DÉTRUISEZ CE TEMPLE, JE LE REBÂTIRAI
Jr 7, 1-11 ; Jn 2, 13-25
Jeudi de la troisième semaine de carême – B
(18 mars 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Rome : Arc de Titus
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a liturgie d'aujourd'hui nous donne cet évangile de Jésus chassant les vendeurs du Temple, parce qu'il s'agit d'une annonce de la résurrection : "Détruisez ce Temple, et moi, en trois jours je le rebâtirai". Il s'agissait du Temple de son corps. Et les disciples ont compris cette parole après la résurrection du Seigneur, comprenant alors que par la mort et la résurrection de Jésus, venait d'être bâti un temple nouveau une demeure pour tous les croyants. C'est pour cela que Jésus a fait ce signe, en apparence scandaleux et choquant Il a voulu que le Temple ancien, le Temple qui était à Jérusalem ne soit pas souillé par le commerce, par les tables des changeurs, mais que, au contraire, il soit purifié par cet amour brûlant de Dieu qui prend parfois un air de violence. En réalité, c'est pour que Dieu puisse demeurer parmi les hommes.
Ainsi, nous qui nous préparons, en ce temps de carême, à célébrer la Résurrection, nous savons où nous allons. Nous allons vers une demeure qui n'est plus faite seulement de pierres, mais qui est faite d'abord de chair, la chair du Christ, de son amour qui ainsi veut nous agglomérer à Lui, veut nous insérer en Lui, comme un immense édifice, pour nous rassembler tous dans la joie du festin, dans la joie du Royaume.
Et c'est pourquoi il est bon aussi que nous puissions lire cet évangile aujourd'hui, en priant pour notre sœur Maud qui est morte dans la paix du Seigneur et qui a été accueillie, elle aussi, dans le temple nouveau de son corps. En effet, mourir c'est toujours quitter une maison, c'est quitter sa demeure. C'est à la fois évidemment quitter la demeure des vivants, ce lieu dans lequel on vivait dans l'affection d'une famille, avec des amis, dans un contexte, dans un cadre connu. C'est aussi quitter cette demeure plus belle et plus profonde encore qui est la demeure de notre affection, tous ces liens d'amitié, de vie familiale, de tendresse partagée qui nous unissent les uns aux autres et qui nous unissent à notre sœur Maud. Mais aussi, pour elle, c'est quitter encore une autre demeure, la demeure de son corps. Et c'est quitter cette demeure au moment même où elle peut être ravagée par la maladie, par ce qui la détruit de l'intérieur avec, à ce moment-là, l'impression que la mort est cet écroulement de tout notre être, parce que la maladie a brisé notre demeure. Comme si la mort était ce moment où l'on cherche refuge où l'on peut, parce que la maladie a brisé cette demeure qui nous est la plus chère, la demeure de notre corps.
Et c'est là que revient cette parole du Seigneur: "Le zèle de ta maison me dévore". Et encore : "Détruisez ce temple et en trois jours, je le rebâtirai." Si nous célébrons maintenant l'eucharistie, en communion invisible avec notre sœur Maud, c'est parce que nous croyons vraiment que le Seigneur rebâtit son corps à elle, en la transformant par la voix de son époux, par la tendresse de sa miséricorde et de son pardon, en la ressuscitant pour être auprès de Lui. Oui, tout ce que la mort a pu détruire en elle et dans sa vie, même aussi tout ce que le péché a pu abîmer dans son cœur, tout cela, voici que Dieu, dans son immense miséricorde, vient pour le prendre, pour le ressusciter, pour le transfigurer dans la splendeur de sa lumière et de sa tendresse pour elle.
Oui, le Seigneur brûle de zèle pour chacun d'entre nous, parce que, tous, nous sommes la demeure de Dieu. Le Seigneur brûle de tendresse pour chacun d'entre nous et plus spécialement dans ce moment du passage, dans ce moment de notre mort. Que nous qui nous acheminons tout au cours de la vie, à travers les mystères de la vie, de la mort et de la résurrection du Seigneur que nous célébrons, nous qui, en ce temps de carême nous acheminons vers la Pâque, et nous qui nous acheminons tout au cours de notre vie vers ce lieu mystérieux du temple nouveau où notre sœur Maud nous a précédés, demandons au Seigneur de nous faire comprendre l'amour brûlant, le zèle qu'Il a pour chacun de nous et qu'Il fasse aussi briller dans notre cœur cette lumière d'espérance Oui, lorsque nous quittons notre demeure de la terre, lorsque nous vivons cet arrachement, en réalité, nous sommes accueillis dans le temple nouveau et éternel, le temple de l'amour de Dieu, le temple de la tendresse du Dieu qui est ressuscité pour nous, pour que nous ressuscitions avec Lui.
AMEN