IL S'EST FAIT PÉCHÉ POUR NOUS
Nb 21, 4-9
(28 mars 1992)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Maximin : Portement de croix
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ieu a tant aimé le monde qu'Il a envoyé son Fils non pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé par Lui. "
Je voudrais m'adresser plus spécialement à ceux et celles d'entre vous qui, dans les trois derniers mois, ont perdu un être cher, car les textes que nous venons d'entendre qui apparemment parlent d'épisodes un peu mystérieux, qu'est-ce que ce serpent d'airain que Moïse élevait au désert ? Pourquoi le Christ se compare-t-il au serpent d'airain ? En réalité ces textes nous parlent immédiatement du mystère de la mort. Il y avait une tradition qui voulait que lorsque les hébreux avaient désobéi dans le désert, pour les châtier Dieu avait envoyé des serpents brûlants, des serpents venimeux. Dans toutes les traditions religieuses de l'humanité, le serpent est le symbole de la mort à cause du danger de son venin. Il était donc étonnant, au moment où les hébreux étaient assaillis par les serpents, que Moïse élève précisément un serpent au milieu de l'assemblée et demande à tous ceux qui étaient piqués par les serpents de regarder ce serpent d'airain. C'est d'autant plus choquant que chez les hébreux il ne fallait pas d'idoles et que pour être guéri, il fallait regarder ce serpent avec foi. C'est donc encore plus étonnant que Jésus ait repris à son propre compte cet épisode. "Comme le serpent a été élevé dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'Homme ..."
La signification est assez claire. Le serpent est le symbole de la mort. Cependant déjà avec Moïse, celui qui en lui portait la mort devenait source de vie. Et pour Jésus c'est le même mystère. Le moment où Il est élevé c'est le moment de sa disparition et de sa mort. C'est le fait qu'Il entre dans la mort et qu'apparemment Il porte en Lui tous les fruits de la mort. Et cependant, au moment où Il est élève, Il devient, par sa mort, source de vie. Ce qu'Il contient en Lui n'est pas un venin, poison de mort, mais au contraire c'est la source même de la vie.
Je crois que ceci peut nous toucher au cœur même de la mort lorsque nous la rencontrons. En effet, pour nous tous, voir un être cher entrer dans la mort c'est apparemment le voir disparaître, le voir nous échapper, le voir partir. Et pourtant, au moment même où la mort frappe celui ou celle que nous aimons, en réalité nous devons tourner notre regard vers Celui qui a été élevé de terre et qui a connu la mort comme nous, le Christ. Donc au moment même où nous regardons le Seigneur avec foi, Lui-même qui est touché et atteint par la mort, alors comme le serpent d'airain dans le désert guérissait les hébreux, comme Lui-même a voulu être élevé de terre, ainsi chacun d'entre nous reconnaît dans ce signe de la mort de Jésus la possibilité même pour tous les hommes de recevoir la vie de Dieu.
Ainsi donc, lorsque nous sommes rassemblés aujourd'hui pour l'eucharistie, lorsque nous prenons ce pain et ce vin qui nous donnent la force de marcher sur la route de la terre, nous devons aussi nous souvenir du signe du serpent d'airain. Parce que le Christ Lui-même a endossé, accepté jusqu'à son extrême limite le mystère de notre humanité vouée à la mort, alors nous pouvons, en le regardant, dans le signe même où Il est élevé de terre, reconnaître la source de la vie pour ceux que nous aimions et qui nous ont quittés et pour nous-mêmes qui sommes encore dans la tristesse et dans les larmes. Oui, c'est vrai, Dieu a choisi d'apporter au monde la vie sans rien épargner de ce que la souffrance et la mort humaine pèsent sur notre propre existence. Il a tellement voulu endosser cette souffrance et cette mort que Lui-même y est passé. Mais lorsque dans notre regard de foi nous pouvons contempler Celui-là même qui, dans sa mort est la source de la vie, alors nous en recevons l'assurance : Il est vivant pour nous, pour ceux qui nous ont quittés. Il leur donne la vie et Il nous appelle dans la foi et l'espérance à la vie éternelle.
AMEN