QUAND JE SERAI ÉLEVÉ, J'ATTIRERAI TOUT A MOI

Nb 21, 4-9 ; Jn 3, 14-21

Samedi de la troisième semaine de carême – A

(31 mars 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Artonne : Christ du XII ème siècle

T

 

homas, tu vas faire aujourd'hui, ta première communion. Tu vas recevoir, pour la première fois la vie de Jésus. Une première communion vaut bien un sermon. Alors les grandes personnes qui t'entourent me permettront de prêcher pour toi, et j'allais dire à toi seul. Elles trouveront bien quelques miettes pour se nourrir elles-mêmes.

Les textes que nous avons lus aujourd'hui parlent d'un serpent que Moïse a fait pour mettre sur une croix. Et tous ceux qui regardaient ce serpent dans le désert, parce qu'ils étaient malades ou parce qu'ils étaient pécheurs, étaient guéris. Et tu as deviné, peut-être que ce serpent c'est celui qui fait le mal, c'est celui qui, en nous, est le commencement du mal, c'est le serpent du paradis terrestre qui a détourné Adam et Eve de l'amitié et de la communion avec Dieu. Mais il y a aussi ce signe de la croix. Tu as probablement pensé que ce signe de la croix c'était l'annonce de la croix de Jésus. Sur la croix de Jésus, ce n'est pas un serpent, c'est un Agneau, c'est Jésus Lui-même. C'est Jésus qui a dit : "Je suis l'Agneau de Dieu !" C'est Jésus qui a été livré comme un agneau pour nous donner sa chair en nourriture, pour nous donner son sang et pour que sa chair et son sang soient, en nous, sa présence, et que nous soyons gardés, que nous soyons protégés de tout le mal que peut nous faire le serpent qui est l'image, qui est le symbole de Satan.

Ton Saint patron s'appelle Saint Thomas d'Aquin. Saint Thomas d'Aquin a beaucoup parlé sur la passion de Jésus, sur sa mort et sur la messe, sur l'eucharistie. Nous allons ensemble réfléchir à quelques paroles que Saint Thomas a écrites (tu les liras quand tu seras plus grand. C'est très intéressant, c'est très long : tu en as pour toute la vie, mais enfin c'est une bonne nourriture pour l'esprit et pour le cœur). Saint Thomas dit que lorsque les chrétiens célèbrent la messe à l'église, c'est la Passion de Jésus qui se renouvelle pour eux. Il dit qu'il n'y a pas deux événements : la mort de Jésus, il y a longtemps dans l'histoire (ce que tu apprends dans ton catéchisme) puis la messe que nous célébrons à l'église. Il n'y a pas deux événements, il n'y en a qu'un seul : c'est la mort et la résurrection de Jésus. C'est une seule fois que Jésus est élevé sur la croix. C'est une seule fois qu'Il donne son corps et son sang en nourriture pour nous, qu'Il va te les donner aujourd'hui pour la première fois. C'est un don, c'est un cadeau unique, pour tous les hommes, et qui dure toujours, qui ne s'arrête pas.

Et c'est pour cela que, aujourd'hui, lorsque le prêtre prend le pain et le vin et qu'il dit les paroles mêmes de Jésus, c'est le corps et le sang de Jésus qui est donné, qui est partagé. Tu vois donc que lorsque tu viens à la Messe le dimanche, et aujourd'hui particulièrement, quand tu vas communier, tu vas être au pied de la croix de Jésus. Tu vas être là pour Le regarder. Et, si tu as entendu, dans l'évangile, Jésus dit à Nicodème : "Quand je serai élevé sur la croix, quand je serai cloué sur la croix, j'attirerai tous les hommes à Moi." Aujourd'hui, puisque nous célébrons l'eucharistie et que tu vas manger le corps de Jésus et boire son sang, Il t'attire à Lui comme si tu étais là, au pied de la croix, et qu'Il te prend dans ses bras pour te faire communier à sa mort, à sa souffrance mais aussi à sa vie et à sa résurrection.

Or, tu sais, tu l'as appris, je pense, lorsque Jésus était élevé sur la croix, quand son cœur a été ouvert (et lorsqu'on ouvre son cœur c'est parce qu'on aime quelqu'un) quand son cœur a été ouvert, il en a jailli du sang et de l eau. L'eau qui a jailli du côté de Jésus tu l'as reçue le jour de ton baptême quand elle a coulé sur toi, parce que, déjà, ce jour-là, tu étais au pied de la croix. Cette eau a coulé sur toi et elle t'a purifié de tout le mal, de tout le péché qu'il pouvait y avoir dans ton cœuret qui avait été comme la blessure, comme la morsure, comme le venin d'un serpent qui empoisonne notre cœur, qui l'empêche vraiment de vivre et d'aimer. Cette eau qui a jailli du côté de Jésus élevé sur la croix a déjà inondé ton cœur et ton corps pour te purifier, pour te guérir. Et bien maintenant Jésus va faire quelque chose d'autre.

Lorsque tu as été baptisé, tu es entré dans la foi. Tu crois en Jésus, tu crois que Jésus est ton ami, qu'Il est mort pour toi, n'est-ce pas ? Aujourd'hui, Jésus te fait entrer, de façon encore plus profonde, dans sa charité. Et cela Saint Thomas d'Aquin le dit : "Par le baptême, nous avons reçu la foi. Par la communion, nous recevons, de façon plus forte, la charité de Dieu, c'est-à-dire l'amour de Dieu".

Sain Thomas dit aussi : "L'hostie contient en elle toute la Passion, toute la résurrection et toute la vie de Jésus." Cette hostie, elle est unique. Il n'y a pas de multiples hosties. Il n'y a qu'un seul corps de Jésus qui est partagé continuellement et chacun en reçoit sa part, et chacun le reçoit tout entier. Nous n'avons pas une partie de la vie de Jésus. Nous avons tous, toute la vie de Jésus. Et cette vie de Jésus, est contenue, est renfermée dans ce pain consacré et dans ce vin consacré qui deviennent son corps et son sang.

Ainsi Jésus fait plus que nous ouvrir son cœur. Il nous donne sa vie par le baptême : c'est cette eau qui jaillit de son côté transpercé. Et Il nous donne son sang et son corps cloué sur la croix, son corps qui est mort pour nous mais qui est ressuscité. Ainsi, lorsque les chrétiens reçoivent le corps et le sang de Jésus, ils participent à sa mort et à sa résurrection, ou plus exactement, la mort de Jésus s'accomplit en eux, la Résurrection de Jésus s'accomplit en eux. Ils sont purifiés de tout ce qu'il y a de mauvais et de mort en eux, mais ils sont aussi entraînés par la vie de Jésus, entraînés dans sa résurrection. Et c'est cela qui est la charité de Dieu. La charité de Dieu, c'est que nous puissions entrer dans son cœur. Et pour que nous puissions entrer dans son cœur, son cœur a été blessé. Il a été ouvert. Son cœur est devenu, maintenant, une demeure. Sa blessure, c'est la porte par laquelle nous entrons dans le cœur de Dieu. Et c'est de cette blessure que nous recevons, par le baptême, la foi, et par la communion à son corps et à son sang, la charité, c'est-à-dire l'amour de Dieu.

Aujourd'hui, Jésus t'attire à Lui. Toi, tu es attiré par Jésus : tu veux communier, tu veux mieux le connaître, mieux l'aimer, mieux le prier le soir (tous les soirs, tu pries Jésus). Il y a aussi une autre vérité, c'est que depuis longtemps, depuis que tu es né, depuis que tu existes, Jésus attend que tu viennes vers Lui. Il attend que tu entres dans son cœur par le baptême et par l'eucharistie. Il attend que tu entres dans son amour. Il attend que tu te laisses attirer par Lui. Aujourd'hui, tu es heureux parce que tu vas entrer dans la Passion et dans la résurrection de Jésus de façon plus forte et plus concrète par son corps et son sang, mais Jésus est encore plus heureux que toi. Et c'est cette joie que Jésus va te donner par son eucharistie. Or, comme je le disais tout à l'heure, il n'y a pas une hostie pour toi, il y a une seule hostie pour tout le monde. Nous allons la rompre comme Jésus a rompu le pain, ce qui fait que, aujourd'hui, tous ensemble, nous allons entrer plus fortement et plus fortement dans cette charité de Jésus. Et s'il y a une seule hostie, s'il n'y a qu'une seule passion de Jésus, une seule résurrection de Jésus, il n'y a qu'un seul corps. Nous mangeons le même pain, nous avons donc la même vie. Nous sommes donc amis du Christ et amis les uns des autres.

C'est ainsi que, aujourd'hui, parce que tu fais ta première communion, le corps de Jésus grandit un peu plus, l'amour de Jésus va se répandre un peu plus sur la terre parce qu'un homme, un enfant se laisse attirer par Lui. Alors, nous allons prier pour toi, pour que cette première communion soit une rencontre extraordinaire avec Jésus, dans ton cœur, que tu y penses toute la journée. Et puis, tu vas prier pour nous, pour toutes les grandes personnes qui sont là. Tout à l'heure, je lisais un texte de Julien Green qui disait que les grandes personnes qui vont souvent à la messe risquent de s'habituer et elles ne réalisent plus très bien cette chose extraordinaire qui leur arrive d'assister et de participer à la passion de Jésus. Alors, tu vas prier pour nous, pour nous tous qui sommes là et qui t'entourons, pour que, nous aussi, nous puissions vivre cette eucharistie et toutes les autres eucharistie s comme un événement très grand, comme quelque chose qui nous éblouit, qui nous illumine, qui soit vraiment un don de Dieu et que nous puissions, tous ensemble, avec toi qui vas nous entraîner aujourd'hui, entrer dans le cœur de Jésus, pour vivre plus fortement de son amour et de sa charité.

 

AMEN