LES PARADOXES DU SALUT
Nb 21, 4-9
(5 mars 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Prête à bondir !
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rères et sœurs, le passage de l'Ancien Testament du livre des Nombres que nous avons entendu tout à l'heure est étrange et paradoxal. Les hébreux dans le désert se révoltent contre Dieu et contre Moïse son prophète. Ils se révoltent à cause de cette épreuve du désert, de la solitude, de la soif, qu'ils ne peuvent pas supporter, et dans leur révolte, ils maudissent Dieu, ils maudissent Moïse. Et leur péché produit ce mal qui les détruit et qui est caractérisé et symbolisé par ces serpents venimeux, ces serpents brûlants, dit le texte. Ils sont brûlants comme leur morsure, leur piqûre, et ces serpents viennent les décimer.
Ce qui est paradoxal, c'est que comme remède à la morsure de ces serpents qui représentent le mal, le péché, la haine de Dieu qui détruit le cœur humain, comme remède, Dieu demande à Moïse d'élever sur un étendard, un serpent d'airain, autrement dit, l'image même du mal, du péché, de ce qui détruit Israël. C'est en regardant cette image de leur propre péché que les hébreux vont trouver le salut en regardant ce serpent d'airain, ils seront délivrés de la morsure des serpents venimeux. C'est assez paradoxal que ce soit l'image même du mal qui serve de remède de guérison à cette invasion destructrice du péché dans leur cœur.
Le paradoxe redouble, quand nous voyons dans l'évangile Jésus s'attribuer à lui-même, cet événement du désert du livre des Nombres en disant : "Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert (c'est bien de cet événement qu'il s'agit), de la même façon, il faut que le Fils de l'Homme soit élevé". (entendons bien sûr, élevé sur la croix). Autrement dit, non seulement l'image du mal a servi de remède contre le danger que le péché faisait courir au cœur de l'homme, mais Jésus lui-même élevé sur la croix, se compare à cette image du mal. Comment Jésus peut-Il être identifié à cette image du mal ? La réponse à la fois déroutante et merveilleuse c'est que Jésus ne nous a pas sauvés par une démonstration de sa puissance, par une sorte d'éclat de sa force divine, mais Jésus nous a sauvés en mourant sur la croix.
Qui plus est, comme nous le dit saint Paul, en prenant sur lui nos péchés. Nous l'avons chanté tout à l'heure dans le Kyrie au début de cette messe, Jésus s'est fait péché. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'Il s'est identifié à ce qu'il y a de plus obscur, de plus sombre, de plus négatif en nous, Il a pris sur lui le poids de notre péché. Il est sans péché, bien sûr, non seulement parce qu'Il est le juste, mais parce qu'Il est Dieu lui-même. Entre Dieu et le péché, il n'y a rien de commun, et pourtant, Jésus, au lieu de briser Satan par un éclat de sa puissance glorieuse, Jésus a choisi de subir les conséquences du péché, de subir la souffrance, de subir le supplice, ma haine la condamnation, la déréliction, l'abandon, la mort. Il a pris tout cela sur lui, tout ce qu'il y a de pire dans notre vie, et c'est de cette manière qu'Il veut nous sauver. L'évangile nous explique cela. Qu'est-ce que cela veut dire que Jésus nous sauve par la croix, que Jésus nous sauve en prenant sur lui notre péché ? Cela veut dire que Dieu a tellement aimé le monde, que Dieu a tellement aimé les hommes, que Dieu a tellement aimé ces hommes qui ne savent pas aimer, ces hommes qui souvent se sont mis en contradiction avec ce Dieu d'amour, Dieu les a tellement aimés, et saint Paul dira : "Il nous a trop aimés". Il nous a aimés à la folie, à l'excès, Il nous a tellement aimés qu'Il nous a donné son Fils pour que ce Fils rassemble en lui toutes nos souffrances, tous nos péchés, toutes nos fautes, pour qu'il ne condamne pas ce monde où nous sommes, ce monde du péché, mais qu'il le sauve.
Voilà le grand mystère de la miséricorde de Dieu : Dieu ne veut pas condamner les pécheurs, Il veut les sauver. Il veut nous arracher au mal et pour cela Il prend sur lui notre mal et en quelque sorte, Il épuise ce mal dans sa croix et sa passion et sa mort. Alors, frères et sœurs, quand nous pensons à notre vie, ou à la vie de nos proches, nous ne pouvons pas éviter de penser que cette vie a comporté aussi des fautes et du péché. Le péché est partout si nous sommes un peu lucides. Seulement, ce péché n'est pas pour nous condamnation sans appel, ce péché nous ouvre mystérieusement à la miséricorde, à l'amour infini, à la folie de l'amour de Dieu. Au lieu de nous reprocher nos fautes, au lieu de nous condamner pour nos fautes, Dieu, mystérieusement prend sur lui tout ce qu'il y a d'imparfait, tout ce qu'il y a d'insuffisant, tout ce qu'il y a de négatif en nous, nos pauvretés, toutes nos limites. Il les prend sur lui et les purifie par un amour plus grand un amour infini, un amour qui va jusqu'à ce partage de tout ce qu'il peut y avoir de douloureux dans nos vies. Tout cela Jésus le prend sur lui et le partage avec nous, par amour, et cet amour si puissant qu'il triomphe de tout ce qui s'oppose à lui, qu'il triomphe de toutes nos insuffisances, de toutes nos pauvretés, et cet amour nous réconcilie avec la plénitude de Dieu. C'est notre espérance, c'est ce qui nous permet de vivre, d'espérer le bonheur pour nous, pour nos proches qui nous ont quittés. Quelles que soient les ombres au tableau, et il y en a toujours, l'amour de Dieu est plus fort et il nous sauve.
AMEN