SIGNES ET VENDEURS DU TEMPLE

Os 6, 1-6 ; Jn 2, 13-25

Jeudi de la troisième semaine de carême – A

(22 mars 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ésus savait ce qu'il y a dans l'homme. Jésus sait que sur le chemin qui monte à Jérusalem ou sur le chemin de notre carême, il faut indiquer des signes. De même que sur la route les panneaux de signalisation ne nous intéressent pas pour ce qu'ils sont eux-mêmes mais qu'ils indiquent autre chose, de même le Christ met des signes sur son chemin, afin de nous indiquer le terme, un autre sens. Une vie hu­maine sans signes ressemblerait à ces jours qui précè­dent la Pâque à Jérusalem, pleins de bruit, de fureur, d'incohérence à l'image de cette foule qui se précipite pour échanger les monnaies, pour acheter quelque colombe ou quelques agneaux en vue des sacrifices qu'ils ont à faire. A l'image de ces ruelles encombrées dans lesquelles les gens de tous les coins d'Israël se retrouvent et se saluent ou s'invectivent, une vie grouillante de bruit qui n'indique aucune direction Si ce n'est une fièvre ardente, une attente.

Voilà ce que serait une vie humaine sans si­gnes car le signes lorsqu'il signifie et dirige vraiment la vie humaine fait le désert, fait le silence autour de lui. Il émerge seul dans notre vie humaine, dans notre vie consciente et laisse tous ces bruits et ces fureurs de côté. Ils s'éteignent de soi car ils ne disent rien, ils ne font que brouhaha pour couvrir le son plus subtil, plus silencieux de Celui qui veut nous attirer et nous diriger.

Quel est le signe de l'évangile qui est dit au­jourd'hui afin que dans le brouhaha du quotidien se fasse entendre une seule voix, une seule direction ? Le Temple, désigné par le Christ, est le signe de son corps. Si le terme du carême est la résurrection du Christ, le terme de l'histoire du monde est la résurrec­tion de la chair, la résurrection de notre corps. Ce que le Christ veut dire en disant que son corps ressusci­tera, c'est que tout élément du monde, toute vie hu­maine, tout acte humain, toute pensée humaine, tout geste humain, intégré à son corps, à cette chair de Dieu, à cette chair de Jésus, ressuscitera elle aussi. Tout élément que nous aurons, par la foi, intégré au corps du Christ, participera à cette même résurrection. Voilà le signe donné aujourd'hui. C'est, et pourtant nous l'entendons peu comme un signe extraordinaire en raison de la répétition, de la quotidienneté, c'est l'eucharistie qui est signe du chemin que nous avons à poursuivre. Et toute chose que nous intégrons à l'eu­charistie participe totalement, réellement et partici­pera totalement et réellement à cette Résurrection, comme si notre vie humaine éparpillée qu'elle est à l'image même de cette Jérusalem bruyante, se trouve comme condensée, ramassée, orientée, redistribuée différemment en vertu de ce corps du Christ qui nous attire comme un aimant, qui nous agglutine à Lui comme une force cohérente afin de nous permettre de participer à la résurrection de la chair.

Alors dans ce signe proposé aujourd'hui par l'eucharistie qui signifie, à tout jamais la victoire défi­nitive de Dieu sur les forces incohérentes du mal, Dieu nous demande simplement d'apporter non plus nos colombes, nos agneaux en échange de quelque monnaie, mais Il nous demande d'apporter notre pro­pre être, non pas pour être consommé dans un sacri­fice mais pour être consommé de l'intérieur par ce feu de Dieu que nous allons recevoir en mangeant et en buvant le corps et le sang du Christ. Et cette intégra­tion qui nous est demandée, c'est-à-dire de mettre toute notre foi en ce signe souverain et grandiose qui domine l'histoire du monde. Car ce que nous avons aujourd'hui et ce que nous allons vivre est plus solide que tout l'univers et que toutes les galaxies, c'est le point, le centre de gravité à partir duquel Dieu cons­truit ce monde nouveau dont nous sommes, nous, les acteurs et les participants. S'il en manquait un seul à l'appel, il ne faut pas que ce soit nous, car nous som­mes appelés à être des constructeurs de ce monde nouveau en donnant à ce monde vivant les éléments qui vont le construire.

 

 

AMEN