DEVANT LE CHRIST, DÉCOUVRIR NOTRE PÉCHÉ
Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10
Mercredi de la troisième semaine de carême – B
(22 mars 2006)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ette semaine est marquée de la rencontre, des rencontres faites entre le Christ et les pécheurs, de chacun de nous comme pécheur. Il ne s’agit pas d’une sorte de campagne de dénonciation. On pourrait croire que Dieu soit venu un peu dévoiler les secrets, mais au sens ou "faire le ménage" en chaque homme. C’est vrai qu’Il est venu redresser ce qui était courbé, Il est venu faire marcher ceux qui boitaient, rendre la vue aux aveugles, mais justement, ce n’est pas une campagne, une sorte de campagne de purification. Ainsi, le carême serait un blanchissement un peu pour chacun de nous.
Il s’agit dans l’évangile, c’est très clair, d’une rencontre très adaptée à chacun d’entre nous, une rencontre très personnalisée. Pourquoi ? Parce que notre péché est finement imbriqué avec ce que nous sommes. Ce n’est pas simplement des casseroles que nous trimbalerions derrière nous et qui feraient plus ou moins de bruit, pour nous et pour les autres d’ailleurs. Il s’agit d’une chose plus finement, sournoisement mêlée à notre identité personnelle. Souvent, le péché individuel et personnel le plus secret, et pas seulement ces choses de surface, sont souvent des potentialités que nous avons mal exercées. Ce sont des choses qui nous sont propres, mais qui se sont détournées, qui ont été déviées de leur valeur positive.
Tout le mouvement de Zachée, qui est petit de taille, qui est riche, on pourrait faire de la psychologie à trois sous en disant qu’il a voulu se rattraper de sa petitesse en se sortant du lot, ces complexes classiques qui font que celui qui se sent inférieur joue des coudes pour se trouver au-dessus. Il veut tellement se trouver au-dessus qu’il monte sur le sycomore. C’est le même mouvement de cet homme qui souffre, certainement de sa petitesse, on peut l’imaginer en tout cas, et qui a voulu compenser cette petitesse par orgueil en se mettant au-dessus des autres. Il va au bout de son mouvement personnel en se mettant sur un sycomore.
C’est là, pour l’instant, qu’il veut voir celui, ce Jésus qui guérit, qui sauve, etc … Jésus le fait descendre et lui dit : ce n’est pas en restant sur ta hauteur de richesse ou de complexe d’infériorité ou de supériorité qui t’ont amené à monter par-dessus les autres ou à t’isoler des hommes, mais je vais demeurer chez toi. Et à la fin, il y a un petit détail dans l’évangile : "Il est allé manger chez un pécheur, dit-on autour de lui et Zachée "debout" dit au Seigneur …"
Si le péché était dévoilé sans la présence de Dieu, nous en mourrions. Notre propre péché et ses conséquences, nous ne pouvons pas en découvrir les dégâts sans celui qui va immédiatement proposer une réparation, sinon, nous serions surchargés de culpabilité insupportable et c’est pourquoi l’homme naturellement, et psychologiquement se défend de ce sentiment, parce qu’il ne peut pas l’assumer seul. Donc le christianisme n’est pas d’abord une entreprise de dénonciation du péché des autres, c’est d’abord la rencontre avec un réparateur immédiat. Et le Christ vient chercher Zachée en ce mouvement qui l’a amené à monter sur un arbre qui est le mouvement naturel de sa blessure, de son orgueil, monter jusqu’en haut pour voir, et là, Il s’arrange non pas pour le rabaisser, mais aller vivre avec lui, partager, être immédiatement avec lui : "Il est allé manger chez les pécheurs".
Et Zachée est debout. Il n’est pas courbé sous le poids de la faute, et c’est quand il est debout qu’il peut alors proposer devant la présence réparatrice de Dieu, de réparer lui-même. C’est une sorte de contagion : le Christ présent, comme celui qui le soutient dans cette découverte du péché, arrête l’effet dévastateur du péché, il l’arrête à temps. Il lui propose en demeurant avec lui d’être avec lui un réparateur de fautes. C’est là, alors que Zachée propose de donner la moitié de ses biens aux pauvres et de rendre le quadruple à celui à qui il avait extorqué quelque chose.
Le péché ne se découvre qu’avec Dieu, que dans l’intimité de cette rencontre avec la miséricorde. Nous mesurerons dans cet océan de pardon à quel point le péché effectivement a été dévastateur non seulement pour nous, mais pour les hommes, parce qu’il y a malheureusement un effet contagieux de ce péché qui touche non seulement le cœur de l’homme et qui finit comme un acide par le ronger, mais qui malheureusement par un effet de solidarité ronge aussi le cœur des autres. Nous ne pouvons pas travailler cette matière de péché, travailler cette faute sans la présence immédiate du Christ qui est venu nous mettre debout pour que nous puissions avec lui, nous réparer, et réparer l’humanité qui nous a été confiée.
Que cette semaine placée sous l’égide de la rencontre entre le Christ et les pécheurs nous aide à découvrir que nous pouvons le rencontrer, non pas pour une sorte de dénonciation, mais pour une restauration de notre humanité qui continue à grandir et à mûrir sous le soleil de justice et de miséricorde divine.
AMEN