DIEU CHOISIRA SON ENTRÉE
Dt 4, 5-9 ; Lc 19, 1-10
Mercredi de la troisième semaine de carême – A
(6 mars 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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achée restera même après la rencontre avec Jésus, un homme petit. Sa conversion ne va rien changer à sa taille, c'est d'une évidence absolue, mais il y a toujours dans une conversion, telle que nous l'avons entendue dimanche avec la samaritaine, ou avec Zachée aujourd'hui, un endroit, une sorte de nœud, de carrefour. J'avais souligné dimanche la phrase de Jésus qui disait : "Appelle ton mari et reviens ici". Ici, la phrase c'est : "Zachée descend du sycomore qui te rendait si grand, alors que tu étais si petit". Au fond, cette démarche que tu fais, Zachée pour Me voir, pour rattraper ce qui est petit en toi et pour Me voir comme de haut, ce n'est pas le bon chemin, même si cela a suffi à ce que Je puisse te remarquer, te rencontrer, et donc t'appeler.
Dans la conversion que Dieu nous propose, nous avons une idée à priori de ce qu'il faudrait convertir en nous, et qui est analogiquement la petitesse de Zachée. Mais au fond, cette idée que nous avons de ce qu'il faudrait convertir afin que nous soyons "mieux", voire mieux avec Dieu, n'est pas forcément l'idée que Dieu a de notre conversion à nous et n'est pas forcément liée à l'idée que Dieu a pédagogiquement de ce qu'il faudrait pour que nous avancions, que nous le rencontrions et que nous entendions sa Parole. D'ailleurs, dans l'évangile de Zachée, après cette histoire de petit-grand, c'est-à-dire petit de taille, donc il est monté sur un sycomore, la seconde partie de la rencontre relève plus de la conversion du cœur de Zachée : "Oui Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai fait du mal à quelqu'un ...". Il a fallu que Dieu désamorce quelque chose de ce que Zachée voulait rattraper en lui-même parce que symboliquement petit, pour atteindre au cœur, pour le faire non plus simplement avouer, mais prendre une résolution comme le dit le texte, "résolument il dit à Jésus"... La résolution vient d'une ouverture d'un verrou, et qui est la manière dont nous avons à recevoir, la manière dont Dieu voit notre chemin, et non pas la manière dont nous voyons notre chemin vers Lui.
La grâce n'est pas reçue après que nous nous disposions à la recevoir, mais elle anticipe le moment même où nous recevons la grâce. La grâce anticipe parce que Dieu agit avant même que nous ayons décidé, accepté que Dieu agisse en nous. Il y a une sorte de souplesse, qui est peut-être même l'œuvre même du Carême, une souplesse intérieure à atteindre pour que nous noyons plus à l'écoute de la manière dont Dieu voudrait nous faire avancer, alors que nous nous obstinons à Lui opposer le même rivage, le même versant du cœur, alors que peut-être ce cœur-là, trop raide, trop dur, a besoin d'être contourné. J'admire la manière dont Dieu vient contourner notre désir, notre projet, notre façon de nous présenter à Lui, pour nous convertir en un point plus souple, plus malléable, moins contrôlé par nous, et comme de point en point, par une contagion, finalement opérer une transformation de notre vie. C'est Dieu qui choisira l'endroit de son entrée. C'est Dieu qui choisira la phrase d'ouverture du cœur. C'est à nous de nous disposer pour nous prêter à cette transformation et à entendre la phrase qui nous fera rencontrer le visage de Dieu toujours penché sur notre vie.
AMEN