérémie est l'objet, Jérémie, objet de moqueries, de persécutions, comme figure de celui qui devait venir, comme Jésus lui-même, victime d'un complot, avec cette phrase extraordinaire du Grand-Prêtre: "il vaut mieux qu'un seul homme meure mais que la nation tout entière ne périsse pas".
Je voudrais vous partager un roman, qui s'appelle "Notre philosophe", de Gert Hoffmann. L'action de ce roman se passe en Allemagne pendant la montée du nazisme. Nous sommes dans une petite ville de province. Tout le monde se connaît. Arrive un philosophe et tout le monde se presse pour l'accueillir, le recevoir à sa table, et deux enfants se lient d'amitié avec lui. Mais c'est la montée du nazisme et le philosophe est juif. Petit à petit, dans ce roman, on voit tous les habitants de ce village, se détourner progressivement de cet homme parce qu'il est juif. Celui qu'on aimait recevoir, qui nous emballait par ses discours, devient une sorte de personnage dont il faut se méfier, car il est dangereux maintenant de recevoir un juif à sa table. Tout le monde le lâche, sauf les deux enfants qui continuent à aller le voir en cachette chez lui. Petit à petit, cet homme est obligé de quitter sa maison, de prendre un appartement plus modeste, parce qu'il a perdu son travail. En fin de compte, il n'a plus comme visite que celle des deux enfants. Mais un jour, le père de famille va convoquer ses deux fils pour leur demander de ne plus aller voir le philosophe, parce que la persécution a encore monté d'un cran. Le père pour expliquer à ses enfants combien il faut se méfier de cet homme, et pour leur expliquer qu'il faut le lâcher va employer une métaphore toute simple, celle du couvreur. Il raconte l'histoire d'un couvreur qui a un fils, ils sont tous les deux sur un toit. Le fils moins aguerri que son père dérape et s'accroche à la jambe de son père. Parce qu'il n'y a pas beaucoup d'argent à la maison, parce qu'il faudra garder quelqu'un pour continuer à faire ce métier de couvreur, le père est obligé de se dégager de son fils pour ne pas mourir avec lui. Cet absolument terrible, les enfants comprennent, mais le philosophe est arrêté et déporté.
Le Christ sur la croix, a été cet homme qui a été rejeté. Il n'y avait plus que les enfants aux rameaux, pour accourir avec des palmes. Le Christ a souffert seul, sa Passion, mais Il ne s'est pas dégagé de nous, Il a accepté de ne jamais lâcher la main de l'homme, et Dieu son Père n'a jamais lâché son Fils. A la croix, le Christ tient dans ses bras étendus, à la fois l'homme, et à la fois Dieu. Et quand Il tombe dans la mort, Il tombe en Dieu. Quand Il tombe dans la mort, Il nous entraîne avec lui, mais c'est une mort d'offrande, mais c'est une mort pour la vie.
Cette petite métaphore toute simple du couvreur nous aide à comprendre l'immense amour que Dieu amour nous, lui qui ne nous a jamais lâché, même s'Il a été lâché par tous, y compris les enfants, y compris ses apôtres, puisqu'Il était seul à la croix, qui brûle comme un cierge, et Jean qui recueille cette mère chez lui.
AMEN