CAÏPHE PROPHÉTISE
Jr 20, 7-18 ; Jn 11, 45-57
(3 avril 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, nous sommes exactement à la veille de la Passion. La résurrection de Lazare que nous avons lue dimanche dernier déclenche l'ultime haine des grands-prêtres et des pharisiens contre Jésus. Il n'est pas possible de le laisser continuer sinon, tout le monde le suivra, ce sera la ruine de la Loi, de la religion et de la foi du peuple. Alors, dit Caïphe, "Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple", que la nation soit épargnée. Caïphe prononce ainsi l'arrêt de mort contre Jésus, pour des raisons politiques, pour arriver à ce que la domination des chefs des prêtres sur le peuple, demeure.
Saint Jean souligne qu'en prononçant cette phrase, Caïphe, sans s'en rendre compte, annonce le sens profond du mystère de la Pâque. Non seulement Jésus va mourir pour la nation, pour le peuple juif, pour que s'accomplisse la vocation de ce peuple choisi, mais il va mourir pour tous les enfants de Dieu, pour que tous les hommes appelés à devenir enfants de Dieu soient rassemblés dans l'Église, dans l'Israël nouveau.
Le complot ourdi par les chefs des peuples va profondément se retourner contre eux, ce sera le début de la naissance du nouvel Israël qu'est l'Église et qui va rassembler non seulement les membres du peuple juif, qui se convertiront, mais les hommes de toutes races, toutes nations, toutes langues pour lesquels Jésus est mort.
En contrepoint de ce complot ourdi pour perdre Jésus et qui va aboutir à la croix et au tombeau du Christ, nous entendons aussi le complot contre Jérémie, figure du Christ. Lui aussi a eu la mission terrible de prêcher contre son peuple parce que son peuple délaissait le vrai Dieu. Jérémie a été obligé d'annoncer destructions, crainte, exil. Il a annoncé sans cesse que le peuple allait être puni et détruit. De ce fait, il a encouru la haine des chefs du peuple et on le descendra dans une citerne pour qu'il y meure. Jérémie sera ainsi poussé à crier vers Dieu : "Quel malheur que je sois né, car je dois toujours annoncer guerre et destruction. Cette parole que Dieu me donne fait de moi la source de moqueries et d'opprobre tout le jour. Tout le jour on se moque de moi, tout le jour on me condamne, tout le jour, on me persécute à cause de la Parole de Dieu". Jérémie va jusqu'à dire : "J'aurais voulu ne plus parler au nom de Dieu pour échapper à cette destinée terrible, mais quand j'ai voulu arrêter cette parole, elle était dans mon cœur comme un feu dévorant". La Parole de Dieu est en nous comme un feu, et si quelquefois elle est difficile à vivre, elle n'en est pas moins la Parole de Dieu et Jérémie continue : "Elle et le délice de mon cœur".
Que ce double visage du Christ rejeté par son peuple et de Jérémie, rejeté lui aussi par son peuple, que ce double visage nous accompagne en ces jours où se prépare la Passion du Christ.
AMEN