SAUVÉS ET NON CONDAMNÉS

Nb 21, 4-9

(20 mars 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Brioude : Le Christ lépreux

C

et épisode que nous avons lu en première lecture du serpent qui est élevé pour que ceux qui le regardent puissent être sauvés, est certainement un des passages les plus étranges de l'Ancien Testament. Pourtant, Jésus lui-même reprend cette image où le Fils : "comme le serpent d'airain est élevé par Moïse, ainsi, le Fils de l'Homme doit être élevé". On peut se demande en quoi ce symbole du mal, du mensonge, le serpent, ce symbole du péché, finalement devient ce média par lequel les hébreux vont être délivrés de la morsure des brûlants.

L'évangile en donne quelques indications. A la suite de l'emploi de cette image, Jésus évoque le fait qu'Il est venu pour sauver le monde et non pour le condamner. Il évoque le fait que ceux qui sont dans la lumière, viennent à la lumière, ils font en eux la vérité. Ainsi, Il invite à regarder en face ce que nous sommes et ce qu'Il est. Il est bien le Fils de Dieu, et pourtant, Il est bien aussi celui qui va être élevé sur la croix, mourir comme n'importe quel homme après la souffrance et l'angoisse qui ont étreint son cœur.

Peut-être s'agit-il simplement de regarder en face ce qui est notre propre souffrance. Les hébreux souffrent de la morsure du serpent, ils voient ce serpent élevé, ce serpent comme crucifié, autrement dit, comme un signe, pour paraphraser saint Paul qui nous inviterait à dire : "O mort, où est ta victoire ?" Péché, où est ta victoire ? Souffrance, où est ta victoire ? Elle est abattue, elle est crucifiée. Jésus qui a accepté d'être élevé sur la croix, il nous est dit de Lui qu'Il s'est fait péché pour nous, non pas que Jésus soit pécheur, mais il a pris sur lui nos péchés. Ce sont ces péchés-là, cette souffrance, cette mort qu'Il combat définitivement. Regarder dans ces cas-là, comme les hébreux le faisaient pour le serpent, regarder le Christ en croix, c'est voir effectivement que Dieu n'est pas venu de toute sa hauteur et sa splendeur, en justicier, nous aurions mérité nous, de périr sous la morsure de notre péché, mais Dieu s'est fait petit, Dieu s'est fait humble, tellement proche de nous qu'Il est allé jusque dans la mort, dans cette souffrance. En le regardant Lui, nous pouvons dire que désormais, nous savons de quoi nous sommes sauvés. Nous sommes sauvés de ce mal qui étreint notre cœur, nous sommes sauvés de ce mal qui peut aussi atteindre notre corps, et nous pouvons dire que nous venons vers la lumière, vers ce brûlant qu'est désormais le Christ, cette torche flamboyante et qu'en enfant de lumière, ayant fait la vérité sur notre propre péché, nous pouvons le regarder face à face, et dire : oui, Dieu n'est pas venu condamner le monde, Il est venu le sauver, et j'en fais l'expérience concrète.

 

AMEN