UN SIGNE QUI GUÉRIT
Nb 21, 4-9
(9 mars 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Jean de Malte : Croix d'autel
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ès l'origine le serpent est l'image de Satan, de l'esprit du mal. C'est lui qui a induit Adam et Eve à pécher et à corrompre l'héritage. Et les serpents brûlants c'est-à-dire venimeux qui, au désert, dévastent le peuple d'Israël, ne sont qu'un écho de ce serpent originel. Ils sont la multiplication de ce péché à travers l'histoire des hommes.
Et voilà que pour sauver Israël de cette piqûre venimeuse du serpent, Moïse reçoit de Dieu l'ordre d'élever sur un étendard un signe semblable à ces serpents, un serpent d'airain. Et la contemplation de ce signe guérissait le mal, guérissait le péché de l'homme Au niveau de l'Ancien Testament, ceci reste absolument mystérieux et difficile à comprendre Ce sont les paroles du Christ qui nous éclairent sur le sens profond de ce serpent d'airain. "Comme le serpent a été élevé, de la même manière, il faut que le Fils de l'Homme soit élevé !" le Fils de l'Homme, élevé sur la croix, est guérison des morsures du serpent.
En quoi le Fils de l'Homme élevé sur la croix peut-il être assimilé à ce serpent d'airain ? En quoi le Christ prend-Il la figure du serpent ? Saint Paul nous donne la réponse : "Le Christ a été fait péché pour nous !" le Christ ne nous sauve pas de l'extérieur mais en endossant jusqu'au plus profond de Lui-même cette chair de péché, en endossant cette vie de péché qui est la nôtre et celle de l'humanité, en étant fait péché, c'est-à-dire assimilé à notre faute, à notre culpabilité, en allant jusqu'au plus profond de nos ténèbres, en habitant le plus obscur de notre cœur, en allant mettre sa lumière au plus noir de notre péché. "Le Christ a été fait péché pour nous !" c'est-à-dire qu'Il a, sur la croix, accepté d'expérimenter cette horreur de la séparation de Dieu. "Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi M'as-Tu abandonné ?" C'est la nuit du tombeau, de la descente aux enfers, c'est ce mystère insondable de l'amour du Christ qui va jusqu'à endosser, jusqu'à faire sien notre désespoir, notre séparation de Dieu, notre mal pour pouvoir et du fond de cet abîme, resurgir comme principe de vie, parce que son amour est plus fort que notre péché, il est plus fort que la morsure brûlante du péché, il est plus fort que Satan, le prince du péché.
C'est un mystère insondable que celui de la croix du Christ quand nous le comprenons non seulement au niveau des souffrances physiques, non seulement au niveau de la douleur mais à ce niveau que nous pouvons difficilement imaginer, celui de cette expérience spirituelle que le Christ a voulu faire de l'horreur du péché, de cette séparation d'avec Dieu, de cette absence de Dieu. Lui qui est Dieu, Il s'est trouvé comme éloigné du Père. Il a expérimenté cet éloignement qui est le plus profond et le plus tragique de notre péché. Ceci nous ne pouvons pas le conceptualiser, l'exprimer sinon de cette manière paradoxale. Et c'est pourtant le cœur du mystère de la croix. C'est le moment où l'amour de Dieu dépasse la folie, tout ce que nous pouvons imaginer et tout ce que nous pouvons même concevoir.
Quelle grandeur que celle de l'amour de Dieu pour qu'Il puisse aller aussi loin dans son partage de notre existence. Il ne s'est pas contenté d'être homme. Il ne s'est pas contenté d'être homme jusqu'à la mort du corps, mais Il est allé jusqu'à frôler cette mort de notre cœur, jusqu'à habiter ces ténèbres de notre cœur pour nous en guérir, pour nous en délivrer.
Parfois nous avons du mal à comprendre notre péché. Nous avons l'impression que ce n'est pas si grave que cela, que finalement, ce ne sont que quelques petites faiblesses par ci, par là. Mais nous devrions comprendre que, à titre personnel ou à titre du partage du péché de l'humanité, nous sommes engagés dans ces ténèbres profondes qui sont celles du refus de l'amour, qui sont celles de l'absence de Dieu qui est amour. Nous devrions comprendre que même nos péchés apparemment anodins, même nos fautes qui souvent nous semblent secondaires, nous font communier à cet univers du péché, à cet univers du serpent, à cet univers des ténèbres. "Celui qui fait les ténèbres ne vient pas à la lumière !" Nous faisons sans cesse les ténèbres dans la mesure où nous ne vivons pas en vérité de l'amour de Dieu, où nous sommes, sinon séparés, tout au moins éloignés, indifférents, pas vraiment remplis de cet amour de Dieu. Chaque fois que nous agissons ainsi pour tout autre motif que cet amour fort et puissant de Dieu, de cet amour lumineux de Dieu, nous augmentons en nous et autour de nous l'épaisseur des ténèbres, de ces ténèbres qui nous coupent de la vérité, qui nous coupent de notre vérité et qui contribuent à éloigner toute l'humanité de cette vérité.
Que le Seigneur nous fasse la grâce de comprendre la gravité du péché, de comprendre quel le prix infini qu'Il a payé Lui-même pour notre péché afin que nous en concevions une horreur et que nous puissions véritablement faire la vérité et venir à la lumière.
AMEN