LA FOI EST INCONTRÔLABLE

Nb 21, 4-9 ; Jn 3, 14-21

Samedi de la troisième semaine de carême – C

(24 mars 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

roire, la vie de foi, ce n'est pas simplement connaître et comprendre ou savoir. Croire ou la vie de foi ce n'est pas non plus simplement ressentir. La vie dans la foi n'est ni le lieu ni le regis­tre des sentiments, ni le lieu et le registre de la raison. C'est une autre façon de faire, une autre façon d'être. Et cette façon d'être nouvelle qui appartient à l'homme nouveau que nous construisons, sera tou­jours en conflit avec l'homme ancien qui préférera s'appuyer autant sur sa raison, ou ce qu'il ressent. Et nous aurons toujours envie de vérifier, de contrôler parce que la raison et les sentiments sont comme des lieux de contrôle, de maîtrise. Or la foi n'a pas de lieu de contrôle, il n'y a pas de contrôle possible. Pour­quoi ?

Parce qu'elle est le lieu où sont totalement li­bres les deux partenaires, totalement, nous et Dieu ! Dans la raison, lorsque nous sommes raisonnablement liés à quelqu'un, nous étayons notre relation par un certain nombre d'arguments, d'intérêts, de désirs, ou de besoins. Lorsque notre relation est une relation de sentiments, nous pouvons vérifier que nous éprouvons pour lui ou pour elle quelque chose, et que ce senti­ment suscite de sa part une réciprocité. Il y a dans le domaine des sentiments et dans celui de la raison, des possibilités de vérification, on peut s'appuyer, même si ce n'est pas toujours facile.

Dans la foi, quelque part la foi se dégage de ces deux aspects, c'est ailleurs, c'est autrement. Dans la foi, ce qui va primer, c'est la liberté des deux parte­naires : "Tu crois en moi, mais rien ne le prouve". En fait, c'est une sorte de confiance donnée, sans en avoir les certitudes. Et le texte de saint Jean que nous ve­nons d'entendre décrypte que celui qui croit a d'em­blée la vie éternelle, parce que celui qui croit vit sur ce registre d'homme nouveau. Il inaugure comme avant terme ce qu'est la vie avec Dieu, et les senti­ments et la raison, non pas qu'ils soient mauvais en soi, sont des moyens termes humains que Dieu nous donne, pour qu'un jour ils s'exposent, ils s'ouvrent, ils s'épanouissent vers leur terme qui est la rencontre avec Dieu. Dans cette relation, nous aurons le senti­ment que la connaissance de l'autre aura pris une telle excellence, une telle perfection, que nous n'aurons pas besoin de vérifier, et que nous restons libres. Vérité, liberté, sont comme les deux pédaliers de la vie de foi. C'est comme un exercice qui nous est demandé de nous essayer tant à rester libre, qu'à être vrai pour entendre la vérité. C'est ce que Jésus dit à Nicodème dans cet entretien nocturne où dans la confidence d'homme et de cœur à cœur, et de Dieu à l'homme, qui est cet entretien très fondamental pour l'évangile de Jean où Jean ouvre son cœur, ce qui ne veut pas dire qu'Il ouvre ses sentiments, mais Il ouvre son Etre, l'essence de son Etre à la rencontre de foi.

Celui qui croit a la vie éternelle.

 

AMEN