LA COLÈRE DU CHRIST
Os 6, 1-6 ; Jn 2, 13-25
Jeudi de la troisième semaine de carême – C
(6 mars 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l y a toujours une certaine tentation à se protéger de nos faiblesses par cette sainte colère de Jésus-Christ. En effet, j'ai souvent entendu cet argument : "Même Jésus s'est mis en colère," comme si cette colère de Jésus pouvait excuser chacune de nos faiblesses. Raisonner ainsi, c'est faire un peu l'hypothèse d'une espèce de conflit qu'il y a entre sa nature humaine et sa nature divine. C'est séparer ce que le Christ est Lui-même, c'est-à-dire homme et Dieu. Effectivement, considérer la colère de Jésus dans ce Temple comme une faiblesse à laquelle le Christ se serait laissé aller, c'est supposer une espèce de conflit entre ses deux natures.
De fait, je crois que Jésus, comme chaque homme, est animé par des convictions fondamentales, des éléments fondamentaux qui régissent sa personnalité. Et ces éléments fondamentaux nous sont révélés dans cet évangile. Pour Lui, l'élément le plus important c'est sa relation avec le Père, donc sa nature divine. Or c'est bien pour cela qu'Il se met en colère car c'est le Temple même, cette présence divine à travers les siècles, cette présence divine pour Israël, qui se trouve souillée.
Ainsi l'humanité du Christ devient le chemin pour découvrir sa divinité : elle est le signe manifeste et sans faiblesse, sans faille, qu'Il est Dieu Lui-même. Découvrir, à travers cette colère de Jésus, ce zèle qui l'anime, c'est découvrir qu'Il est Fils de Dieu. Et rappelez-vous que Pilate dira à la foule hurlante, au moment de la Passion : "Voici l'Homme !" A travers ces mots d'un païen, c'est une invitation à chercher, à vivre un contact véritablement humain avec le Christ, à chercher les parties les plus saillantes de son caractère afin de mieux le connaître, car en connaissant ainsi mieux l'homme Jésus, c'est Dieu, derrière Lui que nous découvrirons.
Ainsi, être chrétien, c'est vouloir chercher ce contact humain avec Jésus, non pas comme une nature séparée, en proie à ses propres conflits, mais tout au contraire, cette nature humaine révèle sa filiation divine, révèle cette présence du Père à laquelle nous sommes tous, nous aussi invités.
AMEN