LA MORT

Nb 21, 4-9 ; Jn 3, 14-21

Samedi de la troisième semaine de carême – A

(1er mars 2008)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

A

insi faut-il que soit élevé le Fils de l'Homme". Et Jésus en disant cela, fair référence au serpent d'airain que Moïse a mis sur un bâton pour que les israélites ayant été mordus par les serpents, par cette brûlure de feu, regardant ce serpent d'airain, n'aient aucun mal. L'image est un peu compliquée. Jésus est-Il un serpent, ou tel un serpent élevé sur un bâton ? Jésus est-Il ainsi, puisque le serpent est symbole du mal, comme une représentation du mal ?

En effet, Jésus meurt sur la croix, et Il entre lui le Fils de Dieu, pleinement dans l'extrême limite de toute existence, qui est la mort, cette limite irréfragable qui marque toute vie humaine. Saint Paul dans ses épîtres nous explique que c'est par l'envie du démon, symbolisé par le serpent, que la mort est entrée dans le monde et qu'ainsi la mort est comme le salaire du péché. Toute la Bible nous montre donc que la mort est un mal, qu'elle n'a pas lieu d'être normalement face à Dieu, en Dieu et pour Dieu. Dieu n'a pas fait la mort, Il n'a pas voulu la mort.

Saint Paul nous explique que si la mort marque désormais la vie humaine, puisque mourir pour l'homme, cela a été vouloir être sans Dieu, c'est-à-dire sans le principe de vie, saint Paul dit que le Christ s'est fait péché pour nous. Il a accepté d'aller justement jusque cette dernière limite, la mort physique. Mais lorsque Jésus accepte toute l'existence humaine, cela signifie aussi qu'Il en accepte toutes les limites. Et dans notre vie, au-delà de la mort physique, nous pouvons connaître des morts morales, spirituelles, affectives et matérielles. Notre vie peut être remplie au jour le jour de signes mêmes de la mort et pour l'homme chrétien, le mal, la faute, le péché c'est toujours une mort, car c'est un manque de vie, un manque de grâce, de lumière et d'amour.

On comprendra que lorsque le Christ doit être ainsi élevé de terre, c'est parce que Dieu a la passion de l'homme et Il ne veut pas laisser l'homme loin de la vie, Il ne veut pas le laisser s'enfermer dans la mort, Il ne veut pas laisser l'homme sous l'emprise du mal. Il se fait lui-même homme, Il habite pleinement cette existence humaine avec toutes ses limites jusqu'à la dernière pour que désormais plus aucun homme ne puisse dire : où est-il notre Dieu ? Dieu est là même où on ne l'aurait pas placé, là où nous connaissons la mort, et c'est la découverte du mystère de la Pâque que Jésus habite bien au-delà de tout ce que nous pensions. Il habite dans nos chutes, Il remplit toutes nos morts, et c'est cela le salut, c'est l'expérience que la mort que l'on croyait un isolement, est en fait le lieu où l'on rencontre le Dieu des vivants qui nous appelle à sortir, à nous relever, à être élevé avec lui à la gloire de Dieu. La société humaine ne croit pas beaucoup à ce type de relèvement et ne promet pas beaucoup d'espérance. Ce que sait le chrétien en revanche, c'est que la mort ne doit pas avoir le dernier mot. Son espérance c'est que si Jésus qui a été pleinement homme a voulu et a accepté la mort, est désormais ressuscité, c'est pour que tout homme puisse avec lui faire cette Pâque. C'est cela l'espérance chrétienne, c'est cela aussi notre espérance dans ce que nous vivons lorsque nous connaissons un deuil. C'est cela aussi l'espérance ultime de ce monde. Ou il n'y a rien, et notre monde et notre vie n'ont pas de sens, ou il y a quelqu'un qui nous dit : "Viens, relève-toi, la mort n'est pas une fin".

 

AMEN