DÉTRUISEZ CE TEMPLE
Os 6, 1-6 ; Jn 2, 13-25
Jeudi de la troisième semaine de carême – A
(18 mars 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l a fallu 46 ans pour bâtir ce sanctuaire". Jésus parle du Temple qu'Il contemple, du temple qu'Il a connu, qui n'était d'ailleurs pas encore terminé. Ce qui veut dire que le temple ayant été construit vers 18 avant notre ère, nous sommes donc en 29. Nous pouvons dater exactement le début de la construction du temple par les archives et les rapports des historiens comme Josèphe, contemporain d'Hérode le Grand, ce grand bâtisseur, le Hérode du début de la vie de Jésus. Hérode n'était pas un juif mais un Iduméen, de la tribu d'Edom qui a toujours entretenu avec Israël des rapports relativement ennemis. Pour asseoir son pouvoir paradoxal sur les juifs, pouvoir acquis grâce à la collaboration des romains, Hérode avait été obligé de contribuer à redonner au second temple une somptuosité qu'aucun temple de l'époque ne pouvait égaler.
Ce Temple comprenait plusieurs pièces. Quand on était au bas des marches qui donnaient accès au portique, vaste esplanade d'environs quatre cents mètres de long sur deux cent cinquante mètres de large, on n'était pas encore dans le Temple. Cette esplanade supporte actuellement une mosquée et le temple du Rocher qui sont les deuxième lieux saints musulmans du monde. Le dôme du Rocher abrite un rocher apparemment très ancien qui est l'affleurement de ce plateau sur lequel avait été construit le premier temple dès le début de l'histoire d'Israël. Ce rocher est celui sur lequel le prophète Mahomet aurait fait son plus long séjour mystique.
A ce même endroit s'élevait le temple lui-même d'environ cinquante mètres de haut. Sachant que cette église en fait une vingtaine, vous imaginez la majesté de ce Temple. Et en fait, lorsqu'on était en bas, dans la vallée au bas des marches on avait l'équivalent de hauteur à monter pour atteindre l'esplanade puis les portiques et enfin le temple lui-même et ses différentes. Tout cela était élevé de gradins en gradins ce qui faisait un dénivelé total d'environ cent mètres. Vous imaginez donc que le petit bonhomme Jésus qui mesure à peu près un mètre et quatre-vingt centimètres et qui annonce que ce temple que l'on a mis quarante-six ans à construire va être détruit et qu'en trois jours Il le relèvera, a provoqué un paradoxe qui a choqué ses contemporains qui s'émerveillaient de ce temple magnifique. Temple de pierres jointes sans aucun ciment parce que le "sacré" ne doit pas toucher le "profane". Ces magnifiques pierres aussi imposantes que l'autel qui est devant vous, sont encore visibles dans le mur des Lamentations, uniques vestiges de ces pierres hérodiennes.
Trois vestibules dans ce Temple. On n'y pénétrait pas. Les prêtres ne s'approchaient que des gradins de l'entrée. Un premier où les prêtres venaient offrir l'encens. La dernière chambre, le saint des saints, fermé par un rideau dont on fait mention dans le récit de la Passion en saint Jean et qui sera déchiré au moment de la mort du Christ. Dans ce temple, rien ce qui d'ailleurs a provoqué le désappointement des soldats romains de Titus qui pensaient y trouver un trésor comme dans tous les temples païens ou tout au moins une statue. Cela a suscité la colère des soldats qui ont incendié le temple dont il ne reste effectivement plus rien qu'un pan de mur. C'est pourquoi il n'y a plus de sacerdoce en Israël car il s'est éteint avec la destruction du Temple.
Tout cela pour tracer un peu le contexte dans lequel se trouve Jésus quand Il chasse les vendeurs qui étaient d'ailleurs autorisés puisqu'il y avait une monnaie propre au Temple. On devait se procurer la monnaie sacrée pour acheter les bêtes pour le sacrifice, bêtes qui étaient parquées à l'entrée. Le style des sacrifices a changé et pourtant celui du Christ achève totalement les sacrifices sanglants que Jésus Lui-même a connu. Au temps de la Pâque on pouvait sacrifier près de sept cent mille bêtes, ce qui fait que le temple ressemblait plus à une boucherie qu'à une église comme nous les connaissons.
C'est dans cette fièvre autour de Pâques qui rassemble à Jérusalem près d'un million de pèlerins que le Christ qui parle à quelques disciples qui commencent à l'entourer évoque ces signes. Signes bien discrets, bien petits, bien enfouis dans la masse de tout ce qui se passe à Jérusalem, dans la masse de tous ces gens qui arrivent des quatre points de l'horizon, d'Alexandrie, de Suse, de Mésopotamie, d'Antioche et qui rejoignent leurs familles. On y parle toutes les langues de l'époque, l'hébreu, l'araméen, le grec, le perse, etc. Tous ces juifs se rejoignent dans une immense allégresse pour la Pâque. C'est dans ce contexte étonnant que cet homme presque isolé, presque inconnu, presque méconnu, qui n'est même pas de Jérusalem mais de Nazareth ville sans allure, c'est dans ce contexte que Jésus se fait connaître tout au début de sa vie publique et annonce, par ce signe que les apôtres ne comprendront qu'à la fin, que ce Temple de pierres, si magnifique soit-il, n'est rien, car c'est Lui Jésus le temple véritable dans lequel tout homme se reconnaîtra et qui est la Demeure de Dieu, Dieu avec nous.
AMEN